Le grain de folie des vendanges tardives de l'appellation Pacherenc-du-Vic-Bilh

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Écrit par Benoît Roux

Voilà 30 ans que la tradition perdure : vendanger les derniers grains de pieds de vigne gersoise à la Saint-Sylvestre. Le nectar donnera de précieuses bouteilles de blanc liquoreux. Avec le Covid, l'événement s'est déroulé ce 29 décembre... en petit comité.

30 ans que ça dure. Et 2021 ressemble à s'y méprendre à 1991, l'épidémie de Covid en plus. Pour la 30e édition des vendanges de la Saint-Sylvestre (les plus tardives de France), les vignerons de Plaimont et de la cave de Crouseilles rêvaient de fêter dignement l'événement, déjà éclipsé en 2020.

Suite aux nouvelles annonces du gouvernement, impossible de fêter la tradition comme il se doit avec d'habitude plus de 1000 participants. Ce mercredi 29 décembre, une soixantaine de vignerons et membres de l'association "Les amis du Pacherenc" se sont retrouvés dans les vignes du petit village de Viella.

2021 jumelle de 1991

La tradition des vendanges tardives a donc débuté en 1991, presque par hasard. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, un édit interdit les vendanges sur l’appellation
Pacherenc-du-Vic-Bilh avant le 4 novembre. Mais en 1991, les caprices de la météo vont donner naissance à la tradition.

Olivier Dabadie vigneron et président de l’Union Plaimont (Union des caves coopératives du sud-ouest) avait 14 ans à l'époque. "Avril avait été très froid, un gel historique. La vigne avait redémarré très tard. Normalement les raisins sont mûrs en octobre. Cette année-là, le 15 novembre, ce n'était toujours pas le cas. A la mi-décembre les vignerons se sont dit : pourquoi pas attendre le premier de l’an pour une maturité optimale."

L'esprit gascon de résistance a fait le reste. En 2021, les conditions sont assez proches : un gel hâtif a détruit la moitié de la récolte et les raisins ont mis du temps à mûrir. Mais après 2020 où le Covid avait privé les vignerons de la fête, il n'était pas question de récidiver. C'est l'année des 30 ans et les vendanges ont bien eu lieu ce mercredi 29 décembre, 2 jours avant l'échéance habituelle. 

Un grain de folie dans les vignes de Viella (Gers)

Cette fête, au départ très intime avec les viticulteurs du coin, est devenue un événement d'une grande ampleur. Très rapidement, les amoureux du vin, des traditions et de la convivialité gasconne ont pris l'habitude de se retrouver à Viella. Tout le monde réveillonnait, et sur le coup des 23h, direction les vignes, à la lueur des torches. Des petits feux sont allumés dans des endroits stratégiques pour voir les raisins. En tous cas ceux qui restent car il y a déjà eu 3 ou 4 passages auparavant pour ne laisser que les grains nobles qui peuvent poursuivre leur maturité sans pourrir.

C'est un concentré absolu de sucre et de saveurs, à surveiller de très près !

Olivier Dabadie

"On sélectionne en amont les grappes qui seront ramassées le jour J en travaillant par passerillage, une méthode utilisée pour enrichir le raisin en sucre et qui consiste à le laisser sur pieds pour qu’il sèche et se déshydrate grâce au soleil et au vent", assure Olivier Dabadie. Et le vigneron de préciser : "Ce sont des cépages endémiques (gros et petit manseng) adaptés au climat, aux nuits fraîches et aux gelées matinales qui l’empêchent de développer la pourriture.

Le nectar absolu

Une fois récolté, le jus est pressé et vinifié. Un tri sévère s'opère en cave et très peu de liquide va se retrouver en bouteille. Un millier, pas plus. "Mais tous les ans, on a réussi le même miracle. Pas un seul millésime sans bouteille," affirme Olivier Dabadie. Les vendangeurs n'ont que 1000 pieds environ à passer. Au soir de ce 29 décembre, il restera des grains qui attendront leur tour d'ici la fin de l'année ou au-delà.

La cave de Plaimont compte une centaine de producteurs de Pacherenc. En tout, ils se partagent 300 hectares, soit 3 hectares en moyenne par viticulteur. Autant dire que ce n'est pas la quantité qui compte pour ce vin blanc très prisé qui se décline aussi en sec, mais c'est bien la qualité.

La tradition du partage

Tous les viticulteurs, mais aussi leur famille, les amis, les amoureux du vin se retrouvent pour célébrer cette tradition. Olivier Dabadie se rappelle très bien malgré ses 14 ans les vendanges de 1991. "Nous vivions des moments uniques tous ensemble. Je me souviens que mon père avait fait une photo avec moi dans les vignes. Mon fils vient d'avoir 13 ans et il m'a demandé de faire la même photo."

Cette année ne sera pas un grand millésime pour le vin (très peu de bouteilles), ni pour les viticulteurs privés de la fête habituelle. Quelques dégustations mais pas de pastorale dans l'église avant la tombée de la nuit, et la retraite aux flambeaux sera réduite au crépuscule. "Dès que la nuit tombe, on sort tous. On distribue les torches, et c'est le moment le plus magique. On est tous ensemble, on chante et il y a un grand feu quand on arrive. Il y a un côté mystique. Nous avons eu parfois des conditions exécrables, mais des 4 coins de l’Europe des gens sont venus. Ils aiment tous cette convivialité, cette communion avec la nature, le feu pour un produit mythique."

Des souvenirs et une réalité qui habiteront longtemps les pensées d'Olivier Dabadie. En buvant ce nectar blanc proche cousin du rouge de Madiran, c'est toute cette tradition du partage qui se retrouve dans les verres. Un moment rare à apprécier comme il se doit, mais avec modération.