Crash du vol Rio-Paris : il y aura bien un procès pour déterminer les responsabilités d'Air France et d'Airbus

Malgré le non-lieu ordonné en 2019, Air France et Airbus vont bien devoir répondre devant la justice de leurs responsabilités dans le crash du Rio-Paris et la mort des 228 personnes à bord en 2009. La cour d'appel de Paris a décidé de les renvoyer en correctionnelle pour "homicides involontaires".

Crash du vol rio-Paris - L'un des débris de l'appareil repêché dans l'océan Atlantique, le 14 juin 2009.
Crash du vol rio-Paris - L'un des débris de l'appareil repêché dans l'océan Atlantique, le 14 juin 2009. © EVARISTO SA / AFP

La cour d'appel de Paris a ordonné ce mercredi 12 mai, un procès pour "homicides involontaires" à l'encontre d'Air France et d'Airbus pour leurs responsabilités indirectes dans le crash du vol Rio-Paris qui avait fait 228 morts en 2009. Cette décision de la chambre d'instruction de la cour d'appel, réclamée par le parquet général, invalide le non-lieu prononcé en 2019 en faveur de la compagnie et du constructeur au terme des investigations.

Le soulagement des proches des victimes

Cette décision est un grand soulagement pour les familles des victimes qui réclament depuis de longues années que les deux entreprises soient renvoyées devant la justice.

"C'est une immense satisfaction d'avoir le sentiment d'avoir enfin été entendu par la justice", a déclaré, très émue, la présidente de l'association Entraide et Solidarité AF447, Danièle Lamy. 

Nous déplorons cependant qu'il ait fallu douze longues années pour en arriver là, douze années de détermination sans faille, peuplées d'incertitudes, de procédures tracassières et obscures, de découragement mais jamais de résignation.

Joint par téléphone, Jean-Lou Lévi, l'avocat du père d'une de victimes du Rio-Paris installé en Tarn-et-Garonne souligne lui aussi son regret d'avoir dû attendre douze ans pour en arriver là. Il explique que son client est ce mercredi "sous le choc de la nouvelle puisqu'il n'y croyait plus."

"Cela fait maintenant douze ans que sa fille est morte et que nous avons entamé les démarches, donc il y a un soulagement mais la partie n'est pas finie". Reste maintenant à défendre la position des familles de victimes devant le tribunal correctionnel de Paris.

La chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris nous permet d'avoir un procès sur la place publique où tout sera exposé et où tout le monde pourra constater que de nombreuses failles ont été commises dans la sécurité des voyageurs du Rio-Paris et que ces failles ont conduit à la tragédie que nous connaissons.

Jean-Lou Lévi, avocat de Michel Mommayou, père d'une victime du Rio-Paris

Recours en cassation immédiat d'Airbus

Les avocats d'Airbus ont pour leur part immédiatement annoncé un recours en cassation, dénonçant une "décision injustifiée", "en contradiction avec les juges d'instructions qui connaissaient bien le dossier".

"Air France conteste avoir commis une faute pénale qui soit à l'origine de ce terrible accident", a pour sa part réagi l'un des avocats de la compagnie aérienne, Maître François Saint-Pierre.       

Un crash au milieu de l'Atlantique

Le 1er juin 2009, le vol AF447 reliant Rio de Janeiro à Paris s'était abîmé au milieu de l'Atlantique. Les 228 passagers et membres d'équipages, de 34 nationalités, avaient péri dans l'accident. Point de départ de la catastrophe : le givrage en vol de sondes de vitesse Pitot, qui avait conduit à un dérèglement des mesures de vitesse de l'Airbus A330 et désorienté les pilotes jusqu'au décrochage de l'appareil.  

Des années de procédures et de batailles d'experts

Depuis ses débuts, l'enquête a donné lieu à une bataille d'experts pour établir les responsabilités dans l'enchaînement ayant mené au crash de l'appareil.
Le 29 août 2019, après dix ans d'investigations, les juges d'instruction du pôle accident collectif du tribunal de Paris avait rendu un non-lieu général, au grand dam des familles de victimes. Les investigations "n'ont pas conduit à caractériser un manquement fautif d'Airbus ou d'Air France en lien (...) avec les fautes de pilotage (...) à l'origine de l'accident", avaient alors estimé les magistrats.

Le parquet général estimait au contraire que les "causes indirectes" du crash étaient imputables aux manquements des deux entreprises : les dirigeants d'Air France "se sont abstenus de mettre en oeuvre la formation et l'information des équipages" nécessaire, tandis qu'Airbus a "sous-estimé la gravité des défaillances des sondes" de vitesse Pitot et n'a pas suffisamment agi pour corriger ce dangereux défaut.

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