Confinement : ces professions qui ne connaissent pas le télétravail

Nous voilà donc confinés à nouveau. Pour limiter les déplacements, le gouvernement tente de faire généraliser le télétravail. Reste que certains métiers ne sont pas compatibles avec le travail à domicile.

 
les commerces essentiels restent ouvert au public.
les commerces essentiels restent ouvert au public. © Eva Jongenburger
Après plus de cinq mois de déconfinement, le gouvernement procède à un nouveau confinement sur l’ensemble du territoire. Destiné à lutter contre la nouvelle vague de l'épidémie de coronavirus, ces mesures sont prononcées pour une durée d’au moins quatre semaines.
Tout comme lors du premier confinement (du 17 mars au 11 mai), pour limiter les déplacements, les citoyens ne sont autorisés à sortir que dans un nombre restreint de cas et le télétravail est à favoriser.
Lors de la conférence de presse du gouvernement sur le reconfinement, la ministre du travail, Elizabeth Borne a précisé que pour les travailleurs salariés ou indépendants, l’obligation d’exercer leur profession en télétravail est indispensable si leur activité le permet.

Le télétravail n’est pas une option, il doit être la règle pour l’ensemble des activités qui le permettent.

Elisabeth Borne - ministre du travail.

Afin de réduire les déplacements et d’aménager les temps de présence dans les entreprises, les employeurs sont contraints de devoir adapter une nouvelle organisation du travail. Pour la ministre, le télétravail n’est pas une option, c’est devenu une obligation. Mais certains secteurs professionnels ne peuvent déplacer leur activité à la maison. C’est le cas pour la plupart des métiers du bâtiment. Pendant le premier confinement, beaucoup d'artisans et de salariés naviguaient avec incertitude entre la peur du virus et la nécessité de travailler.
Les entrepreneurs craignaient d’envoyer des ouvriers dans des environnements où les risques n’étaient pas maîtrisés. Pour Michel Marty, secrétaire général de la Fédération Française du Bâtiment de L'Hérault, “ la profession est prête. Nous avons appris du premier confinement. Nous nous sommes organisés et nous avons réalisé un protocole professionnel riche et précis pour tous les travailleurs des nombreux métiers du bâtiment. Aujourd’hui, nous avons les outils et les méthodes pour travailler sereinement “.
   

Dans l’industrie, la culture de sécurité est forte. 

Le site d’Arcelormittal, à Saint-Chély-d’Apcher, en Lozère, est positionné sur la production d’aciers électriques haut de gamme pour les marchés de l’automobile et de l’industrie principalement. En mars dernier, la production a été réduite de 30 %, avec un arrêt de 10 jours pour mettre en place les mesures de prévention et de protection anti COVID 19. Depuis, le site fonctionne normalement. La majorité des 250 personnes qui travaillent sur le site est directement liée à la production et ne peut donc télétravailler.
En plus des obligations appliquées sur l’ensemble du territoire national, la direction précise avoir mis en place des mesures d’organisation de façon évolutives telles que la réduction au strict minimum des réunions physiques et dans le respect des règles de distanciation sociale, la réduction du nombre de personnes se rencontrant au moment des relèves entre deux équipes…
“Dans l’industrie”, indique la direction, “nous avons une culture sécurité forte. Nous nous conformons aux règles de sécurité en vigueur dans nos métiers. Cette culture sécurité a facilité l’adhésion des équipes à ces nouvelles précautions”.

Les professions en lien direct avec du public

Il y a d’autres professions pour qui, ce nouveau confinement ne diffère en rien avec le premier. Tous les petits commerces essentiels restent ouverts au public et ne peuvent effectuer du télétravail. 
Même si la crainte de contracter le virus demeure, derrière les étals des boulangeries, des boucheries, les professionnels se sont adaptés à la situation. L'inquiétude principale est d’avoir toujours suffisamment de clients.
Pour les métiers d’aide à la personne, la situation est plus délicate. Isabelle Rabin dirige une agence d’aide à domicile à Montpellier. Quatre des six salariés de la société effectuent majoritairement des ménages chez des particuliers.

 

Depuis qu'ils sont en télétravail, certains de nos clients ne veulent plus nous recevoir chez eux, par peur du virus.

Isabelle Rabin - directrice d'agence d’aide à domicile

“Depuis le re confinement, nous avons déjà 40 % d'annulation” indique la directrice. “Nous avons des clients en télétravail qui ne souhaitent plus que nous venions chez eux. Ils craignent le virus ou ne veulent pas être dérangés pendant qu’ils travaillent à domicile. “
C’est encore loin des 95 % d'annulation lors du premier confinement.
 
taxi devant l'aéroport de Montpellier
taxi devant l'aéroport de Montpellier © Patrick Abiteboul

Les inquiétudes sanitaires font désormais place aux inquiétudes économiques. Pour les chauffeurs de taxi, aérer régulièrement et désinfecter la voiture sont devenus une habitude. Reste qu’avec le confinement, les clients se font rares. “ Hier, je n’ai eu que 3 clients. La perte est énorme, elle est économique et psychologique. On ne sait pas où on va ” Indique Kevin, chauffeur de taxi à Montpellier. Pour lui, heureusement que les transports médicaux perdurent. En effet, il se souvient du premier confinement, “tous les rendez-vous médicaux dans les hôpitaux avaient été reportés à cause de la saturation des réanimations. Il faut espérer que ça tienne cette fois-ci”.
Comme 37 de ses collègues, Patrick Abiteboul, chauffeur de taxi à l'aéroport de Montpellier est très inquiet face aux conséquences de l'épidémie. “Habituellement, il y a 40 à 50 avions par jour. À l’heure actuelle, les vols sont tombés à quatre par jour. C’est une perte de 90 %, travailler me coûte de l’argent” s’alarme le chauffeur.

Les métiers en premières lignes face au coronavirus

Le dernier secteur professionnel a ne pas pouvoir exercer en télétravail est bien celui de la santé. Le personnel soignant est de nouveau mis à rude épreuve.
La propagation du virus est très rapide. Elle submerge les lits d'hôpitaux et menace les services de réanimation. 
“Moralement, c’est très difficile” confie une infirmière qui travaille en secteur covid de l'unité de gériatrie d'un hôpital de la région. Elle a souhaité rester anonyme. “La totalité de nos lits sont occupés par des patients de plus de 80 ans. Ils finiront certainement leur vie ici. C’est un mouroir, c’est terrible” avoue-t-elle. Cette infirmière s’étonne de voir encore des personnes qui en ne souhaitent pas se protéger et qui, de fait, menacent dautres plus faibles.

 

J’ai l’impression qu’on est en train de sacrifier toute une classe d’âge pour le confort de certains et c’est nous qui sommes là, à leur donner la main, pour mourir.

infirmière en secteur Covid d'une unité de gériatrie d'un hôpital de la région

 

“Ce sont les plus fragiles de notre société et les personnes âgées qui sont les plus touchés. C’est à nous, les biens portants, de les protéger. Il faudrait qu’ il y ait plus d'éducation sanitaire, plus de responsabilisation et d’explications" conclue l'infirmière. "
"Je pense qu’on en a encore pour longtemps avec ce virus” avoue-telle, fatiguée.

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