La ville de Poitiers annonce la restauration de l'église Notre-Dame-la-Grande

Publié le
Écrit par Romain Bizeul

Alors que l'intérieur de Notre-Dame-la-Grande et ses peintures murales sont menacées, la ville de Poitiers porte un grand projet de restauration de l'église. Une opération de plusieurs années qui demande beaucoup de minutie, mais également de financements. Outre les fonds publics, la ville fait appel au mécénat pour sauver l'édifice roman emblématique.

"Un joyau de l'art roman." C'est ainsi que la ville de Poitiers présente l'église Notre-Dame-la-Grande. Mais l'édifice emblématique poitevin est aujourd'hui menacé. À l'intérieur, les peintures et les murs s'effritent. À tel point que des filets de protections sont actuellement en place pour assurer la sécurité des visiteurs. Face à cette urgence pour conserver ce patrimoine dont les premières traces remontent du Xᵉ siècle, la ville de Poitiers annonce porter un grand projet pour sa restauration. Des travaux minutieux dont la facture devrait dépasser la demi-douzaine de millions d'euros. Bien qu'elle le finance en large partie, la ville de Poitiers devrait recevoir des financements publics de l'État et des collectivités, mais également de mécènes.

Une restauration "très pointue"

"Il y a péril dans la demeure", assure Thomas Gaudig, un des trois associés du cabinet 1090 architectes, qui s'est vu confié le projet de restauration. Il en veut pour preuve les différents filets placés sous les voûtes de l'édifice. "L'église a été décorée à l'époque romane (XIIe siècle), de cette époque, il ne subsiste que le décor peint de la grande voute du chœur. Au XIXe siècle, le reste de l'église a été repeint, explique-t-il. L'étude réalisée l'an dernier a démontré que la peinture datant du XIIe est extrêmement fragile du fait de son ancienneté. Cette peinture très précieuse s'écaille, menace de tomber et risquerait de disparaître à terme. Il y a une vraie urgence là-dessus."

Les travaux devraient se dérouler en plusieurs phases. Tout d'abord la voûte du chœur et sa peinture murale, les plus menacés. Viendront ensuite tour à tour la nef, les bas-côtés ainsi que toutes les chapelles dont dispose l'église. Des travaux importants qui devraient se dérouler sur plusieurs années. Mais pour le moment, Thomas Gaudig se refuse à fixer un délai. "Il est encore trop tôt, déclare l'architecte-ingénieur. On vient tout juste d'être missionnés et on doit faire un diagnostic complémentaire, une étude plus pointue de plusieurs mois avant de pouvoir présenter un calendrier." Celle-ci est déjà en cours depuis la rentrée.

Une opération comme celle de Notre-Dame-la-Grande, il n'y en a pas deux dans la vie d'un architecte !

Thomas Gaudig

architecte-ingénieur, associé du cabinet 1090 architectes

Une fois le diagnostic pleinement établi, les travaux débuteront. "On applique des protocoles mis au point à l'issue de tests. Tout est étudié pour ce genre de restauration. Il faut regarder comment refixer la peinture qui s'écaille, comment la nettoyer, mais tout cela dépend des matériaux utilisés. C'est vraiment très pointu et au cas par cas", précise Thomas Gaudig. Pour ce faire, des restaurateurs spécialisés seront à l'œuvre.

Si son cabinet est spécialisé dans la restauration du patrimoine depuis plus de 20 ans, Thomas Gaudig ne cache pas son euphorie : "Une opération comme celle de Notre-Dame-la-Grande, il n'y en a pas deux dans la vie d'un architecte !"

Financée en partie par le mécénat

Afin de réaliser ce projet ambitieux, la ville de Poitiers s'engage largement. Une initiative que salue l'architecte spécialisé en restauration du patrimoine. "C'est compliqué de nos jours, dans ce contexte financier difficile. Même si Notre dame la grand en a vraiment besoin, c'est courageux, car ce n'est pas le cas partout", rappelle Thomas Gaudig. Si au total, la facture devrait s'élever à 6,5 millions d'euros, ce montant reste pour le moment un ordre de grandeur. L'étude approfondie du cabinet d'architecte a également pour mission d'affiner le budget de l'opération.

Parmi ce montant, la mairie annonce en financer plus d'un tiers avec une participation dépassant les 2,5 millions d'euros. L'État, la région Nouvelle-Aquitaine, le département ainsi que la fondation du patrimoine doivent aussi participer au financement du projet. Mais pas seulement. La ville de Poitiers fait également appel au mécénat auprès du public ou d'entreprises. C'est l'engagement qu'a pris la Mutuelle de Poitiers Assurances en s'engageant comme grand mécène du projet de restauration.

Un soutien dont se félicite Stéphane Désert, directeur général de la Mutuelle Poitiers Assurances. "Notre-Dame-la-Grande, pour les poitevins, c'est l'édifice emblématique ! C'est un joyau de l'art roman, c'est le bâtiment le plus visité du département. Son rayonnement est très fort, même à l'échelle internationale", s'enthousiasme-t-il. 

La ville de Poitiers est venue proposer l'idée à la Mutuelle de Poitiers qui a été séduite. "C'est d'abord pour l'attractivité de Poitiers, souligne Stéphane Désert. Tout ce qui contribue à l'attractivité de Poitiers, nous intéresse." La Mutuelle de Poitiers Assurances ne souhaite toutefois pas communiquer sur le montant de sa participation.

Outre son rôle de grand mécène, l'entreprise jouera un rôle d'ambassadeur. Dans les mois prochains, elle organisera des rencontres avec d'autres entreprises locales, avec l'espoir de récolter des dons et que d'autres suivent son exemple. "C'est bien que les entreprises dépassent parfois leur pré carré et leurs profits. Je trouve que c'est un beau message", encourage le directeur général de la Mutuelle de Poitiers Assurances.

Pour autant, les entreprises ne sont pas seules concernées. "Une grande souscription fera l’objet d’un lancement officiel dans les prochains mois auprès de tous les publics, annonce la ville de Poitiers dans son communiqué. Les habitantes et les habitants pourront y participer et s'engager pour sauver cet édifice exceptionnel." De quoi faire briller à nouveau Notre-Dame-la-Grande.

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