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Violences faites aux femmes : “Toutes n'ont pas eu ma chance”

Christel est aujourd'hui militante au planning familial. / © HL
Christel est aujourd'hui militante au planning familial. / © HL

Battue par son mari, Christel (le prénom a été changé) quitte le domicile familial avec ses enfants en 1998. De la prise de conscience à son départ, elle raconte le chemin qu'elle a dû suivre pour s'en sortir. Devenue militante du Planning familial de Poitiers, elle témoigne de son calvaire.

Par (Propos reccueillis par Hugo Lemonier - journaliste stagiaire)

J’étais mariée et on avait trois enfants. On était instituteurs tous deux. Tout se passait bien matériellement, affectivement. Mais, de temps à autre, il… pétait les plombs, j’appelais ça comme ça. Péter les plombs. Je pensais qu’il était énervé et j’essayais de comprendre pourquoi. D’un côté, je savais que ce n’était pas normal, mais, de l’autre, je ne savais pas comment en sortir.

En public, il ne laissait absolument rien paraître. Mes parents, nos amis, tout le monde me vantait ses qualités. "Comme tu as de la chance d’avoir un mari aussi gentil", me disaient-ils.

On habitait dans un petit village assez isolé. On voyait de moins en moins nos amis, ce qui lui donnait plus d’occasion d’être violent. C’est assez commun, le conjoint ou le mari violent a tendance à isoler sa victime pour mieux exercer son emprise sur elle. La jalousie et le besoin de contrôle poussent le mari violent à se genre d'extrémité. Une fois esseulée, on se retrouve comme ces petits insectes dans une toile d’araignée, prise dans le piège. 

J’ai essayé d’en parler à mon médecin. Il ne voyait rien d’anormal, pas de quoi justifier un signalement en tout cas. Mais, je savais que ce n’était pas normal, je me sentais coincée. Mon mari m’avait déjà menacée de mort. Il avait pris un couteau et m'avait dit : "je vais te tuer".

Il me mettait un coup puis redevenait adorable

Mais, il se passait beaucoup de temps entre chaque période où il était violent. J’ai pris plus difficilement conscience du problème. Il y avait des moments où il était charmant, puis soudain, il rentrait et me mettait un coup de poing. Et, le lendemain, il était à nouveau adorable. Il me disait des "je t’aime", puis m’offrait des fleurs, il m’emmenait au restaurant… Jusqu’à ce que cela reprenne de plus belle deux mois plus tard.

Mes filles commençaient à se dire à leur tour que ce n’était pas normal d’avoir un père qui me tape de la sorte. A ce moment là, je suis allée voir une amie du planning familial, avec lequel j'avais pris mes distances :
- Tu sais, de temps en temps, mon mari n’est pas sympa, ai-je balbutié.
- Qu’est-ce que cela veut dire pas sympa ?, s'est étonnée mon amie.

Et, je lui ai tout raconté. Dans ces moments, c'est très important d’avoir quelqu’un pour nous dire que, non, ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal que votre conjoint vous frappe, qu'il vous empêche de voir vos amis et d’avoir un travail comme le font même certains. 

Pour m’aider, mon amie m’a appris quelques gestes pour me défendre, pour éviter qu’il ne me fasse trop mal. Et surtout, elle m’a conseillée d’aller chez le médecin pour qu’il me signe une attestation à chaque fois que j’avais des marques visibles, comme des bleus ou des plaies.

Je l’ai fait à trois reprises avec des médecins différents : une fois, il m’a donné un coup de chaise sur la tête, cela m’avait coupé l’oreille en deux ; une autre, il m’a lancé quelque chose sur la poitrine et j’avais dû faire des radios car j’avais un sorte d’enfoncement des côtes ; et puis la dernière fois, il m’a frappé avec une casserole sur la tête. Cette fois-là, il y a eu du sang partout. Partout, sur les murs blancs de notre cuisine, sur mes vêtements. Mon mari m’a dit alors : "t’en fais pas ! la tête, cela saigne toujours".

Je suis partie d'un coup

J'avais commencé à nettoyer quand ma fille aînée est arrivée. Elle m'a conseillé de garder mon pull maculé de sang. Le lendemain, elle est allée porter plainte contre son père, leur expliquant qu’il était violent avec moi. Le commissariat m’a appelé pour me demander si j’étais prête à sauter le pas. Je l’étais, alors tout s’est déclenché. Je suis partie d’un seul coup. J’ai pris mes trois filles, quelques bricoles et je ne suis jamais revenue. Une copine du Planning familial nous a hébergées.

Au commissariat, les policiers m’ont fait une liste : "Avez-vous un compte séparé ? Faites-le. Retirez de l’argent. Récupérez vos papiers…" A aucun moment ils n’ont remis en cause ma parole. Le témoignage de mes filles a certainement aidé.

Ma chance a été d’avoir un travail et assez d’argent pour subvenir, seule, aux besoins de mes enfants. Toutes les femmes ne peuvent malheureusement pas quitter le foyer aussi facilement.

Journée pour l'élimination des violences faites aux femmes

La préfète de Région, Christiane Barret, et le Procureur de la République, Nicolas Jacquet, signeront la convention "Téléphone Grand Danger" aujourd'hui. Grâce à ce dispositif, les victimes n'ont qu'à presser une touche pour accéder à la plateforme Mondial Assistance 24h/24h et 7j/7j. Le correspondant contacte la Police ou la Gendarmerie si cela lui semble nécessaire. Jusqu'ici en expérimentation dans 13 départements, le TGD va déployer sur l'ensemble du territoire.

Découvrez le documentaire exceptionnel sur la "Séquestrée de Poitiers", un fait-divers devenu l'un des symboles de la condition féminine au XXe siècle. Samedi 28 novembre à 15h20 sur France 3 Poitou-Charentes.

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