Gamers Assembly à Poitiers : quelle place pour le e-sport féminin ?

Si elles représentent aujourd'hui près de la moitié des joueurs de jeux vidéo, les femmes restent largement sous-représentées dans les compétitions majeures. Preuve en est : dans les allées de la Gamers Assembly, elles se font rares. Décryptage.

"PtitLu", joueuse de l'équipe Team Hopes, la seule équipe mixte de la Gamers Assembly,
"PtitLu", joueuse de l'équipe Team Hopes, la seule équipe mixte de la Gamers Assembly, © Asma Mehnana - France 3 Poitou-Charentes
C'est une certitude : le jeu vidéo se porte à merveille. Avec 4,9 milliards d’euros de chiffre d'affaires en 2018, c’est l’industrie culturelle la plus importante. Aujourd'hui 47 % des gamers sont des joueuses, soit près d'un joueur sur deux. Pourtant, seulement 5 % sont compétitrices. Pourquoi de tels écarts ? Tentative d'explication avec Indiana Clément, l'une des membres de la seule équipe féminine de la Gamers Assembly : "En France, on n'a pas de modèle de joueuse professionnelle.".
 

Des messages sexistes

Pour l'association Women in Games, fondée en septembre 2017 pour favoriser l'intégration de la gente féminine dans le esport, cela va encore plus loin. "Sur Twitter, les filles osent parler et montrent les messages qu'elles reçoivent. Des fois, c'est odieux ! Dès qu'on voit que tu as un pseudo féminin sur les jeux en ligne, certains quittent la partie. Ce n'est pas toujours le cas mais ça m'est déjà arrivé", explique Lucie Schlindwen, membre de l'association Women in Games.

Les comportements sexistes et toxiques de certains gamers poussent même certains joueuses à l'autocensure. Cyrielle Lory, 20 ans, en a fait la mauvaise expérience : "Il y a quelques années, quand je jouais en ligne, je me suis tellement pris des remarques de la part des garçons que ça m'a dégoûtée du jeu et j'ai arrêté un temps", raconte celle qui est baignée dans le monde du jeu vidéo depuis l'âge de 12 ans. 

Interview de Victoire Nguyen, manageuse de l'équipe féminine Metaleak :
Le coach de l'équipe féminine Metaleak, Damien Lux, l'assure : "Dans le jeu, il n'y a pas de différences entre les femmes et les hommes. Ce qui l'a surpris, c'est le manque d'égo chez les femmes : "Il a fallu pousser certaines filles à se mettre en valeur dans leur façon de jouer. Mais au final, c'est assez facile de travailler avec une équipe féminine. Elles se remettent facilement en question et elles acceptent beaucoup plus facilement les erreurs des coéquipières, ce qui est un problème qui pénalise beaucoup d'equipes.".

La discrimination encore bien présente :
"Il suffit qu'il y ait un crush et ça fout le zoo dans l'équipe"

Si Damien a sauté le pas en coachant pour la première fois une équipe féminine, d'autres sont encore réticents et frôlent même la discrimination. "On est dans un milieu un peu macho mais je pense que ça va évoluer. Moi, ce sont les détails de la vie quotidienne qui font que je ne ferai pas d'équipe mixte pour l'instant. Pour se préparer aux compétitions, on vit ensemble plusieurs semaines. Par exemple, il suffit qu'il y ait un crush et ça fout le zoo dans l'équipe", explique Zakarie Vais, fondateur de la structure The Dice.

Interview de Florianne Zini, cheffe de projet au sein de Women in Games :
Historiquement, les jeux vidéo ont été conçus par des hommes pour des hommes, d'où la fameuse "Gameboy". Aujourd'hui, on compte seulement 15 % de femmes dans les studios de jeux vidéo (création, programmation, design...). C'est l'une des raisons pour lesquelles l'association Women in Games a été créée il y a deux ans. "Aujourd'hui, on arrive à se faire une place dans l'industrie du jeu vidéo parce qu'ils sont de plus en plus sensibiliser à cette problématique de mixité. On s'est aperçu que si des hommes comme des femmes, des juniors comme des seniors participent à la création d'un jeu vidéo, cela permet d'avoir des jeux beaucoup plus structurés et beaucoup plus pertinents pour le public", explique Florianne Zini. Avec plus de 1 300 membres, l'association Women in Games s'installe dans le paysage du esport et compte bien banaliser la présence de femmes dans des événements comme la Gamers Assembly.
 

"J'ai dû me battre avec mon père"

Lucie Schlindwen, 23 ans, est étudiante en master Games Design. "J'ai dû me battre avec mon père parce qu'il n'acceptait pas mon choix d'études", explique la jeune femme. Pour tenter de changer les mentalités autour esport et du jeu vidéo, Lucie est en train de créer son propre jeu. Son personnage principal sera féminin et aura une place importante au sein du jeu

Interview de Lucie Schlindwen, membre de Women in Games :
Le reportage de Florent Loiseau, Antoine Morel et Martine Sitaud :
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
esport sport femmes société gamers assembly