Après un plan social en 2019, fortes inquiétudes chez les salariés de Conforama pour l'après coronavirus

L'enseigne Conforama, en grande difficulté financière, peine aujourd'hui à obtenir un prêt garanti par l'Etat auprès des banques. Partout en France, les salariés sont inquiets.

L'enseigne Conforama, déjà fragilisée avant l'épidémie de coronavirus, risque d'avoir du mal à surmonter la crise sanitaire.
L'enseigne Conforama, déjà fragilisée avant l'épidémie de coronavirus, risque d'avoir du mal à surmonter la crise sanitaire. © DENIS CHARLET / AFP
Déjà fragilisée par un plan de sauvegarde de l'emploi en 2019, l'enseigne Conforama a fait appel à un prêt garanti par l'Etat pour assurer sa survie après la crise économique liée à la pandémie de Covid-19. Elle est aujourd'hui mise en danger par l'inertie de BNP Paribas qui "traîne des pieds pour signer ce prêt" selon les syndicats. Force Ouvrière, CGT et CFE-CGC ont dénoncé samedi dans trois communiqués distincts mais unanimes l'inertie de la banque.
 

Un prêt garanti par l'Etat, clé de la survie

Conforama qui a engagé un vaste plan de restructuration en 2019 (1 900 emplois supprimés) a fermé tous ses magasins en France le 16 mars dernier en raison de l'épidémie de coronavirus. L'enseigne a fait appel à l'Etat à travers le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) pour obtenir un prêt garanti par l'Etat, un dispositif mis en place pour les entreprises ayant souffert de la crise sanitaire. Ce prêt devait être finalisé lors d'une réunion le 15 mai mais "la BNP Paribas a boycotté cette réunion sans fournir aucune autre explication" indique la CFE-CGC pour qui, sans ce prêt, "il n’est question que de jours de survie" pour l'entreprise.
Conforama compte 9 000 salariés en France mais avec ses fournisseurs, ses prestataires et ses sous-traitants, ce sont en tout quelques 20 000 emplois qui seraient concernés et donc menacés en France, selon les syndicats du groupe.
 

Inquiétudes en Occitanie

En Occitanie, où les magasins de Millau, Montauban et Pamiers ont déjà été condamnés par le PSE de 2019, l'annonce est très mal passée ce week-end.
A Balma, un des rares magasins du groupe rouvert depuis le 14 mai, "l'inquiétude monte" témoigne ce lundi Kader Hachouti, représentant du personnel FO et délégué syndical au CSE pour la zone Pyrénées, qui regroupe 13 magasins (Auch, Colomiers, Saint-Alban, Balma, Pamiers, Portet-sur-Garonne, Saint-Gaudens, Tarbes, Montauban, Millau, Orthez, Pau et Anglet). "On a des appels de tout le monde, c'est un peu la panique, tout le monde est en stress."
Pour lui, la surprise est de taille. 
"On pensait que c'était quasiment fait, pour le prêt garanti. L'Etat est prêt à le garantir à 90%, les 4 banques étaient d'accord et à la surprise générale, la BNP ne s'est pas déplacée. On ne comprend pas. C'est un partenaire historique de Conforama via Cetelem. il n'y a pas de justification, de logique à tout ça."  

Forcément, l'inquiétude monte. Il nous reste quelques semaines de trésorerie dans les caisses. On est à deux doigts du redressement et de la liquidation judiciaire. La décision de la BNP va peut-être impacter jusqu'à 20 000 emplois en France. Kader Hachouti.

Tony Azevedo, élu sans étiquette au CSE Pyrénées de Conforama ne comprend pas non plus l'attitude de la banque. "Expliquez nous ! Qu'est-ce que vous faites ?" interroge-t-il ce lundi "Pourquoi vous mettez en danger 9 000 emplois ? Nous, on veut savoir pourquoi la BNP ne veut pas prêter l'argent".


Un regain stoppé par la crise sanitaire

Le plan de sauvegarde de l'emploi a été très mal vécu par les salariés explique Tony Azevedo mais cette "restructuration lourde" avait quand même permis à l'entreprise de "finir 2019 plutôt bien". "On a commencé une année 2020 encourageante. Malheureusement, la pandémie est venue gravement nous blesser" regrette-t-il. Et aujourd'hui, l'entreprise est en grande difficulté selon lui :

Conforama a de quoi survivre jusqu'au mois de juin. Au-delà de juin, si rien n'est fait, le personnel restera sur le carreau.

Sur le site de Balma qui emploie 37 salariés, l'inquiétude est grande, souligne-t-il.

Conforama existe depuis 53 ans. J'ai des collègues qui n'ont connu que cette entreprise. Si on se retrouve demain sans emploi, à 55 ou 60 ans, aucun d'entre nous ne se fait d'illusion.

La BNP rejette les accusations

La BNP, dans une déclaration transmise à l'AFP, a souligné samedi qu'elle n'était pas la banque de Conforama. "Bien que BNP Paribas ne soit pas la banque de Conforama France, nous avions néanmoins récemment accepté de participer aux échanges à la demande du CIRI en support de ce dossier en restructuration depuis plusieurs années", rappelle-t-elle. "Si un nouveau projet industriel et commercial, de long terme et mobilisant les actionnaires actuels ou de nouveaux actionnaires, devait se dessiner, BNP Paribas l'examinerait".

A Paris comme à Toulouse, les représentants syndicaux s'étranglent. 
"Cetelem, c'est qui ?" interroge ainsi Stéphane Vernhes-Berbonde, secrétaire CGT du CSE Pyrénées, membre du CSE et du CHSCT de Conforama au niveau national. "La carte Conforama, c'est Cetelem, c'est une filiale de la BNP donc c'est peut-être pas notre banque mais c'est un partenaire financier depuis des années". Il s'inquiète d'autant plus de l'absence de signature de la banque que le temps est compté. "On n'a plus le temps aujourd'hui d'en chercher une autre, pour des questions de montage de dossier" dit-il, "si BNP-Paribas ne vient pas à la table des négociations, on va partir vers une cessation de paiement.
"Le seul moyen qu'on a aujourd'hui, c'est de mettre en lumière cet état de fait" dit-il encore, "pour éviter qu'un requin de la finance ne s'empare de Conforama et le mette en pièces". 
 

But en embuscade ?

Depuis ce week-end, il se murmure que But pourrait venir "sauver" Conforama avec une proposition d'alliance. Une simple coïncidence, juste au moment où la BNP ne vient pas au rendez-vous ? Une fausse rumeur ? C'est en tout cas ce qu'espèrent les syndicats car un rapprochement avec But, un de ses concurrents, serait synonyme d'une autre restructuration de taille.


 Trois magasins définitivement fermés en Occitanie et une reprise en "mode dégradé" en France
Condamnés par le PSE signé en 2019, les magasins de Millau, Montauban et Pamiers devaient fermer au cours de cette année 2020.
Mais la fermeture provisoire liée à l'épidémie de coronavirus a accéléré les choses.La direction du groupe a informé les organisations syndicales de sa décision de ne pas les rouvrir du tout après le confinement. 
Pour les autres magasins du groupe (190), la reprise est très partielle. Seuls 19 magasins ont rouvert en France le 14 mai. Les autres proposent uniquement un service de drive ou de livraisons.
 
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