Féminicide aux assises de l'Aude : le compagnon de Natacha condamné à 27 ans de réclusion pour un "meurtre sauvage"

Une nuit d'"interminable agonie" consécutive à des années d'emprise et d'"enfer domestique", devant les assises de l'Aude, l'avocate générale avait requis ce vendredi la perpétuité à l'encontre de Maurice Patrac pour le meurtre "sauvage" de sa compagne Natacha. C'était le 21 juillet 2017.
Après  six heures de délibéré, les jurés de la cour d'Assises de l'Aude ont reconnu Maurice Patrac coupable du meurtre de sa compagne Natacha, perpétré le21 juillet 2017 dans le village d'Alzonne dans l'Aude,  et l'ont condamné à 27 ans de réclusion criminelle. Une peine inférieure aux réquisitions de l'avocate générale qui avait requis la réclusion criminelle à perpétuité.
Florence Galtier, l'avocate générale, dans son réquisitoire, aux Assises de l'Aude, avait demandé la peine maximale pour Maurice Patrac, assortie d'une période de sûreté de 18 ans et du retrait total de l'autorité parentale. Il était accusé du meurtre de sa femme.

L'accusé de 38 ans est un véritable danger pour la société. Il sort demain, il récidive.

"Je tiens à m'excuser auprès de mes enfants, désolé de vous avoir fait souffrir, je ne voulais pas que ça se passe", a déclaré à la barre Maurice Patrac face aux parties civiles, dont l'une de ses filles qui est sortie de la salle en pleurs.

L'avocate générale avait également requis trois ans de prison ferme à l'encontre de Steven Patrac, le neveu de Maurice, pour "abstention volontaire d'empêcher un crime".
"A de nombreuses reprises Steven Patrac aurait pu sauver Natacha, mais il se fichait complètement de son sort", selon Florence Galtier. Il est condamné à trois ans de prison ferme.

Un meurtre barbare dans le village d'Alzonne

Le 21 juillet 2017, Natacha, 38 ans, "après une interminable agonie, s'est éteinte dans une mare de sang", tuée à coups de pierres et "avec une matraque cloutée digne du Moyen-âge", a affirmé la magistrate, soulignant chez Maurice Patrac "non seulement la volonté de tuer, mais celle de faire souffrir".

Natacha, en couple avec Maurice Patrac depuis 18 ans et mère de six enfants, dont quatre avec lui, vivait "un enfer domestique depuis des années, une situation d'emprise et de dépendance", selon l'avocate générale. 
Sur fond d'alcoolisation chronique et de misère sociale, l'accusé a été décrit pendant le procès comme en proie à une "jalousie paranoïaque". Il a déjà été condamné pour violence conjugale et violence sur une mineur de moins de 15 ans, fille de sa compagne.

Un enfer domestique : "donner une correction"

La veille du meurtre, Natacha sort acheter des médicaments. Ne la voyant pas rentrer, Maurice Patrac se met en fureur contre celle qu'il considère comme "son objet" et se lance à sa recherche, conduit par Steven, avec la compagne, mineure, de ce dernier.
Retrouvée à Carcassonne peu avant minuit, Natacha est conduite dans un champ où elle est frappée.

De retour au domicile à Alzonne dans l'Aude, son compagnon continue à la battre, à mort. Il sera arrêté dans la matinée chez lui par les gendarmes, alertés par sa soeur.

Ce meurtre est, selon le parquet, "le paroxysme de quelque chose qui dure depuis des années". Le village était au courant, des proches avaient conseillé à Natacha de partir mais, par amour ou peur des représailles selon les témoins, elle ne s'y était pas résolue.

Pour l'avocat de Maurice Patrac, Me David Lanes, l'intention de l'accusé était "de faire peur, de donner une correction, pas de tuer".

Il avait demandé une requalification des faits en homicide involontaire.
"Vouloir faire de ce procès un exemple c'est dire que Maurice Patrac avait tous les outils pour ne pas en arriver là", a-t-il dit, rappelant le "conditionnement familial qui fait ce qu'il est aujourd'hui", parents alcooliques, père violent.

L'avocat de Steven Patrac, Me Victor Font avait plaidé l'acquittement.
La compagne de Steven Patrac sera jugée pour les mêmes chefs d'accusation mais par le tribunal pour mineurs.

Le verdict, est tombé dans la soirée de vendredi au terme de six heures de délibéré et de quatre jours de procès.

Depuis le début de l'année, au moins 47 féminicides se sont produits, selon un décompte mené par l'AFP. En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex, 25 de plus qu'en 2018, selon les derniers chiffres officiels. 
 
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