ENTRETIEN. Lisa Belluco : "Dire que l'on arrête le plan Écophyto, c'est idiot et contreproductif"

La députée Écologiste - NUPES de la 1ʳᵉ circonscription de la Vienne estime que la mise "en pause" du plan Écophyto, annoncé par Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture ce jeudi 1ᵉʳ février, revient à "complètement méconnaître le fonctionnement des écosystèmes et ce que l'on fait pousser en agriculture".

Lancé en 2008 après le Grenelle de l'environnement, le plan Écophyto avait pour objectif d'atteindre 50 % de réduction l'utilisation de pesticides en 10 ans. Un plan qui n'a jamais abouti. La suspension de ce plan fait grincer les dents des écologistes.

Vice-présidente la Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire et inspectrice de l'environnement au sein de la direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL), Lisa Belluco s'indigne face aux annonces du gouvernement, ce jeudi 1ᵉʳ février.

Que pensez-vous de la mise "en pause" du plan Ecophyto, annoncé par Marc Fesneau, ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire ?

Je trouve ça complètement stupide. C'est en quelque sorte du populisme agricole, c'est penser que l'agriculture ne se fait pas sans produit chimique. Cette "pause", c'est complètement méconnaître le fonctionnement des écosystèmes et ce que l'on fait pousser en agriculture. Plus l'on utilise de chimie, plus on dégrade les écosystèmes, plus c'est difficile de faire pousser des choses parce que l'on ne peut plus profiter des services rendus par la nature.

Dire que l'on arrête Écophyto, c'est idiot et contreproductif. Il s'agit là d'une vision complètement court-termiste pour satisfaire les agriculteurs à l'instant T. De plus, je n'ai même pas eu l'impression que cette pause soit dans leurs revendications principales. Certes, il est difficile de changer de pratique, mais il faut plutôt les accompagner dans de nouvelles pratiques que de dire que l'on arrête tout et que l'on continue comme avant alors que les insectes, les oiseaux disparaissent.

Comprenez-vous la réjouissance de certains exploitants et qui font face à une concurrence déloyale en matière de pesticides ?

Complètement, tous les paysans français sont concernés par cela. Et c'est là qu'est le problème. Je ne pense pas que la réponse acceptable soit de dire que l'on nivelle par le bas. On pourrait très bien être exemplaire, aller aussi loin que l'on est capable de le faire — bien évidemment, cela s'organise et se planifie sur 10 ou 15 ans —. Pour se protéger, on pourrait demander à tous ceux qui commercent avec nous qu'ils respectent les mêmes normes. Il ne s'agirait pas de mettre fin au libre-échange, mais d'encadrer les échanges.

C'est un sujet inter-européen : on ferait mieux de faire du lobbying en ce sens au niveau européen, des accords de libre-échange, plutôt que de dire "ils font n'importe quoi, donc on va faire n'importe quoi aussi". On sait que ce n'est pas la bonne solution pour notre génération et les générations futures.

À côté de La Rochelle, il y a plusieurs cas de cancers pédiatriques et on est sûr à 100 % que c'est à cause des pesticides : vit-on dans une société où l'on est prêt à accepter de donner des cancers aux enfants au nom de la sacro-sainte compétitivité et de la concurrence déloyale ?

Quelles répercussions cette "pause" peut-elle avoir sur les agriculteurs et l'environnement ?

En réalité, cela va peut-être vous étonner, mais finalement, cette mise "en pause" ne va pas avoir beaucoup de conséquences parce que le plan Écophyto initial n'a pas été respecté. D'ailleurs, en juin 2023, le Tribunal administratif de Paris a condamné l'État à faire respecter le plan Écophyto. Il y a des trajectoires inscrites dans la loi sur la restriction des pesticides et tout le monde s'en fout.

On va continuer à faire disparaître les insectes, polluer et tuer les sols, à rendre malade les agriculteurs, car les premières victimes des pesticides, ce sont eux. Des groupes de pression essayent de semer le doute. Au moment de la discussion autour du glyphosate, de nombreux scientifiques se sont prononcés pour dire que, très vraisemblablement, la maladie de Parkinson, notamment chez les agriculteurs, était dû à l'utilisation massive des pesticides. 

Les écosystèmes fonctionnent moins bien, les terres s'appauvrissent sans apport de synthèse, plus de pollinisation sans insectes... cela réduit aussi la productivité.