Déconfinement : colère et incompréhension dans le milieu de la culture, fermé 3 semaines de plus

Le Premier ministre vient de l'annoncer : la  France n'est pas sortie de la seconde vague du Covid-19. Les 200 cinémas de la région Occitanie, mais aussi les théâtres, les musées et les salles de spectacles, resteront donc fermés au moins jusqu'au 7 janvier, au grand dam de la profession.

Les salles de cinéma, qui n'avaient pas retrouvé leur fréquentation habituelle cet été, restent fermés 3 semaines de plus.
Les salles de cinéma, qui n'avaient pas retrouvé leur fréquentation habituelle cet été, restent fermés 3 semaines de plus. © IP3 PRESS/MAXPPP

La mauvaise nouvelle est tombée ce jeudi à 18 h : les portes cinémas, closes depuis le 29 octobre, vont le rester jusqu’au 7 janvier !

"Nous en sommes pas surpris, mais très en colère !" Fabrice Caparros, directeur général de Ciném'Aud enrage. Comme bon nombre de ses homologues, il ressent autant de déception et que d’incompréhension à l'annonce de cette fermeture de trois semaines supplémentaires.

Nous vivons cela comme une grande injustice alors que les magasins sont bondés, nous, nous devons rester fermés !

Fabrice Caparros, DG Ciném'Aud

"Nous avons fait de gros efforts pour rouvrir dans les meilleurs conditions sanitaires possibles, nous avions remis le personnel en route, encore des pertes d’argent en perspective !" ajoute le responsable de cette association qui anime depuis trente ans un réseau de diffusion cinématographique à travers le département de l’Aude.

"Deux poids, deux mesures"

La réouverture au 15 décembre des établissements recevant du public était conditionnée à l'évolution de la situation sanitaire.  Le seuil des 5000 contaminations quotidiennes étant largement dépassé, cinémas, théâtres et musées resteront donc fermés trois semaines de plus pour réduire le risque de propagation de l'épidémie de Covid-19, a annoncé ce jeudi soir le Premier ministre Jean Castex.

"Même si tous ces établissements disposent de protocoles sanitaires, la logique que nous devons suivre est d'éviter d'accroître les flux, les concentrations, les brassages de public", a déclaré le chef du gouvernement. 

Pour le directeur du Sémaphore à Nîmes, c'est la même incompréhension. Abattu, Jean Sylvain Minssen estime que la culture paie son peu de poids dans la société actuelle : 

C'est deux poids, deux mesures, la culture passe encore à la trappe !

Jean Sylvain Minssen, directeur du Sémaphore à Nîmes

Le responsable de cette salle d'art et d'essai indépendante souligne qu'aucun cluster n'a été détecté dans une salle de spectacle ou de cinéma, et déplore cette injustice au regard des métros et supermarchés qui grouillent de monde.

© CGR Lattes

Déprogrammation en catastrophe

Même son de cloche attristé du côté du CGR de Lattes près de Montpellier : "Encore un gros coup dur" soupire son directeur Julien Maugard.

Je suis dégouté d’autant que la fréquentation des salles de cinémas était plutôt faible ces derniers temps. Ce n’est pas ici qu’on va attraper le Covid !

Julien Maugard, directeur du CGR de Lattes

"Tout était prêt pour accueillir le public mardi... Il va falloir tout déprogrammer, appeler les fournisseurs" explique le responsable de ce complexe situé au sud de Montpellier.

Une baisse de fréquentation de plus de 70% entre deux confinements

Rouvertes le 22 juin dernier, les salles de cinéma n'ont pas eu le temps de retrouver leur public à la sortie du premier confinement.
Dans les quelque 200 établissements cinématographiques que compte la région, la fréquentation n’est jamais revenue à ce qu’elle était avant la crise sanitaire.

La reprise, assortie d’un protocole sanitaire strict imposant le port du masque aux spectateurs et un siège libre entre chaque groupe de personnes, avait été très timide dans les premières semaines de l’été 2020.

Au mieux, les exploitants de salles obscures avaient enregistré 30% des entrées habituelles, pendant les vacances de Toussaint.

"On nous dit à cinq jours, vous restez fermés"

Du côté des théâtres, on fulmine aussi. Interrogé par l'AFP, Nicolas Dubourg, qui dirige le théâtre de la Vignette à Montpellier, peine à comprendre cette décision gouvernementale.

Ce sont des milliers de salariés partout en France à qui on explique que tout le travail qu'ils ont mis en oeuvre ces derniers jours tombe à l'eau. (...) On avait rappelé tous les spectateurs, vendu des billets, fait des transactions, préparé les plateaux, lancé les répétitions dans la perspective de jouer, on a passé des commandes... et là on nous dit à cinq jours, vous restez fermés !"

Nicolas Dubourg, directeur du théâtre de la Vignette à Montpellier

Celui qui est aussi à la tête du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles assure que le gouvernement n'a mené aucune concertation avec le milieu de la culture.

Il s'inquiète désormais pour l'avenir et surtout pour le moral des troupes :

 "Ce sont des traumas et pour certains c'est la troisième fois que ça se produit : ça veut dire une détresse psychologique. À un moment donné, on va assister à de vrais drames avec cette manière de gérer la crise par à-coup", souligne-t-il.

Nicolas Dubourg, qui rappelle que les théâtres, les salles de spectacles et les cinémas font eux aussi "partie de la nation", appelle les acteurs du monde de la culture à rester prudents jusqu'au 7 janvier prochain. "Ne vous enflammez pas, ce ne sera sans doute pas la bonne date...", soupire-t-il. 

Montpellier Danse annule ses spectacles

Ce vendredi, Montpellier Danse a officiellement informé son public de l'annulation des spectacles au mois de décembre.

Les danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon ne revisiteront pas les créations du chorégraphe tchèque Jiří Kylián les 16 et 17 décembre à l'Opéra Berlioz. Les représentations de "Folia" de Mourad Merzouki, prévues les 25, 56 et 27 décembre, sont également supprimées. 

Si vous aviez pris des billets pour ces dates, il est possible de vous faire rembourser en remplissant un formulaire disponible sur le site internet de Montpellier Danse.

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