Un an ferme requis contre le Gersois Jean-Marc Rouillan pour apologie du terrorisme

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Écrit par France 3 Midi-Pyrénées

Le parquet a requis vendredi une peine d'un an de prison ferme contre l'ancien membre d'Action directe Jean-Marc Rouillan, jugé à Paris pour apologie du terrorisme pour avoir qualifié de "très courageux" les jihadistes qui ont commis les attentats du 13 novembre.

Le Gersois Jean-Marc Rouillan, 63 ans, est le dernier membre du noyau dur d'Action directe à avoir recouvré la liberté en mai 2012, après 24 ans de prison.
Le groupe armé d'extrême gauche à l'origine de plusieurs attentats et assassinats dans les années 1980 choisissait "des victimes ciblées", souligne-t-il, et condamnait "tous les attentats massacre".

Le 23 février, lors de l'enregistrement de l'émission "La Grande Tchatche" à la rédaction du mensuel satirique marseillais Le Ravi, diffusée sur les ondes de "Radio grenouille", Jean-Marc Rouillan était venu pour faire la promotion de son dernier film.
"Moi, je les ai trouvés très courageux, en fait", déclarait-il dans l'émission au sujet des jihadistes du 13 novembre, "ils se sont battus courageusement : ils se battent dans les rues de Paris (alors qu'ils) savent qu'il y a 2.000 ou 3.000 flics autour d'eux".

"J'aurais dû dire "déterminés", dit-il aujourd'hui pour parler des jihadistes avec lesquels il n'a "aucune connivence", "ce sont des ennemis".
"Vous auriez pu le dire mais vous ne l'avez pas dit", a rétorqué la magistrate du parquet dans son réquisitoire. Pour elle, ces propos sont "sans ambiguïté", et Jean-Marc Rouillan "essaie tant bien que mal de faire machine arrière" et ne les "assume pas".

Se situerait-il du "point de vue de ceux qui affrontent la mort, plutôt que ceux qui sèment la mort" ?, lui demande le tribunal. "Effectivement vous avez peut-être raison, je ne sais pas, je suis parti en vrille à ce moment-là", répond Jean-Marc
Rouillan.

Lâche / courageux, selon lui, il s'agit d'une "terminologie neutre et technique". "Bien sûr" qu'il condamne les attentats, dit-il devant le tribunal correctionnel
de Paris.

"Je ne suis pas un sanguinaire"

Lors de l'entretien, Jean-Marc Rouillan critiquait aussi l'idéologie "mortifère" des partisans de l'organisation jihadiste État islamique (EI), qui a revendiqué les attaques. "D'un point de vue de l'islam, ils sont impies", argumentait-il.

Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, pour les assassinats terroristes de l'ingénieur général de l'armement René Audran et du PDG de Renault Georges Besse, il avait été réincarcéré après une interview dans l'Express en 2007, où il déclarait qu'il ne "crachait" pas sur tout ce qu'il avait fait, violant ainsi l'interdiction qui lui est faite de s'exprimer publiquement sur des faits pour lesquels il avait été condamné.

Au tribunal, Jean-Marc Rouillan explique être fréquemment confronté au "risque" pour lui d'accorder des interviews, ce qu'il a fait à 200 ou 300 reprises, et à la "pression" pour la promotion de ses activités culturelles.

Rebondissant sur une interprétation divergente de ses avocats et ceux des parties civiles, il explique qu'il n'était lui-même "pas sûr" qu'il parlait des jihadistes du 13 novembre.

"J'ai été très maladroit", ajoute-t-il, estimant que dans cette interview, il n'y a "pas un brin de bout de phrase dite en français".
"Je ne suis pas un sanguinaire. Je suis totalement désolé pour les familles qui ont perdu des gens au Bataclan", insiste-t-il, évoquant aussi les victimes d'autres attentats du groupe Etat islamique.

Trente victimes ou proches de victimes des attentats du 13 novembre sont parties civile, tout comme l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).
A l'issue des plaidoiries de la défense, le tribunal devrait mettre son jugement en délibéré.