Selon le réalisateur du documentaire sur Merah, “sa famille ignorait tout de ses projets de meurtres”

Mohamed Merah / © © Toni Comiti Productions
Mohamed Merah / © © Toni Comiti Productions

France 3 diffuse mercredi 6 mars une soirée spéciale sur Mohamed Merah, avec notamment à 20h40 un film documentaire "Merah, itinéraire d'un tueur" au cours duquel témoignent la mère et la soeur du tueur au scooter. Ce film, avant même sa diffusion, a créé la polémique. Son réalisateur répond.

Par Fabrice Valery

France 3 diffuse mercredi une soirée spéciale sur Mohamed Merah, avec notamment un film documentaire intitulé "Merah, itinéraire d'un tueur" dans lequel apparaît pour la première fois en France la mère de Merah. Ce film a suscité une vive polémique, des avocats de familles de victimes tentant d'en faire interdire la diffusion. France 3 l'a maintenu et laissera également la place à un débat avec les victimes.

Nous avons interrogé le réalisateur du film, Jean-Charles Doria.

- France 3 Midi-Pyrénées : Pourquoi avoir appelé votre documentaire «Itinéraire d’un tueur » ?
Jean-Charles Doria
: On a essayé de comprendre comment un petit délinquant avait basculé dans la violence la plus extrême et donc on retrace son parcours de sa naissance à sa mort. L’abandon très jeune par son père, le manque de figure paternelle, ce quartier où il grandit dans la violence. On est là dans un travail journalistique, d’enquête au cours de laquelle on a rencontré de nombreux témoins, des juges, des spécialistes du terrorisme, mais aussi des gens qui ont connu Merah, un psychologue, et bien-sûr également ses proches avec ce témoignage de sa sœur Souad et de sa mère, qui apportent des éléments de compréhension. On ne le dédouane pas de ce qu’il a fait, qui est atroce, on essaye simplement de trouver les clés de compréhension du parcours, pas des actes.
- Le témoignage de sa famille apporte vraiment des éléments ?
- C’est vrai que sa mère et sa sœur amènent des éléments au film sur son enfance, sur sa violence latente. Leurs témoignages nous permettent aussi de savoir s’il a été aidé dans son action terroriste, s’il a bénéficié de soutien par son entourage proche.
- Et qu'apprend-on sur ce sujet ?
- Ma conviction de réalisateur du film c’est que sa famille ignorait tout de ses projets de meurtres et de ses actes. S’il a bénéficié de soutien, il faut les chercher ailleurs, au Pakistan ou en Afghanistan par exemple.
-Votre réaction au fait que la présence de sa famille dans votre film a pu choquer les familles de victimes ?
- C’est toujours très désagréable quand quelqu’un demande l’interdiction d’un film sans l’avoir vu. Maintenant nous comprenons la douleur des familles de victimes. Mais ce qu’elles doivent comprendre c’est que ce film est une longue enquête, près de 8 mois de travail, et qu’il ne se résume par au témoignage de la mère et de la sœur de Merah, qui ne doivent occuper qu’un cinquième du film qui dure 105 minutes. Nous sommes allés au Pakistan, nous sommes allés en Afghanistan et nous avons rencontré des témoins qui ont croisé Merah, qui l’ont aidé, qui lui ont apporté un soutien. C’est là, le vrai intérêt de ce film.

Le programme de la soirée spéciale de France 3 mercredi 6 mars (à suivre également en direct sur notre site internet) :
- 20h45 : "Histoire immédiate", présenté par Samuel Etienne avec notamment le film documentaire "Affaire Merah : itinéraire d'un tueur"
- 22h45 : "Pièces à convictions" présenté par Patricia Loison, avec la participation du ministre de l'Intérieur Manuel Valls.

A noter que France 3 Midi-Pyrénées proposera une émission spéciale lundi 11 mars à 22h10, présentée par Pierjean Frison avec des reportages et nombreux invités dont Pierre Cohen le maire de Toulouse, Nicole Yardéni, la présidente du Crif en Midi-Pyrénées et Latifa Ben Ziaten, la mère d'une des victimes de Merah. 



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