Dépression, envies suicidaires : les étudiants plus touchés par des problèmes de santé mentale durant l'épidémie de Covid

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Selon une étude de l'Inserm de Bordeaux (Gironde), dans la population, les étudiants ont été les plus touchés par des problèmes de santé mentale durant l'épidémie de Covid. Symptômes dépressifs et envies suicidaires ont ainsi touché 50% d'entre-eux durant le second confinement.

Stress, solitude, dépression, pensées suicidaires. Les étudiants ont été les plus impactés par la pandémie de Covid-19, en terme de dégradation de leur santé mentale. C'est ce que révèle une étude de l'Inserm et de l'université de Bordeaux, rendue publique mardi 9 novembre.

Selon les conclusions de cette enquête "les prévalences des troubles anxieux et dépressifs, ainsi que des pensées suicidaires, étaient plus élevées dans cette population en comparaison à des non étudiants."

Plus de la moitié des étudiants avec des signes dépressifs durant le 2e confinement

D'après l'Inserm, les analyses montrent qu'entre mars 2020 et janvier 2021, les étudiants ont été 36,6% à déclarer des symptômes dépressifs (contre 20,1% des non étudiants) et 27,5% des symptômes d'anxiété (contre 16,9%). De plus, 12,7% des étudiants ont rapporté des pensées suicidaires (contre 7,9% des non étudiants). 

De plus, les fréquences des troubles de santé mentale "sont beaucoup plus élevées en période de confinement que pendant le déconfinement". Plus de la moitié des étudiants interrogés ont montré des symptômes dépressifs lors du deuxième confinement (contre un quart des non étudiants), contre 36 % lors du premier. 

"La vulnérabilité des étudiants n'a probablement pas une cause unique, mais l'isolement et la solitude ont certainement beaucoup pesé, commente Mélissa Macalli, première autrice de l'étude. Les conditions matérielles et la difficulté de suivre les études sont également des facteurs importants."

Insomnies, perte d'appétit, dos bloqué

L'isolement et la solitude, c'est ce qu'y a cruellement pesé sur Mathilde, 22 ans. "J'ai très mal vécu ces deux confinements, raconte l'étudiante en 3e année de licence de droit. J'étais toute seule dans mon appartement à Albi (Tarn), qui donnait directement sur un mur. J'avais très peu de contacts, si ce n'est quelques échanges avec des proches et des amis via internet. Les journées étaient toujours les mêmes."  La jeune femme fait des insomnies, perd l'appétit et se retrouve avec le dos bloqué. Dès qu'elle en aura l'occasion, elle finit par retourner chez ses parents.

De nombreux établissements de l'enseignement supérieur en Occitanie ont conscience du mal-être de leurs étudiants. Au point de créer des cellules d'écoute et d'aide psychologique. C'est par exemple le cas des quatre facultés de santé de Toulouse. En juin 2021, le Dr Sophie Séronie-Vivien a été élue à la tête de la Commission Bien-Être Étudiants UFR Santé de Toulouse. Son but, à travers la mise en place un numéro d'appel (0 805 29 31 33) ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, est de "recueillir la parole des étudiants en santé en souffrance et les guider vers la prise en charge la plus adaptée."

Prise de conscience des facultés de santé de Toulouse

"C'est un geste très fort, explique Sophie Séronie-Vivien. Cela démontre que le problème est véritablement compris." Une initiative d'autant moins anodine que plusieurs études récentes démontrent que les étudiants de médecine, pharmacie, d'infirmier souffrent plus que les autres. D'après une étude, parue en octobre dernier, menée auprès de 11 754 étudiants en médecine de premier cycle, externes et internes, 75% des interrogés présentent des symptômes anxieux plus ou moins graves.

"Ces étudiants ont connu les mêmes problèmes d'isolement que les autres et aussi les mêmes difficultés économiques. Les filières de la santé ne sont plus composées de jeunes gens issus de familles favorisées. Mais ils sont aussi confrontés à des études difficiles, à la maladie et à la mort, mais aussi à la violence de leur travail", explique la responsable de la Commission Bien-Être étudiants UFR Santé. Un milieu professionnel confronté à un manque cruel de moyens, mais aussi à une certaine culture de sexisme et de harcèlement.

La récente affaire de la "fresque pornographique" située dans le réfectoire de l’internat Purpan à Toulouse démontre que le chemin est encore long.