20 morts en 8 ans : la longue liste des règlements de compte à Toulouse

Dans l'agglomération toulousaine, 20 personnes sont mortes dans des règlements de compte depuis 2011 / © JP.Duntze/FTV
Dans l'agglomération toulousaine, 20 personnes sont mortes dans des règlements de compte depuis 2011 / © JP.Duntze/FTV

20 morts et au moins 16 blessés. C'est le bilan dramatique des règlements de compte liés au trafic de stupéfiants depuis 2011 dans l'agglomération toulousaine. Loin du lourd bilan marseillais, on peut tout de même parler d'une guerre des gangs à Toulouse.

Par Karine Pellat


Il avait 31 ans. Il a été abattu de quatre balles dans le dos, mercredi soir dans le quartier Bonnefoy, à Toulouse. C'est la dernière personne tuée dans de ce que l'on peut appeler une "guerre des gangs".
Jeudi soir, c'est à Cornebarrieu, à l'ouest de Toulouse, qu'une fusillade a fait un blessé. Là aussi la victime était impliquée dans le trafic de stupéfiants de l'agglomération toulousaine.


Toulouse : le modèle marseillais

Avec près d'une quarantaine de victimes en 8 ans, tués et blessés confondus, Toulouse est très loin du lourd bilan marseillais. Chaque année, dans la cité phocéenne, 20 à 30 personnes tombent sous les balles de rivaux dans la guerre qu'elles se livrent pour le contrôle de la drogue.
Si le nombre de personnes tuées n'égale pas celui de Marseille, le mode opératoire est le même. Des victimes très ciblées, des armes à feu et des témoins qui n'ont rien vu.

Didier Martinez, secrétaire régional du syndicat de police "Unité SGP", nous le confirme : "Le phénomène marseillais a bien sa déclinaison à Toulouse..."
 

 

Des fusillades en plein jour

Dans les dernières fusillades recensées, les tireurs n'hésitent plus à agir en plein jour et devant témoin. Ces dernières années, la plupart des fusillades ont eu lieu en journée. En 2015, un homme est même abattu le matin au volant de son véhicule, alors qu'il est arrêté à un feu rouge à l'Union.

Un salon de coiffure, un bar, une pizzéria...Les règlements de compte se font en public, au risque de tuer ou blesser des personnes étrangères au trafic. En 2016 et 2017, deux hommes ont été tués à tort, ils ont été pris pour d'autres.
Il y a aussi de nombreux blessés dans ces fusillades. Au moins 16 depuis 2011. Certains avec de très lourdes séquelles. Blessé dans une fusillade en juillet 2017, un touriste algérien est désormais lourdement handicapé. 
 


Une guerre de territoires

Pour expliquer une telle violence, il faut comprendre les enjeux du trafic de drogue dans notre agglomération. Dix à douze réseaux différents se disputent une cinquantaine de points de vente fixes et plusieurs points de vente éphémères. On estime que certains de ces points de vente peuvent rapporter jusqu'à 20 000 euros par jour. Des sommes folles.
 
le 4 juillet, une fusillade à la Reynerie fait 1 mort et 4 blessés / © FTV
le 4 juillet, une fusillade à la Reynerie fait 1 mort et 4 blessés / © FTV


Des sommes pour lesquelles certains n'hésitent plus à éliminer les concurrents. Pour le contrôle de ces lieux de vente, les réseaux se livrent une guerre sans merci. 
 

Toute l'agglomération concernée

Les quartiers des Izards et de la Reynerie sont particulièrement touchés par les règlements de compte. Près de 10 fusillades en 8 ans. Logique, ils concentrent beaucoup de points de vente de stupéfiants.
Mais toute l'agglomération est touchée par cette violence. Loin des quartiers difficiles, des communes comme l'Union, Beauzelle ou Colomiers ont été frappées comme on peut le voir sur cette carte interactive qui détaille les différentes fusillades depuis 2011.

 


Le règlement de compte : "l'aller-retour" 

Quand un règlement de compte fait des victimes, les membres des réseaux concurrents ne tardent pas à réagir. C'est que l'on appelle "l'aller-retour". Après les deux fusillades de ces derniers jours, quartier Bonnefoy et à Cornebarrieu, les forces de l'ordre s'attendent à des ripostes. Les réseaux se vengent dans une guerre sans fin...
 

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