Nîmes : des vaccins anti Covid-19 ne trouvent pas preneurs chez les médecins et les pharmaciens

Dans le Gard, c’est dans les centres de vaccination que l'immense majorité des injections contre le Covid-19 est réalisée. Résultat : les médecins généralistes et pharmaciens, pourtant habilités à vacciner, sont de moins en moins sollicités. Ils peinent même à trouver des volontaires.

Les médecins généralistes et les pharmaciens sont autorisés à vacciner, mais peinent parfois à trouver suffisamment de patients volontaires. - Nîmes (Gard) - 3 mai 2021
Les médecins généralistes et les pharmaciens sont autorisés à vacciner, mais peinent parfois à trouver suffisamment de patients volontaires. - Nîmes (Gard) - 3 mai 2021 © FTV / Audrey Guiraud

Les centres de vaccination tournent à plein régime. À Nîmes, le centre de la Costières n'a pas de créneau disponible avant le mois de juin pour une injection de Moderna. Parallèlement, les pharmaciens et les médecins généralistes peuvent eux aussi vacciner. Mais ils doivent assurer seuls d'un bout à l'autre une logistique complexe : commander les vaccins, aller les chercher, planifier les rendez-vous selon les doses disponibles, convaincre si besoin les patients... Résultat : une campagne vaccinale de plus en plus laborieuse dans leurs cabinets et officines.

Un manque de doses en début de campagne

Un décret publié le 4 mars autorise les pharmaciens à vacciner contre le Covid-19. Depuis cette date, Eric José, pharmacien à Saint-Gilles, dans le Gard, n’a pu administrer la première injection d’AstraZeneca qu’à “43 personnes”.  Un “chiffre ridicule” à ses yeux. Comment l’expliquer ? “Au départ, début mars, on a eu un fort engouement de la part des patients. Tout le monde voulait se faire vacciner, on établissait même des listes d’attente”, se souvient le pharmacien nîmois. 

Au moment où les patients étaient mobilisés, la logistique n’a pas suivi. L’afflux massif de vaccins au moment où on en avait besoin n’a pas eu lieu. 

Eric José, pharmacien à Saint-Gilles (Gard)

Alors que les patients sont au rendez-vous, les doses manquent. Et lorsque les livraisons se font plus généreuses, la confiance dans le vaccin AstraZeneca est fragilisée. 

La méfiance face au vaccin AstraZeneca

Au milieu du mois de mars, plusieurs pays européens, dont la France, suspendent l'utilisation de l'AstraZeneca en raison des craintes suscitées par des cas de thromboses. L'Agence européenne des médicaments (EMA) finit par juger le vaccin AstraZeneca "sûr et efficace". Dans son sillage, la Haute Autorité de Santé se déclare favorable à la reprise "sans délai" des injections. Malgré cela,“le doute s’est installé dans l’esprit de certaines personnes", regrette le pharmacien nîmois. 

"On se heurte à des gens qui pensent que le risque est de se faire vacciner. Alors que de façon absolument nette, le risque est de ne pas se faire vacciner", constate Frédéric Jean, médecin généraliste à Nîmes. "J’aimerais que les effets secondaires des médicaments que j’utilise tous les jours soient aussi faibles que ceux d'Astra Zeneca !"

Une organisation logistique complexe

"Personnellement, je passe la moitié du temps de consultation à parler du vaccin, à essayer de convaincre qu'il est indispensable", poursuit Frédéric Jean. 

Nous avons vacciné les plus convaincus. On parvient encore à trouver la dizaine de personnes volontaires nécessaires pour pouvoir ouvrir un flacon, mais ça va devenir de plus en plus compliqué.

Frédéric Jean, médecin généraliste à Nîmes.

Les contraintes de conservation du vaccin nécessitent en effet que le médecin planifie un nombre suffisant de rendez-vous pour ne pas perdre de doses. "Si j’ai des rendez-vous pour 7 ou 8 doses alors que je peux en faire 11 avec un flacon, et que je ne trouve vraiment personne, alors je vais devoir jeter ces 3 doses restantes", s'alarme David Costa, médecin généraliste à Nîmes. Pour mieux faire correspondre les demandes de vaccin et les doses disponibles, les médecins saluent l'initative du site non-gouvernemental "Vite ma dose".

Faire mieux pour la suite de la campagne

Mais cette situation est un comble pour les médecins et les pharmaciens. "Nous ne pourrons sortir de cette crise que si les gens se vaccinent ! Nous avons une chance incommensurable d’avoir ces vaccins. Si on nous avait dit, il y a un an, qu’on aurait des vaccins moitié moins efficaces que ça, on les aurait quand même pris !", s'exclame Frédéric Jean.

"Il y a vraiment eu un échec de ce côté, mais tout n'est pas terminé", avance avec optimisme Eric José, pharmacien. ""Pour le vaccin Jansenn, qui n'est pas encore arrivé dans des quantités suffisantes, on espère convaincre d'autres personnes de venir se faire vacciner. Et comme c'est une injection unique, ça fluidifiera largement notre travail !" 

Dans le Gard, un habitant sur quatre a reçu une première dose de vaccin contre le Covid-19, selon les données du site CovidTracker.

Le taux d'incidence est de 247 cas positifs pour 100 000 habitants et la tension hospitalière est de 120%. 

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