CARTE. Violences conjugales : l'Occitanie, deuxième région la plus touchée en 2019 avec 18 personnes tuées

L'Occitanie est la deuxième région la plus touchée par les violences conjugales en 2019, selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur, lundi 17 août. Dix-huit victimes sont mortes dont 7 dans l'Hérault.
L'Hérault fait partie des départements les plus touchés par les violences conjugales en 2019 avec sept victimes : six femmes et un homme. C'est ce que montrent les derniers chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur, lundi 17 août, à partir d'une étude nationale menée par la délégation aux victimes, structure commune à la police nationale et à la gendarmerie nationale.

Avec 8 décès, le Nord est le seul département devant l'Hérault et les Yvelines. L'Occitanie est la deuxième région la plus concernée avec 18 victimes, derrière l'Ile-de-France (28 décès).
 

Dans l'Hérault, le chiffre a quasiment doublé


En Hérault, le nombre de "morts violentes au sein du couple" a quasiment doublé entre 2018 et 2019 : quatre en 2018, sept en 2019. Le chiffre était même nul en 2017.

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Pourtant dans l'Hérault, plusieurs associations se mobilisent pour accompagner les victimes de violences conjugales. C'est le cas notamment du centre d'information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF), qui accueille ces victimes pour les informer et les orienter dans leurs démarches. Pour Fleur Favre, coordinatrice du secteur conjugalité, parentalité et violences au CIDFF 34, "il y a des mesures mais elles ne sont pas financées à hauteur de ce qu’il faudrait. On ne manque pas d’idées pour accompagner les victimes mais ce n’est pas toujours évident de les mettre en place parce que derrière on manque de moyens financiers".

Suite au Grenelle des violences conjugales, lancé à Matignon le 3 septembre 2019, différentes mesures ont été prises pour : 

Mais les actions concrètes peinent à se mettre en place selon la coordinatrice du secteur conjugalité, parentalité et violences au CIDFF 34.

Les violences conjugales impactent toute la vie de la victime, il faut tout coordonner. On a des personnes très mobilisés dans le département, mais c’est souvent avec des bouts de ficelle et basé sur la bonne volonté des professionnels.

Fleur Favre, coordinatrice du secteur conjugalité, parentalité et violences au CIDFF 34

 

Un travail en réseaux des différents professionnels

Régulièrement des rencontres sont organisées entre les différents professionnels de l'Hérault (gendarmes, policiers, médecins, assistantes sociales....). L'objectif : faciliter le parcours des victimes. 9 réseaux de partenariats ont été mis en place dans ce département, ce qui est beaucoup plus que dans les autres départements selon Fleur Favre. 

Au total, cinq intervenantes sociales sont mobilisées dans les commissariats et gendarmeries de l'Hérault. Un dispositif financé par le Conseil départemental de l'Hérault. "Depuis 2007, on est passé de deux postes à cinq postes. Il y a eu une évolution énorme en matière de législation, mais aussi au niveau des mentalités. Il y a aujourd’hui un  accueil qui est réellement pensé dans les brigades de gendarmeries ou dans les commissariats", explique Estelle Karchen, assistante de service social auprès du Groupement de Gendarmerie de l'Hérault.

 

La particularité de notre territoire c'est qu'il y a un tissu de professionnels qui travaillent en réseaux, pour trouver des solutions.

Estelle Karchen, assistante de service social auprès du Groupement de Gendarmerie de l'Hérault
 

Parole libérée

Malgré tout, selon Estelle Karchen, "il y a encore des besoins, même si il y a une avancée plus importante, il faut plus de soutien psychologique sur l’ensemble du territoire".
 

On peut toujours estimer que la mise en place de ces mesures d’accompagnement est toujours trop lentes, on souhaite tous mettre fin aux violences conjugales. Des annonces ont été faites, elles doivent être accompagnées de mesures pérennes et adaptées. Il faut que les institutions, et services de l’Etat travaillent en commun pour bien faire remonter les éléments qui viennent du terrain.

Danièle Goury, lieutenant-colonel au groupement de gendarmerie de l'Hérault

Au centre d'information sur les droits des femmes et des familles, le délai d’attente est de trois semaines pour un rendez-vous avec un psychologue, une aberration pour Fleur Favre : "sortir de l’emprise ça demande du temps aux gens, et s’il y a deux mois de délai entre les rendez-vous ce n’est pas satisfaisant". Selon elle, la libération de la parole aujourd'hui plus importante. "On a de plus en plus de personnes qui se dirigent vers nous mais derrière on manque de moyens pour les accompagner", ajoute-t-elle.

Même constat du côté du collectif NousToutes, "depuis "MeToo" ça ne cesse d’augmenter, la libération de la parole a vraiment lieu. Les femmes dénoncent ce qu’avant on appelait l’omerta. Ce qui me donne de l’espoir c’est au niveau des jeunes, les jeunes filles ne supportent plus cette violence machiste", exprime Marie-Noël Lanuit, créatrice du collectif NousToutes34.

Prise en charge des victimes dans les casernes et commissariats

Dans les casernes et commissariats, un important dispositif a été mis en place. Dans l'Hérault, des permanences sont tenues par les associations directement dans leurs locaux. Les effectifs ont également suivi des formations pour mieux prendre en charge les victimes.
 

Il y a beaucoup de choses qui ont déjà été faites, mais il y a encore tout à faire parce que malheureusement ça continue toujours. Au niveau de la gendarmerie, on a considérablement évolué dans nos processus et dans la prise en charge des victimes au domicile et dans nos casernes.

Danièle Goury, lieutenant-colonel au groupement de gendarmerie de l'Hérault

Pendant le confinement, un violentomètre a été rédigé par la gendarmerie de l'Hérault pour permettre aux victimes de se situer dans  leur situation amoureuse : "saine", "préoccupante" ou "dangereuse".
 


Pas de profil "type"

Selon l'étude parue 65% des auteurs des faits n'exerçaient pas ou plus d'activité professionnelle. Mais pour ces associations, impossible de dresser un portrait "type", des auteurs, "le seul point commun que l’on voit chez tous les auteurs - à travers le discours des femmes - c’est le sexisme qui est très fort. Il y a à chaque fois un côté dominateur et autoritaire, qui est très important, il n’y a pas de notion d’égalité dans ces couples-là", précise Fleur Favre.  

Parmi les autres départements d'Occitanie, la Haute-Garonne compte trois victimes l'an dernier : deux femmes et un homme. C'est une de plus que dans l'Ariège, l'Aude et les Pyrénées-Orientales. Une victime est à déplorer dans le Gard, le Gers, le Tarn et le Tarn-et-Garonne. Aucun décès fait partie de l'étude dans l'Aveyron, la Lozère, le Lot et les Hautes-Pyrénées.
  En revanche, si l'on se réfère au taux pour 100 000 habitants, la région Occitanie passe à la 7ème place. 
 
 

146 femmes tuées en 2019


Cent-quarante-six femmes ont été tuées en 2019 en France par leur conjoint ou leur ex-compagnon. Soit 25 de plus qu'en 2018. Vingt-sept hommes ont également été tués au sein du couple, soit 173 au total.
 

Une hausse de 16 %, soit un décès en moyenne tous les deux jours. Le collectif "féminicide par compagnons ou ex" a recensé 152 cas en 2019.

Depuis janvier 2020, au moins 46 féminicides présumés ont été recensés par l'AFP. Le collectif "Nous Toutes" en a recensé 61 en France.
 

 

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