À Poitiers, Brian Joubert et Véronique Guyon réagissent à la démission de Didier Gailhaguet

Photo d'illustration / © Ludovic Petiot / Maxppp
Photo d'illustration / © Ludovic Petiot / Maxppp

Samedi dernier, le président de la Fédération française des sports de glace, Didier Gailhaguet démissionnait à la suite de plusieurs accusations de harcèlement sexuel dans le milieu du patinage français. Brian Joubert et Véronique Guyon réagissent à cette démission.

Par Boris Granger

Depuis la sortie, fin janvier, du livre de Sarah Abitbol Un si long silence dans lequel l'ancienne athlète accuse son entraîneur de l'époque, Gilles Beyer, de viol, le monde du patinage est dans la tourmente. Dernier coup d'éclat en date, samedi dernier, lorsque le président de la Fédération française des sports de glace Didier Gailhaguet annonce sa démission, fragilisé après son silence face à des pratiques qu'il ne pouvait ignorer.

Un problème "qui touche la société en général"

La patineur poitevin Brian Joubert, trois fois champion d'Europe et champion du monde en 2007, a bien connu l'ex-président de la Fédération, qu'il considère "comme un deuxième père". Il estime que Didier Gailhaguet a pris la décision qu'il pensait la meilleure pour le patinage français mais peine à digérer les attaques envers celui qui l'a toujours soutenu.
 
"Il n'a pas fait de faute grave, de ce que je sache."
 

Ce n'est pas lui qui a fait les attouchements. Ce n'est pas lui qui a violé les athlètes. On parle plus de lui que des principaux coupables et c'est ça qui me dérange un peu, explique le champion poitevin.

Aujourd'hui, Brian Joubert est entraîneur et il explique être particulièrement vigilant avec ses élèves : à ce qu'il fait et à ce qu'il dit. Pour lui, le problème du harcèlement ne touche pas que le patinage mais la société en général.
 

"Les mentalités avaient déjà changé sur notre façon de fonctionner."
 

A l’époque, on pouvait me toucher les fesses pour me faire comprendre quel muscle utiliser, se souvient l'athlète. Moi ça ne me choquait pas. Après ça restait professionnel je le voyais bien. Maintenant ce n'est plus possible.

"Beaucoup de plaintes, et depuis longtemps"

Patineuse de haut niveau jusqu'à ses 17 ans, Véronique Guyon est plus tranchée sur la question. Celle qui a entraîné à de multiples reprises Brian Joubert ne doute pas de la responsabilité de Didier Gailhaguet.

Est-ce qu'il a agi? Est-ce qu'il a fait le nécessaire? Monsieur Beyer a été déclaré coupable. Il a été mis a pied et il est revenu. Quand vous mettez le loup dans la bergerie... Je pense que Monsieur Gailhaguet est responsable. Il était grand temps de mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, estime-t-elle.

"Faire du mal à un enfant, je ne le conçois pas."
 

Je savais qu’il y avait certaines choses un peu déplacées sur les stages et je savais les personnes qui étaient soupçonnées de faire ce genre de choses. Mais de là à aller jusqu’au viol je ne pensais pas. Je ne pensais pas que c’était allé aussi loin, et encore moins sur une jeune fille de 12 ans. Mais des plaintes il y en a eu beaucoup et depuis longtemps, déplore Valérie Guyon

Des plaintes qui "se disaient sans se dire", tant la difficulté est grande pour des athlètes de haut niveau à risquer de mettre une carrière en péril pour dénoncer des pratiques inadmissibles.
"En tant qu'entraîneur, vous avez une emprise morale et affective."

Pour Véronique Guyon, le problème ne se cantonne pas au patinage et l'ancienne athlète prévoit de nouveau témoignage à venir dans d'autres disciplines. Pour l'heure, elle espère que la fédération réussira à "se reconstruire et à s'entourer de personnes aptes et respectueuses de la discipline et des athlètes".
 

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