Il la tue devant son fils de 3 balles dans la tête : un policier jugé à Nîmes pour le meurtre de son ex-compagne

Trois balles dans la tête sans un mot, sous les yeux de son fils : un ex-policier de 39 ans devra répondre de lundi à jeudi aux assises à Nîmes de l'assassinat à Alès en 2016 de Carine, son ex-compagne, après des mois de menaces. 
Le procès, prévu au départ fin 2019 a été renvoyé à octobre 2020 sur la demande des avocats de l'ex-policier.
Le procès, prévu au départ fin 2019 a été renvoyé à octobre 2020 sur la demande des avocats de l'ex-policier. © AFP/Pascal Guyot
Un féminicide de plus. La justice nîmoise va juger à partir de ce lundi un homme accusé d'avoir tué son ex-compagne de 3 balles dans la tête. C'était en 2016 à Alès. L'accusé était policier et a abattu la victime avec son arme de service. Sous les yeux de leur fils alors âgé de deux ans. Selon les enquêteurs, l'homme avait auparavant menacé la jeune éducatrice pendant des mois.

L'accusé s'est lui-même présenté au commissariat

 Le 27 février 2016, Jean-Régis Julien se présente au commissariat d'Alès accompagné de son fils de deux ans, en affirmant avoir tué son ex-compagne avec son arme de service.  Policier au moment des faits, l'homme a agi devant les yeux du petit garçon après avoir menacé la jeune éducatrice pendant des mois, selon les enquêteurs.
Sur un rond-point situé près d'un centre commercial d'Alès, les policiers trouvent le corps sans vie de Carine, 24 ans, allongée sur le siège de son véhicule dont la vitre est brisée. Selon l'autopsie, la jeune mère est morte de trois balles dans la tête tirées à courte distance.

Une automobiliste témoin du meurtre

Une automobiliste qui se trouvait derrière la voiture de la victime a expliqué avoir vu un véhicule doubler toute la file puis bloquer celui de la jeune femme.
Selon ce témoin, un homme en est alors descendu puis a tiré immédiatement sur la vitre de la conductrice sans qu'aucun mot n'ait été prononcé. Le tireur est ensuite revenu vers le véhicule pour en extraire un enfant se trouvant à l'arrière. 

La victime avait porté plainte contre son ex-compagnon 

Dans la voiture de Carine, les enquêteurs trouvent un récépissé de dépôt d'une plainte contre Jean-Régis Julien datée du 19 février, un peu plus d'une semaine avant le meurtre, pour des appels téléphoniques malveillants. 
Après avoir avoué, selon plusieurs personnes de son entourage, avoir peur pour sa vie, la jeune femme avait souscrit, un mois avant d'être abattue, un contrat de prévoyance "protection familiale". 

1700 appels téléphoniques en 2 mois

Selon l'enquête, Carine aurait été victime de multiples violences de la part de son ex-compagnon, notamment depuis leur rupture en octobre 2014
Jean-Régis Julien se présentait ainsi au domicile de son ex-compagne à toute heure, la suivait, y compris sur son lieu de travail, et se montrait particulièrement menaçant s'il découvrait qu'elle avait un nouveau compagnon. 
Le policier avait appelé Carine à quelques 1.700 reprises au cours des deux mois précédant sa mort, selon les enquêteurs. 

La préméditation au coeur des débats

L'ex policier conteste ces violences et nie également toute préméditation de son geste, arguant que, le jour des faits, il a croisé par hasard Carine avant de passer à l'acte subitement "sous le coup de la colère" car il n'avait "pas supporté" qu'elle ait un nouvel homme dans sa vie. 
  . Une stratégie partagée par le duo d'avocats de la défense, Clémence Cottineau et Jérémie Dilmi. Ils ont expliqué à nos confrères de l'AFP qu'ils contesteraient la préméditation tout comme l'existence de menaces et harcèlement antérieurs contre Carine.

"Nous souhaitons que M. Julien soit jugé objectivement pour les faits qui lui sont reprochés et non pour un phénomène - le féminicide - qui n'a aucune existence juridique"

Maitre Clémence Cottineau, avocate de la défense

La circonstance aggravante de la présence de l'enfant

Du côté des parties civiles, l'enquête prouvant le harcèlement de l'accusé n'est pas contestable et Sylvia Ginane, l'avocate veut également faire reconnaître le préjudice pour l'enfant témoin de la scène. Selon elle, le fils du couple, né en août 2013 et confié depuis à sa tante maternelle, "a un souvenir très précis des faits, bien qu'ayant été très jeune".

    L'enfant portera ce fardeau à vie"

Maitre Sylvia Ginane, avocate des parties civiles

Pour l'avocate, la déchéance des droits parentaux de l'accusé serait "la meilleure chose" qui pourrait arriver à l'enfant.
De son côté, l'avocate de l'ex policier, Clémence Cottineau, estime que ce débat est "hors sujet" devant la cour d'assises et relève du juge des enfants. Par ailleurs elle assure que son client n'est pas "dans la revendication" concernant son fils, aujourd'hui âgé de sept ans.

En 2019, le procés avait été renvoyé

L'accusé est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu jeudi.
Les avocats de l'ex-policier avaient obtenu le 10 octobre 2019 le renvoi du procès, initialement prévu sur seulement deux jours, en ettant en avant "la sérénité des débats" et "le respect essentiel des droits de la défense".

Les féminicides en France et en Occitanie

En 2019, 146 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou ex-compagnon, soit 25 de plus que l'année précédente, selon les derniers chiffres officiels. Et parmi ces féminicides, 18 assassinats en Occitanie dont 7 dans l'Hérault.
En 2020, selon le décompte de l'AFP, 53 femmes ont perdu la vie dans les mêmes conditions depuis le début de l'année.
 
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