Prix Renaudot des lycéens. Dans "Le grand Secours", Thomas B. Reverdy plonge dans un lycée théâtre d'une émeute

"Le grand secours" du romancier Thomas B. Reverdy, sorti le 23 août dernier, est en lice pour le prix Renaudot des lycéens 2023 remis à Loudun en novembre. L'ouvrage nous plonge dans le quotidien d'un lycée de banlieue parisienne sur le point de devenir le théâtre d'une émeute inédite et incontrôlable. Entretien avec l'auteur.

D'une photo à une émeute, il n'y a parfois qu'un clic. Et matière à fiction. Le grand secours (Flammarion) de Thomas B. Reverdy plonge le lecteur dans l'univers d'un lycéen de banlieue parisienne sur le point de basculer. L'ouvrage est, depuis début septembre, dans la sélection du prix Renaudot des lycéens remis à Loudun (Vienne), lieu de naissance du journaliste éponyme, le 14 novembre prochain.

Un livre d'actualité

Paul, écrivain quarantenaire parisien, débarque pour la première fois dans l'établissement de Bondy. Il doit y animer plusieurs cours d'écriture, dont quelques-uns avec Candice, une professeure de français et de théâtre qui n'a jamais voulu le devenir. Il va y faire la rencontre de plusieurs élèves, dont Mo.

Mo, c'est un jeune des quartiers nord de Bondy, sans histoire, qui se débrouille bien à l'école. Alors qu'il voit Mahdi, un camarade de classe, se prendre un violent coup de poing au visage près du lycée, il décide de saisir l'instant et prend une photo. Qui se retrouve instantanément sur les réseaux sociaux. Mo ne se doute pas des conséquences de ce simple clic.

"Au fil des cours et des récréations", le lecteur suit les élèves et les professeurs de ce lycée dont le destin est sur le point d'être totalement chamboulé.

Il sera question d'une bavure policière sur un jeune du quartier et qui va entraîner une émeute dévastatrice. Fiction prémonitoire ou réalité ? Le livre a été écrit avant les émeutes consécutives à la mort de Nahel Merzouk en juin et juillet dernier et Thomas B. Reverdy livre un roman juste terriblement d'actualité. Une intrigue qui nous tient en haleine, du début à la fin du roman.

Thomas B. Reverdy propose une histoire foisonnante de détails : du carrefour routier sous l'autoroute A3 non loin du lycée, aux imprimantes cassées et aux machines à café stridentes de la salle des professeurs, en passant par les cours de théâtre sur Le Bourgeois gentilhomme de Molière. Un récit dans un environnement familier à l'auteur, puisqu'il est également professeur de français dans un lycée de Bondy depuis plus de vingt ans.

En portant ces deux casquettes, celle de professeur et d'écrivain, Thomas B. Reverdy dépeint, dans Le grand secours, une réalité sociale avec une précision extraordinaire.

Entretien avec Thomas B. Reverdy

Votre livre se présente en trois actes, à la manière d'une pièce de théâtre se rapprochant de la tragédie. Est-ce une volonté de votre part ?

Thomas B. Reverdy : Au départ, la forme du livre vient d'une réflexion sur le fait que l'école est gouvernée par l'emploi du temps, par les élèves et les professeurs. Assez vite, s'est imposé de chapitrer le récit en faisant avancer le temps et en changeant de salles.

Les trois périodes font écho au théâtre, et le fait que Candice soit professeure de théâtre, et pas seulement de français, montre que le théâtre prend une certaine place dans le récit. C'est un lieu de discussion de la langue qui touche les problématiques des élèves, comme celle de l'ascension sociale à travers Le Bourgeois gentilhomme.

J'écris pour qu'on ait envie de plus de réparations et de bienveillance, d'aider à faire rentrer la culture, la beauté et les possibilités d'émancipation dans les quartiers.

Thomas B. Reverdy

Romancier en lice pour le prix Renaudot des lycéens 2023

Parmi les personnages principaux, on trouve donc Candice, et Paul, poète et écrivain. N'y a-t-il pas une part de vous dans ces deux protagonistes ?

T. B. R. : En effet, je suis un peu dans les deux. J'ai la chance, depuis une vingtaine d'années, d'avoir deux vies en quelque sorte. Je pense que c'est intéressant pour un écrivain de fréquenter différents mondes et de vivre plusieurs vies. J'imagine que la lectrice ou le lecteur se dit : "ah tiens, il doit y avoir un peu de lui, puisque c'est un personnage d'écrivain". Candice, c'est un peu moi, si j'étais un prof parfait (rires).

Vous écrivez, "Le lycée, c'est un peu comme un bateau. Un bateau à la dérive, dans un coin de béton". Peut-on dire que le lycée est un champ parfait décrivant les problèmes de notre société française ?

T. B. R. : Oui, je crois que c'est pour ça que j'ai souvent eu l'idée de situer l'action d'un roman dans un lycée. Lorsque j'écris le roman, il suffit que je pousse un peu les curseurs de la réalité pour aboutir à cette émeute. J'écris pour qu'on ait envie de plus de réparations et de bienveillance, d'aider à faire rentrer la culture, la beauté et les possibilités d'émancipation dans ces quartiers.

Si la réponse, des autorités comme celle des quartiers, est le conflit, cela veut dire qu'on n'en sortira pas et qu'il y aura d'autres émeutes.

Le grand secours est-il un tableau de votre quotidien, celui d'un professeur enseignant en banlieue parisienne ?

T. B. R. : C'est un tableau dont on pousse les curseurs dramatiques, où l'on concentre tout dans un même lieu, qui devient un chaudron avec lequel on fait bouillir la colère. C'est vrai que c'est un tableau assez réaliste des désespoirs et des espérances des personnes qui travaillent là.

Ce que je voulais montrer en effectuant cette plongée à l'intérieur du lycée, c'est que les gens qui s'y trouvent sont dans l'action. Ils sont des pompiers : ils ne rêvent pas d'un monde sans incendie, mais d'éteindre celui-là. Parce que la maison brûle, et que l'on demande à l'école de réparer tous les maux de la société.

De nos jours, professeur est-il encore le plus beau métier du monde ?

T. B. R. : Ce qui me désespère est que les pouvoirs publics, y compris le ministère de l'Éducation, semblent se méfier de ses propres fonctionnaires. C'est un peu désagréable et humiliant, sans parler des conditions d'exercice ou du salaire.

En même temps, on est forcé de constater que c'est un métier qui donne de l'énergie. À la fois, parce qu'on continue de fréquenter la jeunesse —  ça n'empêche pas d'être un vieux con, mais ça retarde le processus — et parce qu'on aide les gens en les portant plus haut. Et ça, je crois que ça donne beaucoup de satisfaction.

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