"Un zoo n'est pas une fourrière" : tortues, pythons, ratons laveurs, que deviennent les animaux sauvages une fois capturés ?

Sur le territoire français, la prise en charge des animaux exotiques est une problématique qui se pose de plus en plus régulièrement aux services de l'État. Ceux-ci, après des contrôles aux douanes et des saisies effectuées, doivent en effet assurer le placement des animaux dans des structures d'accueil. Problème : celles-ci restent pour le moment très rares.

"Nous signons de plus en plus de conventions avec des communes, en partie parce qu'il y a de plus en plus d'animaux bizarres", raconte Loïc, président du Capend 17, le centre d'accueil provisoire des animaux non domestiques en Charente-Maritime. "Il y a de plus en plus d'abandons, les reptiles sont à la mode, mais l'électricité coûte cher en ce moment."

Alimenté notamment par la mode des Nouveaux animaux de compagnie (NAC), le nombre d'animaux sauvages ou non domestiques est en effet très important. Le WWF qualifie la France de "hub du commerce d'espèces sauvages" à l'échelle mondiale. Dans ce contexte, les saisies constituent une autre origine pour ce type d'animaux.

Une structure unique en France

En Charente-Maritime, les services de l'État peuvent s'adresser au Capend 17. Cette structure unique au niveau national avec pour mission identifiée de "prendre en charge les animaux sauvages ou non domestiques qui sont saisis par les autorités (OFB, Douane, Gendarmerie, Police municipale ou rurale) pour des raisons de maltraitance ou de détention illégale." 

La jeune association apparaît en tout cas comme un acteur essentiel sur le terrain. "Avant, c'était du bricolage. L'association a été officiellement créée en 2022 : on s'était occupé de ratons laveurs, de pythons...", reprend Loïc (Capend 17). "Et on voit que les besoins sont en hausse : on a pris en charge 90 animaux sur toute l'année 2023 et déjà de trois depuis le début 2024." Les maires étant responsables des animaux errants présents sur leur commune, le Capend travaille uniquement avec les collectivités.

Primates, équidés ou espèces exotiques envahissantes : l'association peut prendre en charge quasiment tous les types d'animaux sauvages ou non domestiques. À une occasion, elle s'est par exemple occupée de deux pythons abandonnés dans un sac de sport dans un parking.

On a déjà pris en charge trois animaux depuis le début de l'année 2024.

Loïc

Président de l'association Capend 17

L'association a été créée par plusieurs bénévoles, déjà en lien avec des animaux. Le président du Capend 17, Loïc, est policier dans le civil et pompier volontaire spécialisé dans la capture d'animaux. "Dans le cadre de mon travail, j'ai trouvé une tortue que j'ai amenée au zoo de la Palmyre", se souvient-il. "Elle n'était pas identifiée et le zoo ne pouvait pas servir de fourrière."

Les zoos, une solution peu adaptée

L'association compte d'ailleurs un salarié à temps partiel, un vétérinaire spécialisé dans la faune sauvage, qui travaille aussi au zoo de la Palmyre, situé près de Royan en Charente-Maritime. "Pour les zoos, s'occuper de ces espèces sauvages, de faune non autochtone, c'est une mission très secondaire", confirme Valentin. "Quand on peut accueillir des animaux saisis, on le fait avec plaisir. Mais un zoo n'est pas une fourrière. Il est toujours identifié comme pouvant répondre à ce genre de problèmes."

Un zoo n'est pas une fourrière.

Valentin

Vétérinaire au zoo de la Palmyre (17)

Plusieurs problèmes se posent en effet : manque d'infrastructures, de personnel, dangers pour l'environnement, risques de transmission de zoonoses, et problèmes d'identification des animaux. "Les centres de soins prennent en charge la faune sauvage autochtone, comme des hirondelles par exemple", récapitule le vétérinaire. "Mais pour un perroquet, une tortue, ou un primate, il n'y a pas de solution en fourrière, donc les mairies se tournent vers les zoos, qui n'ont pas l'habilitation."

La détention de ces espèces exotiques est soumise à de strictes conditions, définies par un certificat de capacité, ce qui limite les possibilités d'accueil en structure. Plus largement, selon Valentin, "il y a un très gros manque au niveau français pour accueillir les mammifères de faune exotique. C'est pour ça que le Capend est un relais, unique en son genre."

