Déconfinement : faut-il rendre le masque obligatoire dans les transports publics à Montpellier, Nîmes ou Perpignan ?

Serons-nous obligés de porter un masque en montant dans le bus ou le tramway à partir du 11 mai, date annoncée du début du déconfinement ? Dans les réseaux de transport de Montpellier, Nîmes ou Perpignan, personne n’y est vraiment défavorable mais tout le monde se demande comment faire.
 

Perpignan. Les bus Sankéo devraient être bientôt équipés de vitres de protection pour les conducteurs
Perpignan. Les bus Sankéo devraient être bientôt équipés de vitres de protection pour les conducteurs © DR
Imposer immédiatement le port du masque à tous les passagers dans les transports en commun : c’est la proposition faite par le président de l’Académie de médecine. ‘’Pourquoi attendre le 11 mai ? C’est laisser trois semaines de répit au virus alors qu’on enregistre un début de relâchement’’ dit Jean-François Mattei, qui fut aussi Ministre de la Santé de 2002 à 2004.

Pour le port du masque mais comment ?

La semaine dernière, un courrier commun signé de plusieurs entreprises de transports en commun comme la SNCF, la RATP ou Kéolis, délégataire des réseaux de bus de plusieurs villes de France, a été adressé au Premier Ministre demandant le port du masque obligatoire dès le début du déconfinement, sous peine d’une amende de 135€.

Dans la région, la plupart des syndicats de transports soutiennent cette initiative. Et se disent plutôt favorables à la prise de position de Jean-François Mattei. Mais ils demandent surtout des mesures de protection fortes pour les personnels et s’interrogent sur la difficulté de faire respecter les règles imposés aux passagers.
Le tramway de Montpellier
Le tramway de Montpellier © RICHARD DE HULLESSEN / Maxppp

A Montpellier, que fait la police ?

Comme d’autres réseaux, les Transports de l’Agglomération de Montpellier, ont enregistré une très forte baisse de fréquentation depuis le début de la crise. Habituellement, les TAM assurent sur ses quatre lignes de tramway et ses 36 lignes de bus plus de 80 millions de voyages chaque année, 50% de plus en 10 ans. Dès le 11 mai, l’entreprise s’attend à un retour progressif à la normale.

Qui devra contrôler si chacun porte un masque ?


‘’Qui devra contrôler si chacun porte un masque ? Faudra-t-il réquisitionner le service de sûreté et de prévention ?‘’ demande Laurent Murcia de Force Ouvrière. ‘’95% des réseaux urbains n’ont pas de police des transports‘’.

Aujourd’hui, les chauffeurs, qui disposent de gants, de gel et de lingettes, sont isolés des passagers grâce à des balises et la vitre de sécurité qui les protègent de possibles agressions. ‘’Nous sommes favorables aux masques pour tous. Mais nous-mêmes, nous n’en avons toujours pas. Nous devrions recevoir les premiers dans les jours qui viennent’’ précise Laurent Murcia.

La direction des TAM se dit elle aussi favorable à cette obligation dès que possible. Mais souligne que les masques disponibles ne sont pas suffisants pour que tout le monde puisse s’en procurer. Et réfléchit à une organisation pour pouvoir contrôler ceux qui en seraient démunis. La solution retenue devra être validée par les élus de Montpellier Méditerranée Métropole.

Il faut miser sur l’intelligence collective et abandonner contrôles et verbalisations (Collectif d’usagers des transports)


Mais plutôt que le contrôle et l’amende, l’Association Mobilité et Déplacement Durable prône la responsabilité individuelle. ‘’Une société ne peut pas fonctionner sur la coercition affirme le président de l’AMDD, affiliée à la Fédération Nationale des associations d’Usagers des Transports (FNAUT). La présence d’un collectif, qui sera ultra majoritairement équipée de masques", dit Eric Boisseau, suffira à convaincre ceux qui n’en ont pas de l’importance de se protéger et de protéger les autres’’. 
Un bus à Nîmes
Un bus à Nîmes © T. Selliez Maxppp

A Nîmes, faire respecter les mesures ne sera pas facile

A Nîmes, depuis le début du confinement, les voyageurs du réseau Tango géré par Transdev (plus de 15 millions de voyages chaque année) montent par l’arrière sur les deux lignes de trambus et les 21 lignes de bus. La gratuité ayant été instaurée, les chauffeurs n’ont plus à contrôler les billets. Mais à partir du 11 mai, comment vérifier un défaut de titre de transport ? Et, a fortiori, comment empêcher une personne sans masque de monter ?

