La filière viticole de l’Aude déjà impactée par les conséquences économiques de la guerre en Ukraine

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, la filière viticole de l’Aude subit déjà l’impact de cette guerre. Les exportations vers ces deux pays ont été stoppées net et les viticulteurs doivent faire une croix sur le marché russe en plein développement.

Après l’embargo russe et le Brexit, les viticulteurs ont vu leurs ventes impactées par la pandémie mondiale et l’arrêt des exportations notamment vers la Chine, ainsi que les différents confinements et la suspension des ventes aux cavistes, cafés et restaurants. Aujourd’hui, c’est le marché russe qui se ferme aux viticulteurs.

Le coup d'arrêt porté à un marché prometteur

Bastien Perrenoud est vigneron à Pennautier dans l’Aude. Il exporte 60% de la production de ses 110 hectares de vignes. Après des années d’effort, il pensait conquérir le marché russe. “ Ça fait quelques années qu’on essaie de se développer en Russie, c’est un marché qui est assez compliqué à percer parce qu’il y a pas mal de taxes et la distribution est très centralisée. Mais dans le cadre d’une foire professionnelle à Moscou autour du 10 février, on avait enfin trouvé un des plus gros importateurs russes”, raconte Bastien Perrenoud, le directeur général du Château Auzias. “On s’apprêtait à signer des contrats assez importants puisqu’on parle d’à peu près 25 000 à 30 000 bouteilles par mois. Et donc on était vraiment sur le point de finaliser le contrat quand Poutine a envahi l’Ukraine.” Ses Cabardès et ses Vins de la cité de Carcassonne resteront donc dans le département.

25 000 bouteilles de blanquette expédiées par an en Russie et en Ukraine

Quelques kilomètres plus loin, toujours dans l’Aude mais du côté de Limoux, la blanquette fait la réputation des vignobles. Une renommée reconnue bien au-delà des frontières. Françoise Antech y est vigneronne. L’export représente 70% de son chiffre d’affaires. La dernière livraison vers la Russie est partie à la veille de l’éclatement du conflit. “On est dépendant des décisions des états, de ce qui va se passer”, déplore Françoise Antech-Gazeau. “On est à l’aveugle, on devait y aller, mon fils qui s’occupe de l’export devait y aller dans 15 jours, le billet était réservé donc on annule tout et on met entre parenthèses pour le moment et on va se concentrer sur d’autres marchés.”

C’est surtout émotionnellement compliqué. En ce moment, c'est le côté humain qui prend le dessus.

Françoise Antech, vigneronne

La vigneronne exporte également en Ukraine. Mais depuis le début du conflit, la communication est complètement coupée avec le pays. “C’est surtout émotionnellement compliqué”, confie la vigneronne. “En ce moment, c'est le côté humain qui prend le dessus. J’ai envoyé quelques messages pour prendre de leurs nouvelles, on travaille avec eux depuis plusieurs années, mais nous avons très peu de nouvelles.”

Le domaine expédie chaque année 25 000 bouteilles vers la Russie et l’Ukraine, ce qui représente seulement 3% des exportations totales. Mais les deux pays sont des marchés émergents, prometteurs… stoppés en pleine envolée. “La Russie c’est un marché qui était grandissant pour nous avec une très jolie distribution, on sent un bon intérêt pour des produits traditionnels comme la blanquette de Limoux”, analyse Baptiste Antech-Gazeau, le responsable des exportations du domaine. “On avait démarré l’année dernière en Ukraine avec aussi un très beau distributeur, plus petit mais voilà, c’était deux marchés de tailles différentes mais qui étaient intéressants pour nous.”

Mais ce qui inquiète le plus les viticulteurs du département c’est la pénurie et l’augmentation du coût des matières premières. Le prix des bouteilles par exemple a été multiplié par trois par exemple. Un coût qui devrait encore s’intensifier avec la crise énergétique provoquée par la guerre.