Affaire du MAHB : les sites étrangers de jeux en ligne sont hors de contrôle

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Si l'affaire des paris illicites sur le match de handball Cesson-Montpellier atteste de l'efficacité des systèmes de contrôle franco-français, le véritable enjeu est de mieux contrôler les paris pris à l'étranger.

Par Fabrice Dubault


L'idée de créer une structure qui surveillerait l'ensemble des sites internet étrangers proposant de miser sur des compétitions organisées en France a fait long feu.
En mars 2011, la ministre des Sports de l'époque, Chantal Jouanno, l'avait adoubée mais les changements de gouvernement et les contraintes financières en ont eu raison.
Auteur du concept présenté à l'époque, Jean-François Vilotte, président de l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), a aujourd'hui une occasion inespérée de faire rebondir son projet grâce à l'actualité.

Mercredi, en pleine tempête déclenchée par le match Cesson-Montpellier, objet de paris pris par des joueurs montpelliérains auprès de la Française des
jeux, alors que la loi le leur interdit, le quotidien le Parisien indiquait qu'une autre rencontre des Montpelliérains, lors de la journée précédente chez leurs voisins nîmois, avait fait l'objet de paris de montants "anormalement élevés" sur des sites étrangers.
Un fait quasi-invérifiable par les autorités françaises en l'état actuel de leur moyens et donc voué à demeurer une rumeur. Pour ce match sur lequel elle n'a déclenché aucune alerte, l'Arjel a enregistré quelque 44.900 euros de mises en France - la plus forte de 1700 euros -, soit un peu plus que la moyenne. Mais elle est incapable de dire combien d'argent a été parié à l'étranger.

15.000 sites dans le monde

Une chose est sûre, aucune alerte n'a non plus été émise par une autorité étrangère car elle l'aurait alors répercutée sur l'Arjel aux termes d'accords de coopération, seuls moyens existant pour surveiller les marchés étrangers.
"Ce cas illustre parfaitement la nécessité d'une plateforme, notamment pour les sports qui n'ont pas les moyens", juge M. Vilotte en faisant référence aux services de surveillance du football, via l'UEFA ou la Fifa, ou du tennis.
Selon ses estimations remises à l'époque à Mme Jouanno, une telle cellule nécessiterait un logiciel capable de surveiller les quelque 15.000 sites estimés dans le monde (pour 200 milliards d'euros de mises) dont environ 2000 seulement proposent une version française.
Cela représenterait "une dépense d'un million et demi à 2 millions d'euros par an, sachant que le droit au pari (la redevance imposée aux opérateurs légaux en France, ndlr) rapporte 5 millions d'euros au mouvement sportif et que les organisateurs français ne prennent même pas la peine de réclamer ce droit au pari aux sites étrangers", ajoute le patron de l'Arjel, pour qui "le problème n'est donc pas celui du financement".

Denis Masseglia, président du CNOSF, qui serait à ce titre coordonnateur d'une telle plateforme, s'interroge lui quant à son "efficacité en l'absence de régulation et d'harmonisation internationale" et préfère laisser au Comité international olympique (CIO) ou au Conseil de l'Europe, les deux instances qui font le lien en la matière entre les différents pays, le soin de proposer des remèdes. Le second, qui tient une réunion importante en la matière la semaine prochaine, n'envisage de se doter d'une convention contraignante sur les paris qu'en août... 2014.
"Que ce serait-il passé si on avait tenu le même discours en matière de lutte antidopage?", s'interroge Jean-François Vilotte qui espère que la délétère actualité du moment finira par réveiller son projet mis en sommeil.

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