Confinement : les épreuves du Capes maintenues mais aménagées

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Écrit par Alexandra Lassiaille
Étudiants passant examen
Étudiants passant examen © Jean-Marc Quinet - MaxPPP

Ecoles et universités ont fermé depuis le début du confinement. Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a pourtant décidé de maintenir les concours de l’enseignement comme le CAPES. Si des modalités ont été évoquées, les étudiants restent dans l’incertitude.

Le 15 avril, le ministre de l’Education nationale annonçait que les concours d’entrée dans l’enseignement seraient maintenus, mais aménagés compte tenu de la crise actuelle. Cette année, plus de 250.000 personnes préparent les concours internes et externes du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Romain fait partie des "chanceux". Etudiant à Poitiers en Master MEEF-EPS, c’est la deuxième année qu’il prépare le CAPES d’EPS ou CAPEPS (Certificat d’Aptitude au Professorat d’Education Physique et Sportive). Il a passé les écrits les 9 et 10 mars dernier, juste avant la mise en place du confinement.

On est un des seuls concours à avoir pu passer les écrits avant le 15 mars, on a été épargné, explique-t-il, soulagé.
- Romain, étudiant à Poitiers

Cette année, entre 80 et 100 candidats ont passé le CAPEPS dans l’académie de Poitiers.

Selon lui, les résultats des écrits auraient dû être rendus la semaine dernière. Le jeune homme est toujours dans l’attente. "Les correcteurs ont déjà posé les notes mais ils attendent de transmettre les résultats après avoir mis en place les modalités pour les oraux", justifie-t-il.
Un délai normal selon Mario Cottron, directeur de l’Inspe de Poitiers. "D’habitude ça se passe comme ça. Il faut attendre deux ou trois mois pour que le jury publie les résultats sur le web."

Pour les oraux justement, aucune décision n’a été prise pour le moment.

On sait pas encore s’il va y avoir des oraux. C’est un concours national donc normalement, tous les admissibles doivent se réunir à Vichy. Mais dans cette situation, ça me paraît impossible de réunir 1.300 personnes.
- Romain, étudiant en MEEF EPS 

En effet, chaque année, les admissibles se rendent au CREPS de Vichy, ville située au centre de la France mais également ville historique de la Seconde Guerre Mondiale notamment en terme d’éducation physique et sportive.

Ils doivent passer deux oraux et trois pratiques sportives. "Un véritable casse-tête pour les collègues qui sont en charge des épreuves sportives", avoue Mario Cottron. En pleine interrogation, ils n’ont pour le moment aucune idée de comment vont se dérouler les épreuves orales. Selon lui, les choses peuvent encore évoluer. "Ce n’est pas la première fois qu’on nous dit quelque chose et qu’on revient dessus après".

Pour Romain, les épreuves physiques vont sans doute être annulées et les oraux auront lieu en visio conférence. Pragmatique, le jeune homme a accepté cette possibilité. "Je ne peux rien faire contre cette situation exceptionnelle mais ça ne m’arrange pas vraiment car je suis plus à l’aise à l’oral. Les pratiques sportives auraient fait grimper ma note finale", affirme-t-il.

Un reproche revient cependant, partagé par l’ensemble des directeurs des 33 Inspe. S’ils comprennent que les concours n’auraient pu être maintenus au vu des circonstances actuelles et le fait que le gouvernement ait dû prendre des mesures rapidement, ils regrettent de ne pas avoir été consultés par le ministère de l’Education Nationale.

On aurait pu apporter notre aide, adapter les coefficients pour apprécier plus fortement l’aspect professionnel. On a été confiné le 17 mars et pour le concours de professorat des écoles par exemple, les épreuves devaient se dérouler les 6 et 7 avril. On aurait eu le temps de se concerter pour faire les modifications nécessaires.
- Mario Cottron, directeur de l'Inspe Poitiers

Des oraux annulés et pas repoussés

Certains étudiants, un peu moins de 180.000 candidats, n’ont pas encore passé les écrits. C’est le cas d’Agathe qui prépare le CAPES de lettres modernes dans un département d’outre-mer pour la deuxième fois. Les écrits du CAPES de lettres modernes, comme de nombreux autres ont été reportés au moins de juin. Les étudiants devraient recevoir un courrier contenant les nouvelles dates et les nouvelles conditions pour passer le concours. Agathe n’a, à ce jour, rien reçu.

On nous a dit que nos oraux allaient être annulés et pas repoussés. Le gouvernement a expliqué qu’il y aurait un oral l’année prochaine pour ceux qui auraient déjà validé le CAPES. C’est un leurre car les gens qui passeront cet oral seront déjà diplômés.
- Agathe, étudiante en Master de lettres modernes

Un avis que ne partage pas forcément Mario Cottron. Pour le directeur, cet oral aura des incidences fortes sur la titularisation même si ça n’enlèvera pas le fait que le candidat a eu son Capes. "Si le lauréat est trop mauvais, explique-t-il, je pense qu’il le perdra". Agathe est pourtant soulagée du maintien du concours. "Même si les épreuves sont modifiées, je suis contente qu’ils aient enlevé l’oral car c’est ce que j’ai raté l’année dernière. En plus j’aurais dû me déplacer en métropole, ça rajoute le stress, le décalage horaire..." Véronique, sa mère, voit ça d’un autre œil. "Je comprends qu’elle soit contente mais c’est à double tranchant. Il va falloir qu’elle fasse un super écrit car aucune chance de se rattraper sur l’oral. Elle n’a pas le droit à l’erreur." Véronique s’attendait pourtant à ce qu’une des deux parties du concours soit annulées.

