A vos fenêtres pour compter les oiseaux!

© Camille Becchetti
© Camille Becchetti

La Ligue de Protection des Oiseaux lance l'opération "Confinés mais aux aguets" pour recenser les oiseaux directement depuis chez vous.

Par Camille Becchetti

Que vous ayez un demi-hectare de jardin ou seulement une meurtrière en guise de fenêtre, vous pouvez tous participer à cette mission lancée par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO)

« Confinés mais aux aguets » c’est l’occasion de prendre l’air quelques instants sans sortir de chez soi et de participer au recensement des différentes espèces d’oiseaux malgré les contraintes du confinement. Le rendez-vous est donné sur le site Oiseaux des Jardins où des fiches pédagogiques sont disponibles pour aider les tous nouveaux amateurs à se faire la main.
 
Fiche de comptage disponible sur le site Oiseaux des jardins. / © Oiseaux des jardins
Fiche de comptage disponible sur le site Oiseaux des jardins. / © Oiseaux des jardins
Après avoir créé son compte,  il suffit d’indiquer la date, la durée et le lieu de l’observation puis de reporter les espèces rencontrées dans le formulaire en ligne. Des photos et même des enregistrements sonores peuvent être ajoutés pour compléter la galerie du site.

Une opération d’envergure nationale mise en place dès les premiers jours du confinement en partenariat avec le Muséum d’Histoire Naturelle et le réseau citoyen Vigie Nature. L’objectif : créer un observatoire participatif pour récolter un maximum de données tout en profitant de l’occasion pour sensibiliser la population à la biodiversité de proximité.
Et c’est un véritable succès. Si l’appel aux bénévoles pour contribuer au recensement des espèces est récurrent pour les scientifiques, la fréquence d’inscription a été multipliée par sept à la même période pour une année normale. Une carte a même été mise en ligne pour localiser les points d’observations manifestés :
 
Carte des points d'observation manifestés depuis 2012 (période de confinement comprise) / © Oiseaux des jardins
Carte des points d'observation manifestés depuis 2012 (période de confinement comprise) / © Oiseaux des jardins

Pallier le manque d’accès à la nature

Le confinement c’est pour tout le monde, même pour les scientifiques. Impossible pour eux d’effectuer leurs relevés en pleine nature. Etre contraint à l’observation depuis un seul type d’habitat, la plupart du temps des jardins, a conduit à une baisse de 10% du nombre d’espèces repérées. Celles présentes en forêts, sur les littoraux et dans les montagnes par exemple, ont été forcément délaissées. La plateforme leur permet donc d’augmenter leur marge de manœuvre en faisant appel à l’ensemble des citoyens.
« L’initiative est née suite aux demandes d’anciens bénévoles de maintenir leurs observations à l’extérieur malgré le confinement, ce qui était évidemment impensable. Seuls nos salariés, et ce dans des conditions très spécifiques, ont pu maintenir quelques sorties d’observation. La plateforme est donc apparue comme une solution adéquate », explique Olivier Le Gall, Délégué LPO en Nouvelle Aquitaine.
Ainsi, ce sont près de 300 espèces d’oiseaux qui ont tout de même été observées.
 
Observations des membres de la communauté Oiseaux des Jardins en Nouvelle Aquitaine. / © Oiseaux des Jardins
Observations des membres de la communauté Oiseaux des Jardins en Nouvelle Aquitaine. / © Oiseaux des Jardins

Chaque observateur peut y contribuer selon ses compétences puis l’ensemble des informations collectées seront ensuite triées et analysées par des membres de la LPO. Un concept de partage de connaissances que le contexte actuel favorise puisque de plus en plus d’échanges entre observateurs sont nés sur internet pendant le confinement.
 
Observations d'internautes / © Facebook Muséeum d'Histoire Naturelle de Bordeaux
Observations d'internautes / © Facebook Muséeum d'Histoire Naturelle de Bordeaux

Moins de bruit dans la ville, plus de chants d’oiseaux entendus aux jours de beau temps, l’impression que la faune reprend ses droits en l’absence de l’homme… C’est encore à prouver pour la science : « il est important de chiffrer ce sentiment mais en réalité il est encore difficile de tirer une quelconque conclusion de l’impact du confinement sur la biodiversité de proximité. Tant mieux si nous sommes tous plus attentifs, mais cela ne veut pas dire que les espèces que nous voyons aujourd’hui n’étaient pas déjà là hier », précise Olivier Le Gall.

Sensibiliser

L'opération a permis à la LPO d'affiner ses recherches et de confirmer certaines de ses hypothèses. 
Par exemple, en Nouvelle Aquitaine, le torcol fourmilier autrefois très présent dans les arbres des espaces verts de la métropole bordelaise connaît une chute drastique depuis 15 ans.
 
Torcol Fourmilier / © Wikimedia Commons
Torcol Fourmilier / © Wikimedia Commons

L’enjeu devient alors évident : multiplier les opérations de sensibilisation afin de développer les lieux d’accueil des espèces. Laisser un tas de bois au fond du jardin pour abriter les hérissons en hiver, épargner quelques herbes de la tonte pour en faire un coin d’abris pour certains insectes… Les idées ne manquent pas et les outils se multiplient comme l’application Natura-List développée par Faune France pour remplacer le traditionnel carnet de l’observateur, compiler les découvertes et avoir accès à une base de données à tout moment.

Une mobilisation qui trouve un certain écho auprès des Français puisque 15% des foyers possèdent et entretiennent régulièrement une mangeoire, d’après l’organisation Ushuaïa qui consacre d’ailleurs le mois d’avril aux oiseaux sur sa chaine de télévision.

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