Harcèlement scolaire : le film tourné par Maxime Jouet à Poitiers pourrait sensibiliser toute la France

Mercredi matin, Maxime Jouet, jeune réalisateur qui a grandi à Poitiers, s'est rendu au Ministère de l'Éducation nationale pour présenter son moyen-métrage, "Je te faisais confiance". Un film sur le harcèlement scolaire qu'il aimerait voir diffusé dans tous les collèges et lycées pour établir un plan de prévention, et libérer la parole.

Ce jeudi, la proposition de loi visant à combattre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement est de retour à l'Assemblée nationale après un passage au Sénat.

Déposé en novembre 2021, ce texte vise à mieux qualifier cette forme de violences et à améliorer leur prise en charge, tant pour les victimes que pour leurs auteurs. A Poitiers, un jeune homme n'a pas attendu cette avancée législative pour agir.

A 23 ans, Maxime Jouet a déjà réalisé un moyen-métrage intitulé Je te faisais confiance, qui retrace les derniers mois d'une adolescente harcelée, ponctués des violences qu'elle subit avant de mettre fin à ses jours. Une fiction réaliste qu'il a écrite entre ses 17 et 19 ans, et réalisée en 2020 à Poitiers. S'il n'a pas personnellement été harcelé, il en a été témoin, au collège puis au lycée, et il regrette de ne pas être intervenu. C'est ainsi que lui est venue l'idée de mettre au centre de son film un ami de la victime, un adolescent qui se sent impuissant face à la souffrance de la jeune fille : "j'essaye de véhiculer le message que les témoins sont tout aussi importants dans ces histoires", nous confie Maxime Jouet.

Pour réaliser son film d'une trentaine de minutes, Maxime s'est entouré de psychologues, de gendarmes, et d'anciennes victimes de harcèlement, afin de restituer le plus possible les situations de harcèlement sans pour autant en faire un documentaire ou un clip de sensibilisation : "je ne voulais pas faire une vidéo de prévention mais une œuvre cinématographique originale, en travaillant l'histoire, les émotions, l’image et ensuite me servir de ce film pour faire de la prévention".

De Poitiers à Paris

Tourné à Poitiers, notamment dans des établissements scolaires comme le lycée polyvalent Nelson Mandela, le film était au cœur d'une discussion ce mercredi 9 février au Ministère de l'Éducation nationale.

Accompagné de Guy Paillier, président de l'Université Familiale à Châtellerault, Maxime Jouet a rencontré Amel Cogard, conseillère en charge de la culture, de la mémoire et des projets éducatifs, et Eric Rostand, chargé de mission éducation artistique et culturelle. L'objectif de cette rencontre : diffuser ce film auprès des différentes académies scolaires de France, afin d'en faire un support pédagogique de lutte contre le harcèlement scolaire.

Ils ont compris que ce n'est pas qu'un film pour aller dans un festival, c'est un combat qui a commencé avec plusieurs personnes et qui s'étend à la Nation.

Maxime Jouet, réalisateur engagé

Le Ministère de l'Éducation nationale planche désormais sur les meilleures manières de véhiculer le moyen-métrage et son message, en mobilisant les régions et départements (en charge des lycées et collèges), les rectorats, les DASEN (directeurs académiques des services de l'Éducation nationale)... et pourquoi pas en le proposant sur la plateforme éducative Lumni. Pour Maxime Jouet, c'est un vrai progrès : "aujourd'hui, on se sent écoutés pour une fois, le projet prend un tournant national et le film est reconnu comme un outil pédagogique". Maxime reconnait que l'Éducation nationale possède déjà des choses autour de ce sujet, et que son film pourrait tout à fait compléter la panoplie d'outils proposés aux équipes pédagogiques pour appuyer le propos et toucher encore plus les jeunes.

Une démarche nécessaire

À travers ce projet, Maxime Jouet ne se limite plus à son rôle de réalisateur, il œuvre contre le harcèlement depuis bientôt six ans. Et pour cause, depuis quelques temps, il lui arrive d'être directement sollicité sur ces questions : "j'ai des proviseurs ou des directeurs d'établissement qui me contactent pour un appel à l'aide, ils me disent "on ne sait pas quoi faire, on ne sait plus comment gérer le harcèlement".

Une preuve s'il en fallait que cette forme de violence juvénile reste un grand chantier de l'Éducation nationale. D'après un rapport de la Mission d'information harcèlement scolaire et cyberharcèlement du Sénat, 6 à 10% des élèves subiraient une forme de harcèlement, et 800.000 à un millions d'entre eux en seraient victimes chaque année. Face à cela, toujours selon ce rapport, "65% des enseignants s'estiment mal armés face au harcèlement", et déplorent "un manque de formation, des difficultés à le détecter et une absence de soutient de leur hiérarchie".

Dans la Vienne, la démarche de Maxime Jouet a connu un franc succès, auprès des professionnels de l'éducation et de la santé mais aussi des élèves et leurs parents, des autorités, ou des représentants politiques. Afin de présenter son film, le réalisateur a recueilli de nombreux soutiens, comme celui de Céline, la mère d'un enfant harcelé : "il faut aider les victimes, les harceleurs et les témoins et ce film est une aide précieuse", écrit-elle, "ce film agit comme un éveil des consciences". Le sénateur de la Vienne Bruno Belin estime que Je te faisais confiance est "une œuvre-miroir et tellement juste sur ce fléau qu'est le harcèlement", et de son côté, le commandant Régis Richard, adjudant-chef de la Gendarmerie dans la Vienne et référent départemental harcèlement qualifie de "support très propice à la prévention".

Voir la bande annonce - Je Te Faisais Confiance

Révolutionner la prise en charge du harcèlement scolaire

Alors que la proposition de loi repasse à l'Assemblée nationale, Maxime Jouet est attentif à chaque évolution du texte. S'il valide le fait que les députés souhaitent mieux qualifier les faits de harcèlement scolaire et mieux former les enseignants à y faire face, le jeune réalisateur déplore le volet répressif de ce texte : un harceleur encourt une peine pouvant aller jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende selon son âge et la gravité de l'affaire.

Plutôt que prôner des sanctions, Maxime Jouet aimerait que certaines valeurs soient davantage inculquées en milieu scolaire : "si on intégrait la notion d'empathie dès le plus jeune âge, ce serait déjà une vraie révolution."