On s’en doutait depuis un moment, c’était impossible matériellement et chronologiquement de maintenir l’écrit et l’oral.
- Véronique, mère d'Agathe

Cette situation inquiète fortement Mario Cottron. Il s’attend à ce que les cohortes de lauréats de cette année soient différentes des années précédentes.
Pourquoi ? Tout d’abord parce que cette année, les concours vont se limiter aux épreuves écrites et que les lauréats seront ceux qui ont des compétences disciplinaires et non pédagogiques et didactiques (compétences que révèlent les épreuves orales). "Ces mesures vont favoriser les premiers de la classe, qui ne sont pas forcément les meilleurs enseignants. Et on a peur de ça. Ça va donner des gens assez inadaptés aux fonctions ou qui vont mettre longtemps, pendant leur année de stage, à comprendre les fondamentaux. C’est ça le risque et ça pénalise ceux qui, à l’écrit, auraient eu une note moyenne mais auraient brillé à l’oral", certifie le directeur de l’Inspe de Poitiers.

Réviser pendant le confinement

Difficile pour les étudiants de réviser pendant le confinement. Parfois enfermé dans 20m², impossible de prendre l’air ou de se vider la tête. C’est le cas d’Agathe, confinée dans son petit appartement. "Moi depuis le début du confinement, j’ai beaucoup de mal à réviser. Etre enfermée, c’est compliqué moralement, c’est anxiogène. Je travaille peu, je suis vite distraite", raconte-t-elle.

Un sentiment partagé par Romain, en métropole. "Je ne suis déjà pas hyper scolaire donc bosser chez moi, ça devient très dur. En plus, on est dans l’attente. J’espère vraiment qu’on aura nos résultats dans les prochains jours pour pouvoir me concentrer sur l’oral".

Agathe a aussi l’impression que beaucoup d’élèves ont décroché avec le confinement.

Je pense qu’il y aura deux sortes d’étudiants. Ceux qui n’auront rien réviser et vont peut être même ne pas le passer, et les autres qui auront continué à travailler et qui vont avoir des bonnes notes.
- Agathe, Capes de lettres modernes

Véronique s’inquiète pour sa fille. Pour elle, ce concours est dur et se prépare sur du long terme. Alors ce n’est pas le moment de flancher. "Si elle l’a tant mieux, si elle le rate elle sera au chômage, c’est angoissant", se confie-t-elle.

Les Inspe s’organisent

"Quand on passe un concours, l’important c’est d’être en forme et d’être performant le jour J. Et ça se travaille, d’un point de vue disciplinaire, psychologique… ", affirme Mario Cottron.

A partir de mi-mai, l’Inspe de Poitiers compte mettre en place un enseignement à distance pour les étudiants. Préparation aux épreuves écrites, classes virtuelles, examens blancs, entretiens individuels, les professeurs y réfléchissent déjà. Objectif : maintenir en forme les étudiants et les entretenir intellectuellement pour qu’ils ne relâchent pas leurs efforts.

On ne va pas les laisser comme ça dans l’attente, affirme-t-il.
- Mario Cottron, directeur de l'Inspe Poitiers

Mario Cottron est serein et assure que ses étudiants seront bien préparés. "Au niveau de l’Inspe, la continuité pédagogique est très simple. Les étudiants en Master ont acquis une certaine maturité. Ils peuvent travailler seuls, ils vivent ça plus sereinement". De plus, ils disposent d’une certaine expertise. Ils ont été formés à l’outil numérique, ont appris à mettre en place une classe virtuelle, élaborer des documents pour enseigner à distance… 
Romain attend cette décision avec impatience. "Habituellement, la faculté organise des simulations pour les oraux, mais là du coup, je sais pas comment ils vont organiser ça, ils ne nous en ont pas encore parlé, on n'a pas de nouvelles", raconte-t-il.

Pour Agathe, la situation est plus compliquée et l’adaptation a été difficile. "On était censé avoir des cours à distance depuis le début du confinement, mais on ne reçoit rien, on nous a donné deux ou trois cours sur une plateforme universitaire en ligne, peut-être une évaluation. C’est tout. Le reste, on doit le faire seul". Un traitement de faveur différent que ne comprend pas Véronique, sa mère. "Ca aurait été plus juste et équitable que tous les Inspe aient plus ou moins la même politique, qu’ils préparent tous les étudiants de la même façon".

En pleine mutation, la formation et le recrutement des enseignants devraient être remaniés. Ces changements pourraient intervenir dès le printemps 2021. L’occasion, pour Mario Cottron, d’utiliser la crise actuelle pour tirer des enseignements et améliorer les cursus. "Nous allons modifier nos pratiques, mettre plus de cours en distanciel, en ligne, et faire évoluer l’apprentissage".
 

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