Des nouveaux médicaments contre le coronavirus testés à Toulouse pour renforcer l'immunité des malades

L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament autorise temporairement un nouveau type de traitement contre le coronavirus. Un médicament qui utilise des anticorps monoclonaux testé en France dans 83 centres hospitaliers, dont celui de Toulouse. Il serait assez efficace en bithérapie.

Médicament Bamlanivimab, l'anticorps monoclonal autorisé en France de manière provisoire
Médicament Bamlanivimab, l'anticorps monoclonal autorisé en France de manière provisoire

C'est l'une des annonces faites par Olivier Véran la semaine dernière le 25 février 2021: "L'Agence nationale de sécurité du médicament a accordé ce qu'on appelle une autorisation temporaire d'utilisation des anticorps monoclonaux... Des dizaines de milliers de doses ont été commandées ... Ce sont des espoirs nouveaux (...) qui renforcent notre arsenal anti-Covid". Selon Le Figaro, le gouvernement aurait commandé 100 000 doses afin de les répartir dans 83 CHU dont celui de Toulouse. 3 patients ont déjà été soignés avec le Bamlanivimab, le seul anticorps monoclonal autorisé pour l'instant.

Le traitement du Covid-19 par anticorps monoclonaux fait l'objet d'un parcours de soins très spécifique exclusivement en milieu hospitalier. Il ne sera administré qu'à un public restreint, âgé de plus de 80 ans, pour qui le covid pourrait s'avérer grave. Ce médicament semble efficace pour renforcer l’immunité du patient. Le CHU de Toulouse a reçu 120 doses.

Les anticorps monoclonaux, qu'es aquò? 

Face à une infection, notre organisme fabrique de manière naturelle des anticorps pour pouvoir se défendre. On peut aussi les fabriquer artificiellement par des cellules cultivées et clonées en laboratoire. Les anticorps monoclonaux sont ensuite administrés pour mimer l’action des anticorps naturels. Un “anticorps monoclonal” est précisément conçu pour reconnaître et cibler un agent infectieux avant qu'il ne pénètre dans les cellules humaines

Ce procédé n'est pas nouveau. Il date de 1975 et il a fait l'objet d'un prix Nobel de médecine. Le médicament autorisé à titre provisoire par l'ANSM est un anticorps appelé Bamlanivimab. Il a été élaboré par le laboratoire américain Eli Lilly. Il est d'ailleurs fabriqué en France, dans le Bas-Rhin à Fegersheim. 

Un autre anticorps monoclonal -le Regeneron- a même connu son heure de gloire. C'est ce traitement qui a permis de soigner l'ancien président américain Donald Trump. Ces médicaments qui n'ont pas été conçus de manière spécifique pour lutter contre les formes graves du coronavirus. Ils sont utilisés pour le traitement de certaines tumeurs cancéreuses ou de maladies inflammatoires chroniques. Par ailleurs, le ministre de la santé à précisé que la France avait également commandé des "dizaines de milliers de doses d’anticorps monoclonaux d’une génération supérieure qui arriveront en France à la mi-mars". Ce qui permettrait de traiter un public plus large que celui auquel va s'adresser le Bamlanivimab.

Comment est administré ce médicament et pour quels malades ?

La Direction générale de la Santé (DGS) a précisé le cadre de l'emploi de ce médicament le 24 février 2021, la veille des annonces du ministre: "Pour garantir un maximum d’efficacité, ce traitement (qui utilise un anticorps appelé bamlanivimab) doit être administré dans un délai maximal de 5 jours après le début des symptômes." Il doit être prescrit par un médecin hospitalier et doit être administré, par voie intraveineuse à l’hôpital. Il s'agit d'une injection de 700mg de produit faite par une infirmière qui va durer une heure environ. Le malade reste en observation, puis peut repartir chez lui où il doit s'isoler de manière stricte pendant 10 jours. Il bénéficie d'un suivi médical régulier. Une semaine après l'administration du traitement, il devra faire un test PCR pour voir où en est la maladie. 

Ce premier médicament à base d'anticorps monoclonaux s'adresse tout d'abord aux patients les plus vulnérables, ceux qui risquent de développer des formes graves de la maladie. Il s’agit en priorité des malades âgés de plus de 80 ans, atteints d'une pathologie chronique mais aussi des personnes qui affichent un déficit immunitaire en raison d’une maladie grave. Il serait administré également à des patients ayant eu une greffe ou une transplantation d'organe. Le CHU de Toulouse a déjà traité 3 patients.

Pour le Dr Muriel Alvarez du CHU de Toulouse, tout se passe bien : "Ce sont les médecins généralistes qui nous envoient les malades pour qui ce traitement pourrait être adapté. Ils ont été informés, les urgences et les spécialistes aussi. Nous avons une plateforme téléphonique qui va orienter ces patients vers la pneumologie, ou mon service des maladies infectieuses. Tout peut se passer très vite et sans engorger l'hôpital car le malade reste sous observation 1 H puis il peut repartir si tout va bien. Nous sommes habitués à administrer ce type de médicaments qui sont autorisés de manière temporaire par exemple contre le paludisme." 

Pour quelle efficacité? 

Pour Muriel Alvarez, infectiologue au CHU de Toulouse, ce médicament est porteur d'espoir. Nous ne sommes plus dans les essais cliniques mais dans une pratique thérapeutique encadrée. "Tout d'abord ce médicament semble bien toléré. Ensuite, il est possible qu’il soit efficace en mono-thérapie mais sans doute encore plus en bi-thérapie avec un autre anticorps monoclonal. La question de l'efficacité, on se la pose tous. Mais je pense que c'est un médicament intéressant pourles malades". 

Selon Brigitte Autran, experte en immunologie à l'université de la Sorbonne, il donnerait de bons résultats contre le variant anglais. D'autres scientifiques prétendent qu'il n'a aucun effet contre les variants sud-africain et brésilien.  L'agence européenne du médicament (EMA) étudie actuellement un anticorps monoclonal appelé Regdanvimab et développé par un laboratoire Sud-Coréen. Le géant pharmaceutique asiatique affirme que son traitement contre le Covid-19 réduit le temps de guérison et les risques de cas graves. 

Olivier Véran a annoncé que la France avait passé commande pour un autre anticorps monoclonal que le Bamlanivimab qui devrait arriver dans les CHU à la mi mars et qui pourrait permettre de traiter des patients sur un spectre plus large. "Effectivement, nous devrions recevoir de nouvelles doses bientôt, ce qui nous permettra de faire de la bi-thérapie avec 2 anticorps monoclonaux et avoir ainsi une meilleure efficacité", selon Muriel Alvarez.

Après les vaccins, c'est donc une nouvelle arme contre le coronavirus avec l'apparition des premiers médicaments. 

 

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