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La banque “solidaire” Crédit coopératif questionnée par ses sociétaires du Gers

Le pôle national des Arts du Cirque d'Auch, l'un des principaux clients gersois du crédit Coopératif / © Max PPP
Le pôle national des Arts du Cirque d'Auch, l'un des principaux clients gersois du crédit Coopératif / © Max PPP

C'est une banque qui revendique "zéro" placement dans les paradis fiscaux et s'affirme "solidaire": le Crédit coopératif a détaillé ses comptes et ses principes cette semaine dans le Gers, quitte à voir quelques sociétaires brandir des cartons rouges devant ses dirigeants.

Par VA, avec AFP

"Notre métier, c'est de financer des utopies",

a lancé le président du groupe Crédit coopératif, Jean-Louis Bancel, devant 300 personnes réunies à Auch pour l'assemblée générale de Midi-Pyrénées organisée jeudi chez deux clients: l'association Ciné 32 qui anime de façon exemplaire un réseau de salles de cinéma dans son département rural, et le Circa, pôle de référence en France pour le développement du cirque contemporain.

A l'heure du café, servi dans un restaurant d'insertion géré par une coopérative, les clients-sociétaires semblaient partager une même foi dans les "valeurs sociales" d'une banque "pas comme les autres".

"Au moment où on a eu de grosses difficultés de trésorerie, on a pu s'appuyer sur le Crédit coopératif" qui a 9.000 entreprises culturelles clientes, a assuré Marc Fouilland, directeur du Circa, pôle national des arts du cirque. "Si on ne les avait pas eues, on déposait le bilan car les autres banques ne regardaient que les chiffres", a renchéri Françoise Castan, gérante de deux crèches privées, venue de Toulouse.

En 1893, l'ancêtre du Crédit coopératif avait été créé par un groupe de militants des coopératives ouvrières de production. Aujourd'hui, sa vocation affichée reste de concourir au développement des personnes morales qui composent l'économie sociale: coopératives, mutuelles, associations et organismes d'intérêt général...

Une toute nouvelle société coopérative et participative (Scop), Symbiosphère, a ainsi présenté à Auch les refuges pour animaux et oiseaux qu'elle fabrique en bois. "L'union régionale des Scops nous a conseillé de demander au Crédit coopératif le prêt dont nous avions besoin et on l'a obtenu très facilement", s'étonne encore l'un des fondateurs, Yann Le Portal, ingénieur en environnement de 32 ans.

Mais la banque coopérative fait aussi campagne pour convaincre davantage de particuliers de la rejoindre. Elle assure que près de 22.000 clients ont déjà fait le choix du compte Agir qui leur permet de "décider eux-mêmes à quoi sert leur argent": "agir pour la planète", "pour une société plus juste" ou "pour entreprendre autrement".

En France, une seule autre banque se qualifie d'"éthique": la Nef ("Nouvelle économie fraternelle") qui a tout récemment obtenu un agrément lui permettant de proposer des livrets d'épargne aux particuliers et associations et des comptes bancaires aux entreprises.

PAS DE POSITION SPECULATIVE
 

Le Crédit coopératif, "c'est zéro paradis fiscaux", a réaffirmé son président.

"Nous nous excluons de tous les mécanismes qui ont fait la grande crise de 2008-2009. On ne prend pas de position spéculative, on ne fait pas de gestion pour compte propre".

Il y a cinq ans, le Crédit coopératif avait reconnu avoir perdu plusieurs dizaines de millions d'euros avec des obligations Lehman Brothers ou la dette islandaise. Mais "ça a servi de leçon", commente Jean-Louis Bancel. "On s'est dit: arrêtons d'avoir trop d'argent à placer, prêtons à nos clients".

Reste que cette banque coopérative - affiliée au groupe BPCE - n'est plus vraiment de taille modeste avec plus de 327.000 clients actifs et 420 millions de produit net bancaire (équivalent du chiffre d'affaires) pour un bénéfice net de 55 millions en 2014.

Pointilleux, ses sociétaires l'interpellent volontiers sur l'usage de ses bénéfices ou "l'exemplarité" de ses cadres. A Auch, ils étaient ainsi une douzaine à brandir des cartons rouges quand la banque leur a demandé leur "avis" sur la rémunération de 335.000 euros versés en 2014 au président du conseil d'administration, Jean-Louis Bancel, qui leur faisait face.

"Pourquoi un président gagnerait-il 25.000 euros par mois?", avait auparavant interrogé un sociétaire dans un courriel. D'autres protestations du même genre - allant jusqu'au "c'est scandaleux et immoral" - figuraient parmi les questions posées en 2015 lors des AG.

La direction y a notamment répondu par écrit que ces rémunérations n'étaient "pas choquantes dans le secteur bancaire". Elle a plaidé qu'en la matière, elle pratiquait "une transparence singulière".

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