‘’Les équipes de contrôle seront renforcées", précise Marc Duchenne, le Directeur des transports et déplacements à Nîmes Métropole. "Une dizaine de personnels s’ajouteront aux 30 à 40 déjà planifiés chaque jour. Et les conducteurs, grâce à un boitier à leur disposition, pourront les faire intervenir rapidement en leur indiquant le non-respect des mesures dans leur bus.’’. L’agglomération demande un pouvoir de verbalisation pour ces équipes. ‘’Je ne suis pas sûr que nous l’obtenions" ajoute le directeur général de Transdev, Ludovic Martin. "Mais le dispositif se prépare dans la sérénité’’.

‘’Aujourd’hui, la distanciation sociale n’est pas toujours respectée dans les transports nîmois’’ regrette l’ancien responsable d’un collectif d’usagers Tango pour tous. Et Michel Perfetini de citer l’exemple du début du mois où ‘’pendant une semaine, de nombreux habitants du quartier Pissevin, victimes de la fermeture temporaire du bureau de poste, se sont rendus au centre-ville pour récupérer leurs minima sociaux ou leurs allocations, sans forcément se tenir à distance les uns des autres’’.

A Perpignan, des conflits permanents redoutés

A Perpignan, l’entreprise Sankéo dessert 36 lignes de bus et enregistre chaque année une dizaine de millions de voyages. Au ralenti depuis le début de la crise avec une baisse de plus de 80% de la fréquentation, elle doit faire installer des plexiglass de protection pour les chauffeurs, au plus tard pour le 11 mai. La solution est à l’étude. Et, à partir du 2 mai, une application permettra d’acheter abonnements ou tickets à l’unité depuis un smartphone pour éviter toute manipulation d’argent dans le véhicule.

Selon les syndicats, le personnel est prêt à assurer sa mission mais dans des conditions de prévention optimum. La CGT assure que, pour l’instant, rien n’a été fait : ni masques, ni gel. Son responsable Franck Raynaud rappelle qu’un bus est ‘’un espace confiné, renforcé par l’absence d’ouverture aux fenêtres, pour des raisons de sécurité, et où l’air est insuffisamment renouvelé’’.

Si nous limitons à 15 le nombre de montées et que 25 personnes attendent à l’arrêt, qui accepterons-nous en priorité ?

Les responsables syndicaux renvoient sur la police le pouvoir de contrôler les passagers sans masques. ‘’Nous allons au-devant de conflits permanents entre voyageurs ou entre eux et nous’’ prévient Stéphane Castano de FO. ‘’Si nous limitons à 15 le nombre de montées et que 25 personnes attendent à l’arrêt, qui accepterons-nous en priorité ? Et comment gérer les groupes de scolaires qui ont pris pour habitude de se bousculer pour prendre place à bord en premier ?’’ s’interroge Franck Raynaud de la CGT.

Perpignan Méditerranée Métropole, gestionnaire du réseau, va inciter les passagers à respecter les mesures mises en place. Le Vice-Président délégué aux mobilités, Daniel Mach, compte sur les huit médiateurs en place pour faire passer le message. ‘’Et en cas d’absence de masque, dit-il, la consigne est claire. Je demanderai aux conducteurs de ne pas démarrer ?’’

Ce jeudi après-midi, l’Elysée a annoncé la mise en place obligatoire du masque pour tous et de la distanciation sociale dans les transports pour le début du déconfinement mais sans encore en préciser toutes les modalités.

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société transports en commun économie transports
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter