Poitiers. Des élèves de 5ème dissèquent des souris (mortes) pour un devoir en SVT

Extrait du travail de dissection donné à un groupe d'élèves de 5ème du collège Pierre-de-Ronsard de Poitiers. Dans la légende de ce travail, on s'inquiète tout de même sur le décès de l'animal. Est-il mort avant d'être endormi ? / © @MANOU_OF
Extrait du travail de dissection donné à un groupe d'élèves de 5ème du collège Pierre-de-Ronsard de Poitiers. Dans la légende de ce travail, on s'inquiète tout de même sur le décès de l'animal. Est-il mort avant d'être endormi ? / © @MANOU_OF

Malgré les recommandations du ministère de l'Education Nationale, des élèves du collège Pierre-de-Ronsard de Poitiers ont dû réaliser la dissection d'une souris afin de réaliser un travail de commentaires et diaporama.

Par Lionel Gonzalez

Un père de famille d'un élève de 5ème du collège Pierre-de-Ronsard de Poitiers eu la surprise de découvrir que son fils avait dû réaliser une dissection animale lors d'un cours de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre).
Quelques jours avant les vacances de Noël, la professeure de SVT de classe de 5ème, propose à ses élèves de disséquer une souris, d'étendre ses organes et de les annoter afin de réaliser un exposé sous forme de diaporama sur une tablette numérique. Ce devoir était d'ailleurs à rendre au professeur ce jeudi 9 janvier. Il a depuis le devoir a été annulé et retiré de la notation.

D'après nos informations, ces animaux proviennent de laboratoires accrédités et respectent un cahier des charges rigoureux (tel que le bien-être animal…). Au sein de l'Education Nationale, c'est l'observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement qui se charge de mettre à disposition des fiches synthétiques afin d'aider les équipes pédagogiques sur les questions et les ressources relatives à la sécurité et à l'accessibilité. Une fiche pédagogique complète est ainsi disponible : "Risque et sécurité en sciences de la vie et de la terre et en biologie-écologie". Le paragraphe dédié sur l'utilisation et la protection des animaux indique précisément les conditions d'utilisation d'animaux au sein des classes.
L'Académie précise que les souris utilisées lors de ces Travaux Pratiques étaient "euthanasiée en laboratoire" avant toute dissection.

Nous avons eu connaissance de l'échange de courrier entre la famille de l'élève et la professeure. Dans cet échange, on apprend que la professeure explique qu'elle avait appris "l'existence d'une circulaire publiée au B.O." et qu'elle l'avait "mal interprétée". Pour elle, ce décret avait été annulé puis "réintroduit avec à chaque fois des interprétations qui différaient d'une académie à l'autre."
Elle ajoute qu'elle assure que dorénavant elle ne réaliserait plus ce type de TP quel que soit l'animal.

Ma volonté étant de pas de choquer d'éventuels élèves.
C.B. - professeur

On apprend aussi que d'autres dissections se sont aussi déjà déroulées depuis le début de l'année scolaire.

Une famille qui s'interroge

Le père de famille qui s'est ému de cette pratique se pose tout de même des questions concernant l'intérêt pédagogique et éducatif d'une dissection des souris. D'autre part, il interpelle le principal du collège qui aurait dû être informé de l'utilisation d'animaux de laboratoire. D'autant que ce sont des commandes émanant d'organismes extérieurs, et qui doivent être validées. Même si on peut comprendre que la nomenclature et la référence (technique) de la commande pourrait-être insuffisamment claire et qui pourrait faire penser à une commande d'animaux à destination d'expérimentation de cours de SVT.

Des dissections animales interdites

En 2013, dans une lettre adressée aux recteurs, le ministère demande aux recteurs de réduire les dissections animales en sciences de la vie et de la terre en application d'un décret du 1er février 2013

De plus, depuis juillet 2016, une circulaire produite par Najat Vallaud-Belkacem (alors Ministre de l'Education Nationale) interdit "toutes dissections animales en cours de sciences de la vie et de la Terre et bio-physiopathologie humaine". C'est cette dernière circulaire qui est valable.
Un texte avait été adressé aux rectrices et recteurs d'académie, aux inspectrices et inspecteurs d'académie-directrices et directeurs académiques des services de l'éducation nationale, et à tous les membres des équipes pédagogiques de collège et lycée.

Cette circulaire indique que "dans le cadre des travaux pratiques de sciences de la vie et de la Terre (SVT) et de bio-physiopathologie humaine (BPH) dans la série sciences et technologies de la santé et du social (ST2S), et plus généralement dans toutes les classes jusqu'au baccalauréat, des dissections ne peuvent être réalisées que" :
- "sur des invertébrés, à l'exception des céphalopodes"
- "sur des vertébrés ou sur des produits issus de vertébrés faisant l'objet d'une commercialisation destinée à l'alimentation."

Il est ajouté "qu'il n'est plus procédé à des dissections d'animaux morts élevés à seule fin d'expériences scientifiques".

Les seuls autorisés sont …

Les formations supérieures des lycées et notamment les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) biologie, chimie, physique et sciences de la Terre (BCPST) et technologie et biologie (TB), qui préparent aux concours d'entrée des écoles vétérinaires, ne sont pas concernées par ces restrictions.
D'autre part, les animaux destinés à l'alimentation humaine (poisson, cailles, pattes de grenouilles...), sont autorisés à la dissection en collège et lycées.

Apprendre en vidéo

Il existe toujours des solutions "virtuelles" afin d'apprendre la biologie de la souris, grâce à des images, des animations et des schémas de support. Dans cette vidéo, on découvrer la démarche de dissection de la souris et l'anatomie des mammifères (morphologie, anatomie générale, appareil respiratoire, circulatoire, digestif, urinaire et génital). Cette méthode d'apprentissage pourrait être satisfaisante pour des élèves de niveau collège.

Du côté de l'Académie de Poitiers

Nous avons contacté le principal du collège qui ne souhaite pas répondre à nos questions.

De son côté, l'Académie de Poitiers admet une erreur de l'enseignante mais ne remet pas en cause ses qualités et compétences professionnelles. Elle a ailleurs été rencontrée et accompagnée par des inspecteurs de la discipline qui confirment ses capacités pédagogiques d'enseignement.

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