11 novembre : 105 ans après, des objets appartenant à un poilu de l'Hérault retrouvés sur le champ de bataille

En juin 2020, le lieu de la mort de Ferdinand Guers, poilu originaire de l'Hérault, a pu être identifié dans la Marne grâce à sa famille et des bénévoles. Aujourd'hui, la passion des Français pour leurs ancêtres soldats de la Première Guerre mondiale perdure, estime un généalogiste nîmois.

Plus de cent ans après la fin du conflit, la passion des Français pour la Première Guerre mondiale ne semble pas s'estomper (photo d'illustration).
Plus de cent ans après la fin du conflit, la passion des Français pour la Première Guerre mondiale ne semble pas s'estomper (photo d'illustration). © Olivier Lanrivain / MAXPPP
Originaire de Montpellier, Ferdinand Guers est mort sur le champ de bataille en 1915 lors de la Première Guerre mondiale. Jusqu'en juin 2020, le corps de l'Héraultais faisait partie des 700 000 soldats du front occidental dont on n'avait jamais pu retrouver la dépouille ni les biens. Mais grâce à sa famille et au dévouement des passionnés de l'association de la Main de Massiges (Marne), lieu où est tombé le poilu, une partie de ses effets a pu être retrouvée.

L'histoire, mise en lumière par RTL, s'amorce lorsqu'un corps de poilu est mis au jour à la Main de Massiges, ligne de front en 1915. Les bénévoles de l'association trouvent un casque percé, qui leur fait penser au courrier d'un soldat, écrit en 1915, et qui mentionne la mort de l'un de ses camarades d'une balle en pleine tête.

On retrouve la trace de Ferdinand Guers

Celui qui écrit alors cette lettre à destination de l'épouse de son compagnon de tranchée décédée, c'est Ferdinand Guers. Originaire de Montpellier, lui aussi trouva la mort en 1915, probablement enseveli sous les tirs d'obus.
 
Le nom de la Main de Massiges vient de la forme de doigts des collines surplombant le village éponyme dans la Marne, comme le montre cette carte de 1915.
Le nom de la Main de Massiges vient de la forme de doigts des collines surplombant le village éponyme dans la Marne, comme le montre cette carte de 1915. © Bibliothèque nationale de France


Le fameux courrier signé Guers a été envoyé à l'association lors du centenaire de la bataille en 2015 par la petite-fille du soldat montpelliérain, qui réside aujourd'hui près d'Alès dans le Gard. L'un des bénévoles de la Main de Massiges, Emmanuel Bujon, tente alors, pendant près de deux ans, de trouver la dépouille de Ferdinand Guers.

En juin 2020, au profit d'un orage, il met au jour un plaque gravée du nom du poilu, un crayon ainsi que des pièces de monnaie, mentionnées dans son courrier comme des ornements pour son manteau. L'homme a bien perdu la vie lors de l'offensive de la Main de Massiges.

Cela m'a fait un choc, on n'y pensait plus. Au moins, mon grand-père aura une sépulture et dès qu'on pourra, on montera à Massiges. Je pense à ma maman, qui voulait savoir où était mort son papa. Malheureusement, elle est partie trop tôt.

Maryse Berger, petite-fille de Ferdinand Guers, au micro de RTL

Une passion pour la généalogie

De nombreuses familles françaises, comme des collectivités locales, se passionnent pour leurs ancêtres ou leurs administrés tombés au combat. Depuis dix ans, le Nîmois Grégory Viguié mène ses enquêtes pour retracer le parcours indivuel de poilus du Gard.

"Il y a un certain engouement depuis les célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale, et il subsiste depuis, remarque le généalogiste, auteur de dix ouvrages sur la question. Des municipalités me contactent, pour retracer la biographie des personnes dont les noms sont gravés sur leurs monuments aux morts. Mais ça peut être aussi des familles, désireuses d'en connaître un peu plus sur leurs aïeux."

Les familles ont envie de savoir comment a vécu leur ancêtre soldat, comment il combattu, comment il a trouvé la mort. Cette recherche peut être initiée par hasard, lors d'un repas de famille, lorsqu'on fouille le grenier, lorsqu'on déménage et qu'on trouve des objets liés à leurs ancêtres.

Grégory Viguié, généalogiste passionné par la Première Guerre mondiale

Le Nîmois Grégory Viguié s'est passionné pour la Grande guerre et ses soldats en admirant petit la photo "impressionnante" de son arrière-grand-père accrochée chez sa grand-mère. "J'ai tout de suite voulu en savoir plus sur lui," confie-t-il.
Le Nîmois Grégory Viguié s'est passionné pour la Grande guerre et ses soldats en admirant petit la photo "impressionnante" de son arrière-grand-père accrochée chez sa grand-mère. "J'ai tout de suite voulu en savoir plus sur lui," confie-t-il. © Grégory Viguié

Pour ce généalogiste, une enquête débute souvent par les seuls noms, prénoms et dates de naissances des poilus qu'il recherche. "De là, on trouve facilement où il a été recensé à l'âge de 20 ans et on récupère sa fiche matricule. Ensuite, on peut obtenir davantage d'indices s'il a été hospitalisé pendant le conflit ou s'il a été décoré (..) Chaque poilu a son parcours, son histoire. C'est une véritable enquête individuelle."

Selon le Gardois, qui a écrit Poilus nîmois, l'accent du sacrifice (éd. de la Fénestrelle), l'engouement des particuliers pour leurs ancêtres poilus se justifie "car tout cela commence à nous paraître lointain aujourd'hui, avec la disparition de tous les poilus et des contemporains de la Grande guerre. Cela attise davantage la curiosité qu'un évènement dont les témoins sont encore vivants."
 
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