Poitiers : Le RICM se souvient de Douaumont

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Écrit par Jérôme Vilain

Le RICM, Régiment d’Infanterie Chars de Marine basé à Poitiers, commémorera le 4 novembre les combats de la reprise du fort de Douaumont par l'armée française à l'automne 1916. Une cérémonie un peu particulière cette année.

Avant de devenir le Régiment d'Infanterie Chars de Marine, régiment le plus décoré de France, le RICM fut le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc, dont le premier des grands faits d'arme est d'avoir participé à la reprise du fort de Douaumont, le 24 octobre 1916, à l'issue d'une terrible bataille.

En 1937, en voici le récit que faisait alors dans la  Revue des Troupes coloniales, le Capitaine de réserve Gaston GRAS, ancien combattant du RICM : 

"Pour tous ceux qui vécurent au Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc les années 1916 et 1917, les noms de Douaumont, de Malmaison, marqueront toujours un viril souvenir. Vingt ans après ces années pathétiques, je voudrais dire à nos cadets de l'Arme ce qu'était alors le Régiment qui s'est surclassé par la suite au point de devenir le Premier Régiment de France.
Et tout d'abord que sa vertu guerrière n'est pas due à des circonstances fortuites, au coefficient chance : non, le R.I.C.M. est en quelque sorte un élixir longuement préparé, la quintes­sence de l'Infanterie Coloniale, et même de la vieille Infanterie de Marine.

En tête de la 1ère compagnie, une patrouille de combat, commandée par un humble mais héroïque caporal, Déranger, saute hardiment dans le fossé du Fort, se précipite dans le coffre de contre-escarpe, devançant les tireurs ennemis qui ont déjà sauté sur leur pièce : à coups de crosses, on les arraisonne : désormais le fossé ne sera plus balayé par la Maxim.
Les autres compagnies se ruent sur les objectifs impartis : une avalanche d'hommes couverts de boue, les dents serrées, la baïonnette haute...
Le capitaine Dorey s'élance le premier : d'une forte corpulence, les molletières tombées sur de lourds brodequins, sans capote, à bout de souffle mais non d'énergie, il entraîne à sa suite son bataillon grisé d'espoir...
Sur la droite, quelques hommes du 321e d'Infanterie atteignent également le Fort : patrouille de combat téméraire, légèrement déviée de son axe de marche, les camarades de la Ligne, surpris par le silence, ont voulu voir de près le colosse que d'autres devaient prendre..."


Profondément ancré dans ses traditions, le Régiment d’Infanterie Chars de Marine célèbre chaque année ce fait d’armes, qui marque un tournant dans la bataille de Verdun. Et c’est d'ailleurs pour son action décisive dans la prise du fort de Douaumont que le régiment reçut la Légion d’honneur.


Ce jeudi 4 novembre, la cérémonie revêtira pour les militaires un caractère particulier : à l’occasion du centenaire de sa création, la société des membres de la Légion d’honneur effectue un tour de France des régiments et transmet la Flamme du Soldat Inconnu au RICM. Une cérémonie qui sera présidée par le général Garnier, commandant l’État-Major Spécialisé pour l’Outre-Mer et l’Étranger (EMSOME) et Père de l’Arme des troupes de marine.

Au cours de cette cérémonie, trois citations avec remise de la Croix de la Valeur Militaire seront décernées au lieutenant Cyril, au sergent Arnaud, ainsi qu’au caporal-chef Alex, suite à leur mission au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane de février à juin 2021. 


Enfin, la fanfare et bagad de la 9ème brigade d’infanterie de marine accompagnera chaque moment de cette commémoration. 

Jeune régiment, le RICM naît à Rabat au Maroc au début du mois d'août 1914 sous l'appellation de 1er régiment mixte d'infanterie coloniale. En décembre, il devient le 1er régiment de marche d'infanterie coloniale. Le 17 août 1914, il débarque, puis est aussitôt engagé sur le front français au tout début de la Première Guerre mondiale. Le RICM, régiment d'infanterie coloniale du Maroc, est officiellement créé le 9 juin 1915. Le régiment d'infanterie coloniale du Maroc était composé principalement de Français originaires de toutes les régions de la France métropolitaine : Normands, Bretons, Parisiens, Basques, Auvergnats, etc...

Le Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc n'est donc pas un régiment de tirailleurs. C'est un régiment de l'infanterie coloniale, en l'occurrence de l'infanterie de marine française. Quatre années durant, le régiment livre des combats qui feront de son emblème le plus décoré de l'armée française avec 10 citations à l'ordre de l'armée.

En octobre 1916, renforcé de Tirailleurs sénégalais et somalis, le RICM s’empare du fort de Douaumont. Pour ce fait d'armes, il obtient la Légion d'honneur et sa troisième citation à l'ordre de l'armée.

Au cours de la grande guerre, le RICM aura perdu 15 000 marsouins (tués ou blessés) dont 257 officiers. Son drapeau portera 10 palmes sur la croix de guerre 14-18, la Légion d'honneur (pour un fait similaire à la prise d'un emblème de haute lutte à l'ennemi qui sera la conquête du fort de Douaumont le 24 octobre 1916), la médaille militaire (le 5 juillet 1919), l'Ordre de la Tour et de l'Épée.

Le régiment sera stationné en Rhénanie de 1918 à 1925 avant de rejoindre le Maroc. Il est cantonné à Vannes (Morbihan) de 1963 à 1996. Depuis septembre 1996, il est basé à Poitiers.

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