Un réseau de prostitution démantelé à Poitiers

Trois hommes, de 17, 19 et 20 ont été mis en examen par un juge d’instruction pour proxénétisme aggravé ce vendredi. Leur interpellation a eu lieu quelques jours après le témoignage d’une mineure de 17 ans affirmant avoir été contrainte à la prostitution depuis juin 2022.

Ce vendredi 15 juin trois jeunes hommes, âgés de 17, 19 et 20, ont été mis en examen pour proxénétisme aggravé, enlèvement et séquestration et placés en détention provisoire selon le parquet de Poitiers. Cette décision du juge d’instruction fait suite à une enquête menée par la direction départementale de la sécurité publique (DDPS) de la Vienne.

Déplacée dans plusieurs villes

Selon une source proche de l’enquête, une jeune fille, mineure, de 17 ans, en pleine fugue, s’est présentée au commissariat de Poitiers, déclarant avoir fui trois hommes l’obligeant à se prostituer dans des hôtels depuis le 15 juin 2022. Une procédure est ouverte le 8 juillet 2022.

"Elle expliquait avoir été déplacée, en véhicule ou en train, afin de se prostituer dans plusieurs villes de France", confirme le parquet de Poitiers dans un communiqué. Une autre mineure, elle aussi victime, a été identifiée.

Le service de protection de la jeunesse (SPJ) et la direction territoriale de la police judiciaire (DTPJ) se sont immédiatement saisis de l’affaire afin de poursuivre les investigations. Selon une source proche de l’enquête trois suspects, connus des services pour de multiples infractions, auraient alors tenté d’enlevé la jeune fille, placée dans un foyer d’accueil. Ils ont ensuite été interpellés en région parisienne et placés en garde à vue le 12 juillet, avant d’être déférés au parquet de Poitiers.

Apparemment, les hommes proposaient les jeunes filles sur les réseaux sociaux et donnaient rendez-vous aux "clients" dans des chambres d'hôtel ou des appartements.

Entre 7000 et 10 000 victimes en France

En juillet 2021, un rapport interministériel sur la prostitution des mineurs avait été publié. "Le phénomène est en croissance constante, même si aucune estimation officielle n’existe", pouvait-on y lire, "les associations parlent de 7 000 à 10 000 victimes, mais ces données pourraient être très en deçà de la réalité", insistent les auteurs du rapport.

"Ce sont très majoritairement des jeunes filles, de 15 à 17 ans en moyenne, vulnérables, provenant de tous les milieux sociaux". Beaucoup sont en situation de rupture familiale : carences affectives et/ou éducatives, contextes familiaux dysfonctionnels, décrochage scolaire… Et près de 50% disent avoir subi "des violences pendant leur enfance, principalement intrafamiliales et/ou sexuelles avant d’entrer dans le système prostitutionnel".

Suite à la publication de ce rapport, la Fondation Scelles, spécialisée sur ce dossier de la prostitution, regrettait "que le client, acteur majeur du système prostitutionnel, en soit quasiment absent. Et s’il est évoqué, c’est pour souligner, d’un ton résigné et presque fataliste, la quasi-impossibilité de sanctionner l’achat d’acte sexuel auprès des personnes mineures : les clients, expliquent les auteurs du rapport, "minimisent leur comportement, soutiennent n'avoir eu recours à la prostitution qu'une seule fois et ne reconnaissent ni la souffrance des jeunes prostituées ni le fait qu'ils connaissaient sa minorité (…) ils disent avoir été trompés quant à l'âge de la victime et il est vrai qu'ils ont pu être induits en erreur par la victime, à son initiative ou à celle de ses proxénètes … ".