Covid : les associations de malades à risque restent vigilantes en Occitanie

Dans une tribune publiée dans le journal "Le Monde", plusieurs associations tirent la sonnette d’alarme. Selon elles, l’épidémie a "des conséquences dévastatrices" sur leurs adhérents, patients à haut risque en cas de contraction du Covid. Le point en Occitanie.

Service réanimation de l'hôpital de Purpan en avril 2020
Service réanimation de l'hôpital de Purpan en avril 2020 © J-P Duntze/FTV

Dialysés, greffés, atteints de cancers, de pathologies chroniques, rares, mentales, auto-immunes... Les associations qui les regroupent et aident face à leurs maladies dénoncent dans les colonnes du Monde, une absence de prise en compte des risques qu’ils encourent face à l’épidémie de Covid ou ses conséquences (saturation des hôpitaux).

Mais où sont les patients vulnérables, ceux qui meurent par centaines chaque jour, dans une indifférence croissante ?

"Mais où sont les patients vulnérables, ceux qui meurent par centaines chaque jour, dans une indifférence croissante ? Où sommes-nous, avec nos cortèges de soucis, de douleurs physiques et morales, d’inquiétudes, d’angoisses ? Où sommes-nous dans le système social citoyen qui est censé affronter cette grave crise ?"

L’accroche de la Tribune est sans détour. Premier grief des associations envers l’Etat et les services de santé publique : le manque de vaccins. "J’ai à peine quatre adhérents sur 50 qui ont pu se faire vacciner" se lamente Joël Romieu.

Où sont les vaccins ?

Le responsable d’"Alliance du Cœur" Sud-Ouest dénonce "une fumisterie". "Chez nous à Bordeaux, il y a un vaccinodrome mais sans vaccins". Les membres de son association souffrent de pathologies cardiaques avec des diabètes associés pour certains. Ils constituent donc des patients à haut risque.

Marie-Ange Léophonte et la Ligue 31 co-organisent la vaccination des patients atteints de cancer à l’Institut Universitaire du Cancer de Toulouse (Oncopole). Ce sont les oncologues qui y indiquent les patients prioritaires. "Il y en a eu une soixantaine de vaccinés hier. Après, c’est sûr qu’on n’en est pas encore au vaccinodrome pour patients atteints du cancer".

Opérations déprogrammées

"La réalité devant l’ampleur de l’épidémie dans certaines régions amène à déprogrammer des interventions pour des cancers qui nécessiteraient un passage en réanimation" est-il écrit dans la tribune nationale. Qu’en est-il chez nous ?

"A ma connaissance, comme lors de la deuxième vague, il n’y a pas de déprogrammation » relativise la directrice de la Ligue Contre le Cancer de Haute-Garonne. « Ce fut surtout lors de la première vague il y a un an qu’il y avait eu de l’attente et de l’incertitude" se rappelle Marie-Ange Léophonte.

Pour confirmer ce constat, le réseau régional de cancérologie Onco-Occitanie dispose de plusieurs indicateurs comme le nombre de dossiers examinés en commissions pluridisciplinaires (décidant du traitement) et un système d’alerte avec des correspondants dans les établissements de la région.

Aujourd’hui, on n’a pas de retentissement sur les nouveaux patients pris en charge pour des cancers

"Aujourd’hui, on n’a pas de retentissement sur les nouveaux patients pris en charge pour des cancers" assure Eric Bauvin. "Certes, il y a des déprogrammations mais pas pour les traitements en urgence ou les prises en charges initiales" explique le directeur du réseau régional de cancérologie.

Les patients atteints de cancer sont répartis en trois catégories. D’abord les prioritaires pour qui un retard d’intervention ou de traitement entraîne une perte de chance. Ensuite ceux qui peuvent voir un léger décalage de leur prise en charge. Et enfin ceux pour qui un report n’entraînerait aucun risque (une reconstruction par exemple).

Services de réanimation sous surveillance

Si en oncologie, la situation reste pour l’heure maîtrisée, elle commence à se tendre dans certains départements comme le Gard, l’Hérault ou les Pyrénées Orientales. Et là Eric Bauvin rejoint l’inquiétude des associations retranscrite dans la tribune :

"En cancérologie, les chirurgies lourdes nécessitent la mise à disposition de lits de réanimation en cas de besoin. Or les lits qu’on remplit aujourd’hui seront indisponibles dans les 15 jours à trois semaines qui arrivent". Le médecin de santé publique ne s’en cache pas : "plus la pression va augmenter, plus il faudra déprogrammer et plus il va falloir arbitrer".

Les adhérents d’"Alliance du Cœur" Sud-Ouest , eux aussi, sont pour l’heure suivis normalement dans les établissements médicaux où ils ont l’habitude d’aller. "Heureusement, aucun impact à ce niveau-là" souffle Joël Romieu.

Le plus grand risque aujourd'hui est sur le renoncement au soin

"Le plus grand risque aujourd’hui est sur le renoncement au soin" assure Eric Bauvin. "Au lieu d’aller voir leur généraliste, leur spécialiste ou d’aller passer une radio, certains se disent "mieux vaut que je reste à l’abri à la maison" relève le directeur du réseau régional de cancérologie.

"Entre mars et décembre dernier, nous avons eu 2500 exérèses (opérations) manquantes en Occitanie alors que comme chaque année on aurait dû en avoir plus "regrette le médecin spécialiste du cancer. "On a donc probablement des patients qui vont arriver à un stade plus avancé de la maladie ."

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