Déconfinement et réouverture des écoles : un syndicat enseignant dénonce la "communication" du maire de Toulouse

Très en colère, le SNUipp a adressé une lettre ouverte au maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, dénonçant des propos de l'élu "inacceptables et dénigrants", vis-à-vis de l'Education Nationale. Le syndicat reproche en outre à la municipalité une certaine impréparation.

L'école Germaine-Tillion de Toulouse a rouvert, le mardi 12 mai, après deux mois de confinement.
L'école Germaine-Tillion de Toulouse a rouvert, le mardi 12 mai, après deux mois de confinement. © Christophe Romain/FTV
Ce qui a mis le feu aux poudres est une vidéo, postée sur YouTube le 12 mai dernier, dans laquelle le maire de Toulouse fait le point sur la réouverture de 68 écoles. Dans son message, le premier magistrat de la ville indique que la mairie souhaitait que les 68 écoles rouvrent le même jour, à savoir le 12 mai, mais que "l'Education Nationale a préféré que certaines écoles rouvrent plus tard dans la semaine". Et d'ajouter : "La mairie de Toulouse aurait préféré que les enfants des écoles qui ne rouvrent pas puissent aller dans une école près de chez eux qui rouvre.  L'Education Nationale n'a pas retenu cette proposition. C'est dommage..."

"Des propos inacceptables"

Pour le SNUipp, syndicat majoritaire chez les enseigants des écoles, il s'agit là de "propos inacceptables. "Il n'y a pas de méprise sur le sens que nous donnons à cette vidéo. C'est un communiqué électoraliste. S'il n'y a que 68 écoles qui ont rouvert, ce n'est pas du fait des enseignants mais de la mairie", explique Alexia Seguin, co-secrétaire départementale du syndicat, à France 3 Occitanie. "La mairie n'avait pas les capacités d'ouvrir davantage d'écoles ayant à sa disposition seulement un tiers des personnels agents techniques pour effectuer le nettoyage et la désinfection des locaux et du mobilier. Et si les 68 écoles n'ont pas toutes rouvert le 12, c'est parce que certaines d'entre elles ont demandé un jour supplémentaire de préparation avant la reprise, ce qui était la moindre des choses après deux mois de confinement et de fermeture ! C'est dénigrer l'Education Nationale et les enseignants que de le présenter comme étant "dommage". 

Impréparation

D'autant, souligne encore Alexia Seguin, que les conditions de cette réouverture n'ont pas été optimales, "sauf dans cette école "modèle" visitée par le maire le 12 mai pour faire de "l'affichage". "Là, bien sûr, il y avait des moyens mais ce n'est pas le cas dans d'autres écoles où le matériel pour baliser notamment n'a pas été livré à temps". "Les équipes enseignantes auraient aimé avoir une aide en moyens humains anticipée pour effectuer ces marquages, balisages aux abords et dans les écoles, ainsi que les déménagements et réaménagement des classes, la mairie en a décidé autrement", détaille le syndicat dans sa lettre ouverte.

Pour le SNUipp, le maire de Toulouse souhaitait "organiser une garderie géante", sans tenir compte du coeur du métier. La montée en charge qui s'annonce, puisque 41 écoles toulousaines doivent rouvrir la semaine prochaine, ne laisse pas d'inquiéter le syndicat. "Nous nous permettons d’émettre de grosses inquiétudes quand nous lisons les propos échangés entre la directrice de l’éducation et un directeur d’école de Toulouse. En effet, les services sont à flux tendus allant jusqu’à ne pas pouvoir assumer les missions qui sont les leurs dans la mise en place du protocole". Selon Alexia Seguin, des conseils des maîtres pour préparer ces réouvertures ont lieu précisément ce lundi 18 mai, dans des écoles "sans masques, sans gel, et sans nettoyage préalable".  Contactée par France 3 Occitanie, la mairie de Toulouse réagit. Jointe au téléphone, Marion Lalane de Laubadère, adjointe au maire en charge de l'éducation, réfute toute "attaque" envers le corps enseignant. "L'Education Nationale, ce n'est pas seulement les enseignants, c'est aussi un ministère, une institution. Quand on attend pendant des semaines que l'Education Nationale veuille bien considérer les enfants des personnels des écoles comme prioritaires, qu'on n'a pas de réponse [à l'époque de la réouverture, le 12 mai, NDLR], vous comprenez que cela suscite de l'incompréhension et c'est cela que le maire a exprimé dans cette vidéo. Personne n'était visé. Certaines écoles ont fait le choix de rouvrir le 14 et pas le 12 et cela a été respecté. Nous, on était prêt et on a eu des remarques de parents.". 

Quant au manque de matériel, l'adjointe au maire en charge de l'éducation veut bien admettre qu'il ait pu y avoir, "ici ou là", des écoles qui ont manqué de ruban, de peinture mais "il y a des stocks tampons, il suffit qu'ils demandent. La première semaine a été l'occasion de quelques réajustements, c'est normal. Et puis, toutes les écoles n'avaient pas les mêmes besoins. Elles ont toute latitude pour organiser les choses comme elles le souhaitent, dans le respect du protocole, certaines ont besoin de beaucoup de matériel, d'autres non".
En outre, ce n'est pas, rappelle-t-elle, à la mairie de doter les enseignants en équipement individuel de protection mais à leur employeur, l'Education Nationale.

Marion Lalane de Laubadère s'étonne de cette lettre ouverte, à laquelle "le maire répondra point par point" : "Ils savent me trouver quand il y a des problèmes. Ce que je veux dire, en tout cas, c'est qu'on est prêt pour la réouverture de 41 écoles supplémentaires à partir du 25 mai et qu'une école ne rouvre pas si le protocole sanitaire n'est pas respecté". 

Le 1er juin, toutes les écoles de Toulouse seront rouvertes, assure la mairie qui est en train, pour ce faire, de recruter 140 agents contractuels pour le nettoyage et la désinfection des établissements. D'autres agents issus d'autres services devraient également arriver en renfort dans les écoles.


 
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