"Elle m’a dit, heureusement, on en a profité" : témoignage du mari de Pierrette C, morte de Creutzfeldt-Jakob

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Écrit par Sylvain Duchampt
Pierrette C. a été diagnostiquée comme atteinte de la maladie de Creutzfeld-Jakob après un IRM du cerveau en avril 2021.
Pierrette C. a été diagnostiquée comme atteinte de la maladie de Creutzfeld-Jakob après un IRM du cerveau en avril 2021. © ALEX BAILLAUD / MAXPPP

Alain C. était marié depuis 45 ans à Pierrette C., décédé le 4 novembre 2021 à Blagnac (Haute-Garonne) de la maladie de Creutzfeld-Jakob. L'ancien employé d'Airbus évoque la dégradation soudaine de l'état de santé de son épouse et son refus de déposer plainte afin de connaître l'origine de la maladie de cette dernière.

Nous avons passé 45 ans heureux avec ma femme. Nous nous entendions à merveille. Elle m’a dit "heureusement, on en a profité". Les mots d'Alain C., 70 ans, sont submergés par l'émotion. Sa femme, Pierrette C., est morte le 4 novembre 2021, à Blagnac (Haute-Garonne) de la maladie de Creutzfeld-Jakob.

Le neurologue, ayant diagnostiqué les symptômes apparus au printemps dernier, avait averti le retraité de chez Airbus. La maladie de Creutzfeld-Jakob ne "se soigne pas" et va "très vite". "Ils ne se sont pas trompés. J’ai été un peu préparé, mais on n'y croit pas, avoue Alain C.. "A la fin, elle ne parlait plus. Durant les quatre derniers mois, elle n’arrivait plus à prononcer un mot."

Premiers symptômes à la fin de l'année 2020

Les premiers signes sont apparus, il y a presque un an, jour pour jour. Le couple est en plein déménagement, mais Pierrette C. est sans cesse fatiguée. Le médecin de la famille émet la possibilité que ce changement ait pu la perturber. "Nous vivions dans cette maison depuis 45 ans. Nous avons jeté pas mal de choses donc elle a pu faire une petite dépression. Elle a pris des antidépresseurs, mais au mois d’avril, il y a d’autres choses qui m’ont inquiété."

Au moment de mettre la table, Pierrette C. met six couverts alors que "nous n’étions que deux" souligne son mari. Quelques jours plus tard, la retraitée de 67 ans évoque la visite de ses parents disparus, il y a plus de 20 ans.

Tout de suite, Alain C. pense à la maladie d'Alzheimer. Le scanner en urgence ne révèle rien. Il faut un examen à l'aide d'un IRM pour que soit découvert une suspicion de Creutzfeldt-Jakob. Au moment du diagnostic, Pierrette C. qui a travaillé pour l'Inrae sur cette maladie, sait ce qui l'attend. "Elle nous aimait beaucoup moi et mon fils, raconte Alain C. Elle m’a dit "je ne pourrais pas profiter de la nouvelle maison". Cela me rappelle de mauvais souvenirs.D'ailleurs selon ses propres mots, "après cela a été une descente aux enfers."

Une femme "charmante, aimée de tous"

"De plus en plus, elle perdait la tête, raconte Alain C. Elle avait les muscles qui "fondaient". Elle n’arrivait plus à tenir une feuille de papier ou à manger. J’ai fait le maximum pour la garder, mais à un certain moment, je ne pouvais plus. Je l’ai installée dans un Ehpad qui s’en est occupé mieux que moi, pour la toilette ou la faire manger. J’allais la voir tous les jours, mais les 15 derniers jours, son cerveau ne fonctionnait plus. Elle ne pouvait plus manger. Elle est partie rapidement." Pierrette C. rend son dernier souffle le 4 novembre à Blagnac. Elle avait 67 ans.

De l'avis de son mari, elle "était charmante et aimée de tout le monde." Dans un commentaire sur la page Facebook de France 3 Occitanie, une de ses anciennes collègues évoque une "sublime et exceptionnelle personne", "patiente'', "gentille" se donnant "corps et âme en laboratoire".

Le décès de Pierrette C. questionne et inquiète le milieu scientifique travaillant sur les prions. Ancienne technicienne de l'Inrae, elle a travaillé justement dans une unité de recherche installée à l'école vétérinaire de Toulouse sur cet agent pathogène responsable des encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST) ou maladies à prions. A-t-elle été contaminée dans son cadre professionnel ? 

Le refus d'Alain C. de déposer plainte

Chez elle, Pierrette C n'évoquait jamais ses conditions de travail, selon son mari. Ce dernier se rappelle très vaguement que son épouse lui a évoqué deux accidents survenus à son laboratoire, aujourd'hui au cœur des investigations sur sa contamination. "Cela reste flou pour moi. Je ne peux pas être affirmatifconcède à ce sujet Alain C.

Le retraité n'a plus de contacts avec l'école vétérinaire de Toulouse. "Ils ont envoyé un mot de condoléances, mais cela s’arrête là. Je leur avais envoyé un mail pour les avertir que Pierrette était atteinte de Creutzfeldt-Jakob. Je n'ai pas eu plus de réponse de leur part" rapporte-t-il.

Face à la nouvelle tournure des événements liés à la mort de sa femme, Alain C n'envisage pas de saisir la justice. "Si cela la faisait revenir, je le ferais, mais là, cela ne changera rien", estime-t-il. Il a d'ailleurs refusé que le corps de son épouse soit autopsié. Trop de démarches. Trop compliqué. Trop douloureux.

Durant toute leur vie, Alain et Pierrette C. aimaient voyager à l'étranger. Ils avaient en projet de profiter de leur retraite et partir visiter un peu plus la France. Mais la maladie de Creutzfeld-Jakob leur a "fait manquer encore dix bonnes années."

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