Coronavirus, risque de grippe aviaire, la filière Foie Gras est en difficulté

La crise de coronavirus fragilise l’ensemble de la filière Foie Gras dans la Région Occitanie. Les éleveurs ont essuyé de grosses pertes en raison de l’annulation des foires et salons mais s’organisent pour ne pas passer à côté des fêtes de fin d'année.
 
Foie gras, un produit gastronomique du Sud-Ouest - Assiette présentée au "Restaurant Mon Plaisir"
Foie gras, un produit gastronomique du Sud-Ouest - Assiette présentée au "Restaurant Mon Plaisir" © Alexandre Marchi/Est Républicain/MaxPPP
"75 % des volumes vont être consommés en à peine trois semaines", explique le président de la Chambre d’Agriculture du Gers, Bernard Malabirade, "on ne va pas se mentir, la filière doit faire face à deux problématiques qui se télescopent, aux conséquences des confinements d’une part et depuis plus d’une semaine au risque élevé dans le département du Gers de grippe aviaire".

La situation financière n’est pas bonne, il y a des pertes économiques mais on fera le bilan en janvier et février, pour le moment il faut encourager la consommation de ce produit de fête. Il faut demander aux consommateurs de jouer le jeu, il y aura du foie gras à Noël sur les tables. Il y a des produits et la qualité est là.

Bernard Malabirade, président de la Chambre d'Agriculture du Gers

 

Certains plus touchés que d’autres

La filière Foie Gras représente en France plus de 100 000 emplois directs et indirects. Eleveurs, transformateurs, conserviers, transporteurs… tous subissent la crise mais à des degrés différents.
Les éleveurs qui travaillent en circuit-court ont enregistré des pertes financières importantes lors du premier confinement. A l'arrivée des fêtes de fin d’année, ils gardent pour l’instant la tête hors de l’eau grâce à la vente directe, les commandes sur internet et les livraisons sur points de ventes relais partout en France.

Marc Rolland, éleveur et producteur de foie gras dans le département du Tarn est très inquiet, l’entreprise familiale qui emploie 17 salariés tente de s’adapter en diminuant sa production notamment :

On fait plus de 40 foires sur le territoire national, les confinements nous ont obligé à tout stopper brutalement, donc c’est 80% du chiffre d’affaires perdu au travers des foires et salons. C’est un Noël unique, historique, on va s’adapter… on va miser sur les quelques marchés de proximité, la vente directe et à distance, mais je n’aimerais pas licencier.


Chantal et Daniel Oreja sont éleveurs et transformateurs de foie gras dans le Gers. La crise sanitaire ils l’ont prise de plein fouet lors du premier confinement avec une perte de 50% du chiffre d’affaires annuel en raison de l’annulation des foires et salons et notamment du salon de l’agriculture.
Pour s’adapter aux contraintes du deuxième confinement ils s’appuient sur leur notoriété. Ils livrent leur clientèle partout en France grâce aux commandes sur une plateforme internet. Les habitués achètent aussi en direct à la ferme.

C’est sûr on ne fera pas le chiffre de l’an passé mais c’est quand même bien parti, on fera le point à la fin de l’année.

Daniel Oreja, producteur et transformateur de foie gras-Gers


Pour les producteurs qui viennent de se lancer, la situation est plus compliquée, "ils sont moins connus et ont plus de mal à vendre", explique le président de la Chambre d'Agriculture.

Pour la filière longue c’est encore plus compliqué, les grossistes qui vendent aux restaurants et la grande distribution sont en difficultés. Il y a des stocks plus importants c’est certain. La chute du tourisme, l’annulation des mariages, la fermeture des restaurants, les salons, les foires tout cela contribue à une baisse des ventes et donc des recettes, c'est indéniable.

Les marchés au gras font de la résistance

Les marchés au gras de Samatan, Gimont, Seissan, Eauze et Fleurance sont des places incontournables dans le département du Gers.
Le marché de Samatan ouvert tous les lundis a subi début novembre quelques difficultés en raison du confinement. Les prix ont fait du yoyo. La municipalité et la Chambre d’Agriculture se sont mobilisées et espèrent relancer le marché après ces deux premières semaines compliquées.
Didier Vilatte, Vétérinaire et adjoint au Maire en charge des marchés précise : "On a effectivement, en raison des mesures sanitaires liées au coronavirus et au confinement, anticipé de 15 jours la saison d’hiver. La première semaine a été compliquée. On a eu très peu d’acheteurs, les prix ont chuté à 20 ou 25 euros le kg et on s’est retrouvé avec 500 kg de foie invendu".
Marché au gras de Samatan dans le Gers
Marché au gras de Samatan dans le Gers © S. Lapeyrere/DDM/MaxPPP

La deuxième semaine, c’est l’inverse qui s’est produit, les producteurs ne se sont pas déplacés en raison de la situation et de l’alerte de la grippe aviaire : "la grippe aviaire nous est tombée dessus et 40% ne producteurs manquaient à l’appel. Ils ont préféré vendre sur leur exploitation. Du coup les prix ont flambé, plus de 35 euros le kg", ajoute Didier Vilatte.
Lundi prochain tout devrait rentrer dans l’ordre avec "un marché de l’offre et la demande équilibré" explique le président de la Chambre d’Agriculture.

Les marchés au gras accessibles à tous

"J’ai la confirmation des autorités, il y a des contrôles routiers liés au confinement mais les personnes qui sont en route pour les marchés au gras ne seront jamais verbalisées" rappelle Bernard Malabirade.

Les marchés sont ouverts et accessibles à tous dans le respect des mesures sanitaires, le foie gras est un produit alimentaire de première nécessité, on ne trouve que ces produits dans le Gers. Les Bordelais, Toulousains et Montpelliérains sont les bienvenus.

 

Risque de grippe aviaire

Depuis une dizaine de jours, la grippe aviaire s’est invitée à la table des producteurs de foie gras.
5 départements d’Occitanie ont d’ailleurs été placés en risque élevé. Une situation qui pèse sur la filière déjà touchée par la crise de coronavirus et les confinements successifs. La menace existe, c’est actuellement la période de migration et il y a un risque que les oiseaux migrateurs transportent le virus.

" Toutes les mesures de restrictions ont été prises, tous les oiseaux d’élevages sont rentrés dans les bâtiments, avec les crises graves de 2016 et 2017, on a acquis un savoir-faire en la matière, il est hors de question que l’on revive cette situation aujourd’hui. On est en bonne posture pour maîtriser toute entrée du virus dans les circuits de production."

assure le président de la Chambre d'Agriculture.

L’ensemble des acteurs de la filière vont se rencontrer cette après-midi en préfecture du Gers. Une réunion pour faire le point sur la situation économique et sanitaire à 5 semaines des fêtes de fin d’année. 



 
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