Du plastique retrouvé jusqu’à 2200 m en Méditerranée

Pour la première fois à de telles profondeurs en Méditerranée, une équipe de scientifiques européens a pu analyser des déchets marins et des microplastiques.

Des scientifiques ont retrouvé de larges quantités de plastique en Méditerranée à plus de 2000 mètres de profondeur.
Des scientifiques ont retrouvé de larges quantités de plastique en Méditerranée à plus de 2000 mètres de profondeur. © © Ifremer/RAMOGE Explorations 2018

Les grands fonds de la Méditerranée jonchés de gobelets, seaux de plage, ballons et bouteillesPour la 1ère fois à de telles profondeurs, une équipe de scientifiques français, monégasques et italiens a pu mener des mesures précises sur la pollution plastique en Méditerranée. L’étude vient d’être publiée dans la revue Science of the Total Environment.

Nous avions déjà des données à 1000 mètres de profondeur mais jamais à 2000 mètres. Sachant que 95% des déchets marins finissent au fond, c'était important d'avoir une idée plus précise de cette pollution plastique

François Galgani, chercheur à l’Ifremer et l'un des auteurs de l'étude

Grâce au robot Victor 6000 piloté à bord d’un navire opéré par l’Ifremer, les scientifiques ont effectué des prélèvements dans les sédiments et filmé des vidéos proches des grands fonds en septembre 2018. Ils se sont concentrés sur une zone à cheval entre la France, Monaco et l’Italie. Leurs résultats sont alarmants. 

Nous avons constaté de véritables décharges de plastique de grande consommation au fond de canyons près de grandes villes comme Marseille, Barcelone ou Gènes. Dans ces canyons, les déchets descendent sous l'effet de courants marins. Mais lorsqu'il n'y a plus de courant, les déchets restent stockés dans les grands fonds.

François Galgani, chercheur à l’Ifremer et l'un des auteurs de l'étude 

Plus au large, les déchets sont davantage liés à la pêche, avec des lignes perdues ou des filets. 

Un impact important sur la faune

Les scientifiques ont également pu mener des analyses de microplastiques, avec des prélèvements de sédiments jusqu’à 2200 mètres également. Résultat : tous les échantillons en contiennent à des teneurs significatives. Ces premières mesures devront être complétées pour obtenir des jeux de données plus conséquents.

En plus de ces analyses, l'étude a aussi permis de montrer l’impact de ces déchets sur la faune vivant dans ces grands fonds méditerranéens, notamment les gorgones et les coraux profonds.

70% des déchets ont une interaction avec la faune vivant sur le fond : soit les espèces se servent des déchets pour se fixer et accroître leur zone d’habitat, soit elles sont victimes de blessures, d’étranglement, d’emmêlements. On ne s’attendait pas à trouver un pourcentage si élevé.

Olivia Gérigny, chercheuse à l’Ifremer

Réduire la pollution à la source 

Ces 10 jours de plongée ont coûté près d'un million d'euros. "Impossible" donc pour François Galgani, l'un des principaux auteurs de l'étude de nettoyer ces fonds marins. "C'est trop cher". Sans lumière ni oxygène - des conditions favorables à la dégradation du plastique - ces déchets resteront des dizaines voire des centaines d'années pour les plus épais. 

Pour le chercheur, la meilleure solution reste donc la prévention. "L'interdiction du plastique à usage unique est une très bonne mesure, il faut également améliorer la collecte et le recyclage des déchets pour réduire la pollution à la source".

Dans ce sens, le parlement a voté en février 2020 une loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire. Elle stipule notamment que dès cette année les fabricants de cigarettes devront verser une éco-contribution à un organisme qui financera la collecte et l'élimination des mégots, des déchets très polluants pour les océans. Mais déjà les industriels du tabac dont Republic Technologies, basée à Perpignan, craignent que cette disposition pénalise leur activité. 

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