Prostitution : une victime de la mafia nigériane témoigne

Poitiers : témoignage d'une victime des réseaux de proxénètes nigérians
Un reportage d'Hugo Lemonier, Antoine Morel et Pascal Epée

L'étau se resserre autour de la mafia nigériane de la prostitution. Onze personnes ont été interpellées la semaine dernière à Poitiers, dans le cadre de l'opération "Amen" menée par l'Office central de répression de la traite des êtres humains. Nous avons pu rencontrer l'une de ses victimes.

Par Hugo Lemonier

Nous l'appellerons Angel. Cette femme d'une trentaine d'années quitte le Nigéria, traverse le Sahel pour rejoindre la Libye, l'Italie puis la France. Les trottoirs de Poitiers constituent, pour elle, la dernière étape d'un périple de 7 000 kilomètres. Ses passeurs lui révèlent alors le travail pour lequel elle a été engagée : prostituée.

En janvier 2016, ses proxénètes réalisent qu'elle est enceinte de cinq mois : "Ils m'ont enfermé dans la chambre pendant plusieurs jours. Ma "patronne" est venue avec deux autres personnes et des médicaments pour enlever le bébé." Elle déclare avoir été ensuite forcée de se débarasser du foetus à deux pas de la gare SNCF.

Une dette de 40 000 euros

Laissée pour morte devant un local de la Croix Rouge, Angel est transportée au CHU de Poitiers. Le personnel de l'hôpital croit alors à une fausse couche et préfère ne rien reporter à la police, croyant protéger la victime. Funeste erreur, elle est mise sur le trottoir quelques jours plus tard.

Contrainte de se prostituer par le réseau de passeurs qui l'a acheminée jusqu'en Europe, elle est sommée de rembourser une dette de 40 000 euros. Pendant dix mois, elle risque donc sa vie dans les parkings des abords de la gare de Poitiers. C'est là que, tapies dans l'obscurité, les Nigérianes vendent leur corps dans l'espoir de retrouver la liberté.

Angel a désormais échappé aux griffes de ses proxénètes et porté plainte au commissariat de Poitiers. Une de ses maquerelles a été arrêtée dans le cadre de l'opération "Amen", menée par l'Office central de répression de la traite des êtres humains (OCRTEH). En tout, une vingtaine de personnes  a été mise derrière les barreaux. Parmi elles, 6 feraient partie de la Supreme Eiye Confraternity, une mafia tentaculaire à laquelle le JDD a consacré une longue enquête, dans son édition du 26 mars.

La jeune femme tente maintement de se reconstruire grâce à l'aide de l'association les Amis des Femmes de la Libération. En attendant le procès de ses proxénètes, elle espère que son témoignage aidera les quelques 70 prostituées nigérianes de Poitiers, recensées par Médecins du Monde, à échapper à leur tragique condition.


Prostitution le prix des larmes : un documentaire lundi 3 avril après le grand Soir 3

Aujourd’hui comme hier la prostitution fait écho à la condition féminine, ses formes épousent l’évolution de la vie sexuelle à travers les époques.

Ce documentaire donne la parole à des historiens, des policiers, des politiques, des experts et à une femme qui fait rentrer le spectateur dans l’univers d’une des mafias les plus importantes au monde.

Au travers d’archives inédites, et d’un témoignage bouleversant, il veut faire réfléchir sur l’histoire et l’évolution de la prostitution dans la société et sur la nouvelle loi qui l’encadre.

Un film écrit par Gérard Pélisson, réalisé par Anelyse Lafay-Delhautal.

Diffusion : lundi 3 avril après le Soir 3 sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, en Aquitaine, en Limousin et en Poitou-Charentes.

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