Un protocole redéfini à chaque action sur le terrain

"Nous régularisons la situation et hébergeons les animaux le temps de la mise en fourrière, pendant huit jours. Puis, nous plaçons les animaux à l'adoption, ou chez des éleveurs et des parcs animaliers", détaille Loïc. "Pour le moment, nous plaçons des animaux en Charente-Maritime."

Les solutions de placement sont donc établies au cas par cas, selon les événements du terrain et les spécificités de chaque territoire. "Franchement, si demain, on trouve 50 perroquets quelque part, ce sera le branle-bas de combat", déclare un agent (qui a souhaité rester anonyme) de l'Office français de la Biodiversité en Nouvelle-Aquitaine.

On est au cas par cas, c'est un peu le problème.

Un agent de l'Office français de la Biodiversité

Lors d'une saisie, qui reste un outil au service de l'enquête judiciaire selon l'OFB, deux méthodes sont mises en oeuvre. "Soit l'animal est d'origine légale et c'est un problème de papier, par exemple quelqu'un qui a le droit d'avoir trois perroquets et qui en a six. L'animal est alors placé sous main de justice et reste chez son propriétaire en attendant une régularisation de la situation", explique l'agent. "Soit, on a nos réseaux, on vérifie si le centre est bien en capacité de recueillir l'animal."

L'enquête judiciaire débouche rarement sur des saisies, par exemple dans le département de la Vienne. "On est au cas par cas, c'est un peu le problème", reprend l'OFB. "Ce n'est pas assez régulier pour qu'on ait un protocole. Il y a aussi peu de solutions à l'échelon local, et peu de travail collaboratif de la part de l'État sur ces sujets."

Des programmes de formation pour les forces de l'ordre

"En Espagne, et aux Pays-Bas, il y a des protocoles entre les agences de l'État, avec des rôles bien définis et standardisés, qui permettent d'être réactifs. Quand il y a moins de ressources, tout est fait sur le terrain", expose Loïs Lelanchon, chargé de programme pour le sauvetage des espèces sauvages au sein de l'ONG Ifaw, le Fonds international sur la protection des animaux.

Les premières 24 à 48 heures sont cruciales pour la survie des animaux.

Loïs Lelanchon

Chargé de programme pour le sauvetage des espèces sauvages au sein de l'ONG Ifaw

Les animaux sauvages sont protégés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Ifaw estime que son application "devient compliquée, avec l'enchevêtrement des droits pénal, civil et environnemental. Il faut s'y retrouver pour avoir de la cohérence et un placement rapide des animaux", affirme Loïs Lelanchon.

L'Organisation non gouvernementale est à l'origine en 2017 du programme LAST, pour Live Animals Seized in Trade (Animaux vivants saisis dans le commerce). Ifaw constate lui aussi "un manque vraiment marqué pour assurer les placements dans des structures. La première problématique, ce sont les ressources financières. Les gouvernements n'ont pas nécessairement intégré la prise en charge dans la chaîne, même dans des pays à haut PIB." Conséquences selon lui : "des animaux euthanasiés par manque de place, des mauvais placements et une mauvaise coordination entre les services des États et les structures d'accueil."

Au fil des années, Ifaw a construit son réseau de structures d'accueil au niveau international. "On peut être dans l'agilité, on travaille avec les centres pour leur donner des conseils, une aide financière pour acheter des cages, l'alimentaire et les frais vétérinaires", estime le salarié de l'ONG. Des projets sont aussi en cours, en partenariat avec des parcs zoologiques, pour augmenter leurs capacités d'accueil.

Dans le cadre du programme LAST, des formations sont assurées à destination des forces de l'ordre pour assurer leur sécurité, ainsi que celle des animaux. "Avec LAST, on voit qu'il y a une vraie évolution des mentalités, une sensibilisation aux enjeux", conclut Loïs Lelanchon. "Il faut aussi avoir des cadres juridiques appropriés pour une nouvelle appréhension de l'animal dans le droit, et réhabiliter la place et le rôle de l'animal dans l'espace naturel, alors que les animaux restent souvent en captivité une fois saisis."

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