Feu vert des députés : le combat de Gérard Fesch pour rétablir l'honneur de son père condamné à mort et décapité

En prison, Jacques Fesh avait trouvé la foi. Un modèle de repentance selon l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier. Le possible rétablissement de l'honneur d'un condamné à mort exécuté était interdite en droit. Mais les députés viennent de donner leur feu vert. 
 
Jacques Fesch, 24 ans, fils de banquier, accusé d'avoir assommé un agent de change de la rue Vivienne le 25 février 1954 pour lui dérober 300 000 F et d'avoir tué un gardien de la paix, s'apprête à rencontrer le juge d'instruction le 4 mars 1954 à Paris. Il sera condamné puis guillotiné le 1 octobre 1957.
Jacques Fesch, 24 ans, fils de banquier, accusé d'avoir assommé un agent de change de la rue Vivienne le 25 février 1954 pour lui dérober 300 000 F et d'avoir tué un gardien de la paix, s'apprête à rencontrer le juge d'instruction le 4 mars 1954 à Paris. Il sera condamné puis guillotiné le 1 octobre 1957. © STF / AFP
Jacques Fesch a été condamné à mort et guillotiné en 1957 à l'âge de 27 ans après avoir tué un policier trois ans plus tôt lors d'un braquage. Durant sa détention, le condamné est devenu mystique, il a publié plusieurs livres sur la religion. Des écrits qui ont fait date. Et ce au point qu'une procédure de béatification a été engagée par l'Eglise catholique. "Tous les jours, 63 ans après, je reçois des courriers de gens qui remercient mon père pour ses écrits. Ils m'expliquent avoir retrouver la confiance, qu'ils comprennent maintenant que tout homme peut changer, cela me touche beaucoup," assure Gérard Fesch, son fils. Des anonymes comme des personnages plus connus. "Le chanteur Michel Delpech m'a dit un jour: votre père est un saint."

Tous les jours, 63 ans après, je reçois des courriers de gens qui remercient mon père pour ses écrits

Gérard Fesch


En prison, il avait trouvé la foi et sa conversion fulgurante est considérée par l'Eglise catholique, qui envisage de le béatifier, comme un modèle de repentance. En détention Jacques Fesch avait demandé à être gracié. Une demande rejetée par René Coty, le président de la République de l'époque, qui dans un courrier lui écrit : "Je vous demande de donner votre tête pour la paix de l'Etat. Si vous le faites, je vous en serai d'une reconnaissance infinie. Merci pour l'homme que vous êtes devenu".

Demande de grâce refusée par René Coty

Gérard Fesch, musicien retraité de 65 ans, enfant de l'Assistance Publique abandonné à sa naissance par sa mère pendant que Jacques Fesch était en prison et ballotté dans différentes familles d'accueil, a découvert à 40 ans, à la lecture d'un article de L'Express en 1994, son lien de parenté avec son père. 

Depuis, la réhabilitation de son père, c'est le combat de sa vie. "Je souhaite cette réhabilitation pour montrer l'autre face de mon père. Ce n'est pas pour rayer la condamnation, mais pour mettre en lumière tout un autre pan de sa vie et montrer qu'il a aussi servi d'exemple à l'époque. Le but est de montrer que tout homme peut changer entre le moment où il est entré en prison et le moment où il a été exécuté". Il poursuit: ""Mon père est allé à l'échafaud très sereinement. Dans son journal spirituel il note: " chaque goutte de mon sang sert à empêcher un crime. Dans quelques heures, je verrai Jesus".

Ce n'est pas pour rayer la condamnation, mais pour mettre en lumière tout un autre pan de sa vie

Gérard Fesch

Un long combat car le rétablissement de l'honneur d'un condamné à mort exécuté est impossible en droit français. Gérard Fesch se bat pour "un pardon laïc" à titre posthume et s'est lancé dans un long combat procédural. Soutenu en 2019 par Me Eric Dupond-Moretti, l'actuel Ministre de la justice, garde des Sceaux. Une QPC (question prioritaire de constitutionnalité ) est déposée devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Nîmes où habite Georges Fesch qui accepte de la transmettre à la Cour de cassation puis au Conseil constitutionnel.  

Un pardon "laïc"

Le 29 février 2020, les sages ouvrent une porte en proposant au législateur d'instituer une nouvelle procédure "tendant au rétablissement de l'honneur" d'un condamné à mort, s'il a fourni "des gages d'amendement" avant l'exécution de cette peine.

Le combat de Gérard Fesch a franchi une nouvelle étape dans la nuit de mardi à mercredi. Les députés ont donné en commission leur feu vert au possible rétablissement de l'honneur d'un condamné à mort exécuté. "c'est une très bonne nouvelle. J'y ai toujours cru. C'est une étape essentielle," savoure-t-il.

L'amendement du gouvernement, adopté dans le cadre de l'examen du projet de loi relatif au parquet européen, complète la loi du 9 octobre 1981 sur l'abolition de la peine de mort, pour instituer une telle procédure. Les demandes relèveront de la compétence de la chambre criminelle de la Cour de cassation. Pour Gérard Fesch, le combat continue. Il va d'abord lui falloir changer d'avocat.
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