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Voix têtues de la voie étroite, un film à découvrir lundi 17 octobre vers 23h50

Castres, 1954 / © M. VIERS
Castres, 1954 / © M. VIERS

C'est avec sensibilité et humour que nous est racontée l'histoire du petit train qui reliait, de 1905 à 1962, Castres à Murat sur Vèbre dans le Tarn. Entre passé et présent, au gré des anecdotes et photos d'antan, on retourne sur la voie...
Alors, ce petit train ? Mythe véritable ou souvenir rêvé ?

Par Guiseppin Marie-France

De 1907 à 1963, un petit train à voie étroite reliait Castres à Murat sur Vèbre.

Extrait :
extrait du documentaire Voix têtues de la voie étroite

Parti à pied le long des 70 km de l’ancienne voie, l’auteur découvre quelques étonnants réaménagements des anciens tunnels ou de la voie elle-même, mais fait aussi renaître les souvenirs, exhume les vieilles photos et constate à quel point une locomotive et quatre wagons ont pu bouleverser la vie de ce coin reculé du Tarn… Au point d’être aujourd’hui un véritable mythe !

Un documentaire de Jean-Louis Cros
Une production 5ème Planète


Diffusion le lundi 17 octobre 2016 vers 23h50 sur France 3 Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon


Jean-Louis Cros sur la route vers la voie étroite... / © JL Cros
Jean-Louis Cros sur la route vers la voie étroite... / © JL Cros


Paroles de réalisateur : Jean-Louis Cros


Démantelé en 1963, le petit train à vapeur qui reliait Castres à Murat sur Vèbre (Tarn) n’a laissé comme trace aux yeux du tarnais que je suis, et qui a souvent entendu parler de lui, qu’une vingtaine de tunnels et deux ou trois ponts qui aujourd’hui menacent ruine. Pourtant bien plus vivaces sont les souvenirs qui, devant ma caméra, ont afflué aux lèvres de ceux qui l’ont connu ! Comme s’ils en étaient descendus hier à peine,

ces voyageurs du siècle dernier ont en effet repris en chœur une mélodie où enfance, et désenclavement, anecdotes vécues et légendes enjolivées s’entremêlent pour donner naissance, sous les yeux du spectateur, à ce qu’on pourrait appeler un mythe populaire.


Jean-Louis Cros, auteur et réalisateur du film / © JL Cros Oui ; parti à pied et sac au dos le long des 70 km de l’ancienne voie, les lieux et les personnes que j’ai rencontrés m’ont bel et bien convaincu que le passé, la jeunesse, le temps jadis sont une composante du présent. Comme s’ils le hantaient. Comment comprendre autrement, sinon, ces anecdotes que beaucoup m’ont rapportées et qui varient tellement d’un individu à l’autre : pour les uns, pendant l’occupation, le train s’arrêtait subrepticement quelques kilomètres avant Castres et permettait aux transporteurs de denrées surveillées de déjouer la vigilance de la Milice ; pour les autres il n’y a jamais eu un seul contrôle ! Pour les uns, quand il y avait de la neige ou qu’il était trop chargé, le train patinait pour monter les pentes, pour les autres c’est de la pure légende… et cetera et cetera !

Ainsi, de manière générale, la mémoire collective que j’ai recueillie autour de cette mythique voie étroite témoigne bien que c’est à une époque plus rêvée que réelle que ce train est associé. Comme s’il servait d’incarnation fumante et crachotante au mythe d’un passé souriant et bon enfant où les choses avaient le visage d’une société paysanne en costumes et un brin idéalisée.

D’ailleurs moi-même, en tant qu’auteur de ce film n’ai pas échappé à l’envoûtement de cette mémoire « infidèle ». Même si l’on a une caméra à la main, comment en effet ne pas se mettre à méditer au fil des trois journées d’une aussi longue marche qui traverse des paysages aussi silencieux et bruissant de passé en même temps ? Ceux qui cheminent jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle n’en profitent-ils pas pour faire le point sur leur vie, dit-on ? En ce qui me concerne, c’est plutôt la question de savoir pourquoi cette voie ferrée disparue m’émouvait autant qui peu à peu s’est alors imposée. Et une réponse s’est progressivement forgée dans mon esprit de randonneur-filmeur. Une réponse d’abord en forme d’hypothèse un peu folle, puis qui a progressivement adopté les contours d’une certitude. Oui, plus je me rapprochais de Murat, le terminus de la ligne (et le village natal de mon père en même temps), et plus je comprenais pourquoi je faisais ce film, me disais-je…

Lorsque le train arrivait au Terminus à Murat sur Vèbre, la manoeuvre du demi-tour se faisait... à la main ! / © M. VIERS
Lorsque le train arrivait au Terminus à Murat sur Vèbre, la manoeuvre du demi-tour se faisait... à la main ! / © M. VIERS

… Hélas ; tout comme les anecdotes autour du petit train, la marche à pied serait-elle plus apte à éveiller le rêve que la raison ? La fin du voyage m’a fait réfléchir à cette question.

Pourtant cette randonnée ferroviaire m’a aussi donné à voir du vrai. De l’inattendu, certes, mais du vrai, du réel qui se touche et s’entend : des coups de feu, par exemple, mais aussi des grands rhinolophes, du fromage…

Aujourd'hui dans l'ancien tunnel de la voie étroite... / © JL Cros
Aujourd'hui dans l'ancien tunnel de la voie étroite... / © JL Cros

Oui, des choses vraies qui montrent que la vie continue, que des hommes d’aujourd’hui construisent sur les traces des anciens, que de nouveaux projets existent…


Ce qui, tout bien considéré et au-delà des voix têtues qui la hantent, reste ce qui pouvait arriver de mieux à la voie étroite, me semble-t-il.

Jean-Louis Cros fut professeur d'anglais avant de devenir réalisateur. Critique à la revue du Cinéma, puis producteur et réalisateur de courts-métrages, dont un a été nominé aux Césars à la fin des années 80, Jean-Louis s'est retrouvé détaché au CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique) et a découvert LE documentaire ! Dans les années 2000, ses premiers documentaires sur sa région du Tarn voient le jour, comme : "Ma maison mère", "Mémoires du Lycée Laperouse", "Au fil de l'Agout", "La dernière tournée", "Les détracteurs", et tant d'autres encore...