Des facteurs formés par le CHU de Toulouse pour prévenir la dépendance des séniors

Dans le cadre d’un programme coordonné par le Gérontpôle du CHU de Toulouse, des agents de La Poste se rendent chez des séniors de la région toulousaine depuis début mars pour prévenir leur dépendance et repérer leurs fragilités.

Une factrice fait passer un test d'évaluation physique et mentale à Armande, 83 ans, habitante de Plaisance-du-Touch.
Une factrice fait passer un test d'évaluation physique et mentale à Armande, 83 ans, habitante de Plaisance-du-Touch. © Lionel Bonaventure / AFP

« Sans utiliser vos bras, essayez de vous lever cinq fois de suite de votre chaise en moins de 14 secondes ». Dans sa maison de Plaisance-du-Touch près de Toulouse, Armande, 83 ans, se soumet à un test d'évaluation physique et mentale. Son évacuatrice n’est ni médecin, ni coach sportive, elle est factrice.

Elle fait partie des agents de La Poste formés par des professionnels de santé, dans le cadre d’un programme de prévention de la dépendance chez les séniors (ICOPE), élaboré par l'Organisation mondiale de la santé et coordonné par le Gérontopôle de Toulouse. Le programme vise à dépister, au plus tôt, les fragilités des seniors pour améliorer ou maintenir leur autonomie.

Tester la mémoire et le moral

Au volant de sa camionnette jaune, la factrice Cécile Saïdani sillonne depuis quelques jours plusieurs communes de Haute-Garonne à la rencontre de seniors ayant accepté de participer au programme. « Drapeau, fleur, porte : je vais vous demander de mémoriser ces mots et de me les répéter quelques minutes plus tard », indique à Armande Saint-Pierre la jeune factrice.

Ça m’a un peu rassurée que ce soit la factrice qui me fasse passer ce test, parce que j’ai pensé que les termes utilisés seraient des termes que j’allais comprendre. Si c’était un médecin, peut-être qu’il aurait fallu que j’aille chercher le dictionnaire.

Armande Saint-Pierre, retraitée

« Sur une échelle de 0 à 100 de bonheur, où vous situez-vous ? », demande la factrice qui rentre au fur et à mesure les données récoltées sur une tablette. « Je dois être à 20, à peine … », murmure tristement Armande. « Il me tarde que cette crise s'arrête, car dans ma tête ça ne va plus », confie l’octogénaire.

Depuis le premier mars, des facteurs et factrices se rendent chez des seniors des communes de Plaisance-du-Touch, Muret, Auterive, Tournefeuille et Léguevin pour détecter la perte d’autonomie.
Depuis le premier mars, des facteurs et factrices se rendent chez des seniors des communes de Plaisance-du-Touch, Muret, Auterive, Tournefeuille et Léguevin pour détecter la perte d’autonomie. © Lionel Bonaventure / AFP

C’est ensuite au tour de son époux Roger, 85 ans, d'effectuer le test. Lunettes aux yeux et masque blanc sur la bouche, il avoue aussi à demi mot que les « jours de mauvais temps ou de grand vent, ça va moins bien ».

Avec le Covid, les gens sont de plus en plus isolés. Le fait de venir et de parler, de regarder s’il vont bien, c’est important. Il y en a beaucoup qui ne se soignent pas, qui ne sont pas dans un système de santé. Et je trouve que c’est bien de s’intéresser à eux et de ne pas les laisser seuls.

Cécile Saïdani, factrice

Objectif 200 000 séniors suivis d'ici 5 ans

Une première phase d'expérimentation fin 2020, dans trois communes de l'agglomération toulousaine, avait permis de réaliser le test sur 500 personnes, pour qui un signalement au médecin traitant a été nécessaire dans 20% des cas.

Le facteur, il a valeur de confiance dans l'esprit des Français. Puis c'est un acteur de proximité humaine, puisque 6 jours sur 7, il est chez tous les clients.

Sylvie Bailly, directrice d'établissement à La Poste de Plaisance-du-Touch

Selon Neda Tavassoli, pharmacienne au service gériatrie du CHU de Toulouse « l’objectif est de suivre 200 000 seniors en Occitanie d'ici cinq ans ».

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