Le député de la Vienne Sacha Houlié dit oui aux fumigènes et à des sanctions plus souples pour les supporters de foot

Sacha Houlié a co-présenté un rapport sur le supportérisme devant l'Assemblée nationale, ce mercredi 20 Mai. / © Christophe Morin - MaxPPP
Sacha Houlié a co-présenté un rapport sur le supportérisme devant l'Assemblée nationale, ce mercredi 20 Mai. / © Christophe Morin - MaxPPP

Sacha Houlié, le député (LREM) de la Vienne, a présenté ce matin avec Marie-Georges Buffet, députée (PC) de Seine-Saint-Denis, un rapport sur le supportérisme avec des propositions concrètes.

Par Marie-Noëlle Missud

Sacha Houlié aime le foot et l'ambiance des stades. Cela faisait un moment qu'il avait envie de travailler sur la question des sanctions qui encadrent ce milieu. En Janvier 2019, Edouard Philippe évoque la possibilité de s'inspirer de la réglementation utilisée dans le foot contre les supporters ultras pour gérer les problèmes des casseurs (eux aussi des extrêmes) dans les cortèges des gilets jaunes.
Le député de la Vienne propose alors de se pencher sérieusement sur le problème, avec une députée de l'opposition, Marie-Georges Buffet.

En tout, ils ont auditionné une trentaine de personnes et ils se sont déplacés dans les clubs de Lens, Marseille, Paris-Saint-Germain, Strasbourg et même en Allemagne pour découvrir le système outre-Rhin.

Le constat révèle, selon lui, des entraves manifestes aux libertés individuelles. Pour exemple, c'est un arrêté préfectoral qui peut sanctionner tout un collectif de supporters en leur interdisant un déplacement.
Certains matchs se jouent à huis clos après des condamnations de la Ligue contre l'ensemble des supporters qu'ils aient assisté au match ou non. Quant aux fumigènes, ils sont théoriquement interdits... et largement utilisés dans certaines tribunes. 
Vers des fumigènes craqués dans des zones définies et sous la responsabilité du président des groupes de supporters. / © Frédéric Speich - MaxPPP
Vers des fumigènes craqués dans des zones définies et sous la responsabilité du président des groupes de supporters. / © Frédéric Speich - MaxPPP

Légaliser les fumigènes 

Au vue de ce bilan, les deux députés ont proposé plusieurs mesures dont deux, pourraient susciter de nombreux commentaires. "Nous voulons légaliser les fumigènes en encadrant leur utilisation. Ils pourraient être autorisés dans des endroits précis et surtout ce sont les présidents des associations de supporters qui seraient pénalement responsables en cas de blessures et non plus le club comme c'est le cas actuellement".

Autre idée, celle de réduire la durée des interdictions administratives de stade (IAS) à 6 mois ou 12 mois maximum en cas de récidive, et non plus deux à trois ans comme aujourd'hui.

Ces propositions en faveur des supporteurs pourraient être qualifiées de laxistes.

J'assume et j'accepte complètement ce terme si cela veut dire que je défends les libertés individuelles. De toutes façons, on a vu que le tout répressif ne fonctionne pas mieux.
- Sacha Houlié, député de la Vienne, rapporteur du projet "supportérisme"

Entre ces propositions et leur concrétisation, il y a de la marge. Le rapport doit être présenté devant l'Instance Nationale du Supportérisme (INS, cf encadré ci-dessous), puis porté par le gouvernement. Ou bien il pourrait faire partie d'un amendement lorsque la ministre des sports présentera une loi avec différents volets, en 2021.

Des Ultras confiants, des Ultras dubitatifs

Dans le milieu des supporters ultras, certains sous couvert d'anonymat, émettent des réserves sur sa mise en place. "Il y a une forme de radicalité parfois chez nous, depuis quelques années. Certains n'ont plus rien à perdre. Et puis les fumigènes ça fait 40 ans qu'on les utilise et on n'a jamais eu de blessés".

Du côté de l'Association Nationale des Supporters (ANS), on se réjouit de ce rapport. "Cela fait depuis 2013, depuis notre création, que nous demandons tout ça, explique "Tom" le vice-président de l'ANS. On revient de très loin mais là nous sommes aux portes de la loi."

Si la loi avance, il faudra ensuite imaginer l'application de ces consignes sur les fumigènes et convaincre tous les groupes de supporters. "Certains ultras des clubs comme l'Olympique lyonnais, l'Olympique de Marseille, ou encore ceux de Saint-Etienne ne pourront jamais s'entendre et se retrouver autour d'une table ", doute un supporter ultra.

Le chemin est encore long avant d'aboutir à des tribunes totalement maitrisées et sous contrôle. En attendant, des expérimentations sont menées depuis Novembre 2019 au Havre pour trouver des alternatives aux engins pyrotechniques.

Instance Nationale du Supportérisme, Association Nationale des Supporters et Ministère travaillent ensemble pour trouver un terrain d'entente sur la difficile question de la gestion des supporters.
"Nous, tout ce qu'on demande, c'est de supporter notre club librement avec toute notre ferveur, " conclue le vice-président de l'Association nationale des supporters.
 

Qu'est ce que l'Instance Nationale du Supportérisme, l'INS ?
L'Instance Nationale du Supportérisme est une émanation du Ministère des Sports, née après la loi du 10 Mai 2016 qui renforce le dialogue avec les groupes de supporters et la lutte contre l'hooliganisme.
Elle doit aussi réfléchir et faire des propositions quant à la participation des supporters au bon déroulement des compétitions et à l’amélioration de leur accueil.
L'INS est composé de divers acteurs, que ce soit des Parlementaires, des sociologues et bien entendu l'Association nationale des supporters.

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