Féminicides : le scepticisme des associations face au discours du gouvernement

"Stop féminicide" : manifestation à Paris contre les violences faites aux femmes / © Sébastien Muylaert/MaxPPP
"Stop féminicide" : manifestation à Paris contre les violences faites aux femmes / © Sébastien Muylaert/MaxPPP

Dimanche 25 août, une jeune femme est décédée à Toulouse des suites de ses blessures, poignardée par son conjoint dans le hall d'un immeuble. Les associations d'aide aux femmes victimes de violences conjugales s'indignent et dénoncent le manque de moyens.

Par Corinne Carrière

Des moyens financiers et humains insuffisants

Selon la porte-parole de l’association Osez le féminisme 31, Alyssia Ahrabare, le budget d’aide aux femmes victimes de violences conjugales en France est largement insuffisant.
La porte-parole précise que depuis 2019, en France on compte un féminicide tous les 2,5 jours. Il y a urgence. Des dispositifs existent mais les moyens sont insuffisants.
Les policiers manquent de formation, les centres d’hébergements d’urgence ont des budgets de fonctionnement à la baisse et il y a un manque avéré de structures d’accueil, d’écoute de prise en charge et d’accompagnement.
Malgré les dispositifs existants, les signalements et le suivi des services de police ou encore les  procédures d’éloignements, le nombre des femmes qui meurent sous les coups de leurs conjoints ou ex-compagnons ne baisse pas.
L’association tire la sonnette d’alarme et attend des mesures concrètes. Elle doute des réponses qu’apportera le « Grenelle » consacré à la lutte contre les violences conjugales qui se déroulera le 3 septembre prochain à Paris.


Un « Grenelle » porté par la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa

Un "Grenelle" souhaité par les associations et annoncé par Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes. Un Grenelle dont l’objectif est de "construire des mesures encore plus efficaces, au plus près du terrain " pour venir en aide aux victimes de violences conjugales. Pour le moment aucune annonce n’a été faite sur la mise en place des moyens supplémentaires.
Un « Grenelle » qui va réunir les associations, les acteurs de terrains, les familles de victimes et les ministères concernés.
La secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa, a annoncé la mise en place d’une campagne de sensibilisation et une "consultation citoyenne ". Le président de la république Emmanuel Macron avait reconnu dans un communiqué "que la République n’avait pas su protéger ces femmes", les associations ne manqueront pas de lui rappeler.Chaque année, 219 000 femmes sont victimes de violences physiques de la part de leur compagnon ou ex-conjoint.


Le Grenelle de Marlène Schiappa, "encore du  blabla" pour de nombreuses associations


Le collectif national du Droit des Femmes Midi Pyrénées et l'association Osez le féminisme 31 disent avoir été écartées du "Grenelle".

Les associations sont sceptiques.
Alyssia Ahrabare (Osez le féminisme) espère que le gouvernement va engager une vraie politique de fond : "pour le moment nous n’avons eu que des effets d’annonces, espérons que lors de ce Grenelle, pour lequel nous n’avons toujours pas reçu d’invitation, le budget d’aide aux femmes victimes de violence sera conséquent, à la hauteur de la problématique ".

Elle précise qu'il faut arrêter les opérations de communication et mettre en place un véritable plan d’action. En Europe des dispositifs fonctionnent, l’Espagne a débloqué un budget total d’un milliard d’euros à l’éradication des violences contre les femmes.

Isabelle Prono, responsable du collectif national des droits des femmes en Midi-Pyrénées, n'y croit pas non plus :

il y avait plus urgent à faire, déjà si la loi était appliquée notamment concernant l’éloignement des conjoints violents, ce serait déjà ça ! Il y a un réel problème en France : pourquoi les magistrats n’appliquent-ils pas les textes ? Tant que l'on considèrera les féminicides comme des crimes passionnels, on n'arrivera pas à protéger ces femmes.


 
Manifestation femmes contre le terme crime passionnel devant le tribunal de Toulouse en janvier 2019 / © Thierry Bordas/MaxPPP
Manifestation femmes contre le terme crime passionnel devant le tribunal de Toulouse en janvier 2019 / © Thierry Bordas/MaxPPP


Selon le collectif, le gouvernement pourrait agir très rapidement en mettant des moyens humains et financiers. "Le Grenelle c’est du blabla, Marlène Schiappa c’est la reine de la communication mais il y a mieux à faire : des mesures d’éloignement, pérenniser les centres d’hébergement d’urgence, faire de la prévention et aider les associations".


Associations, le combat ne faiblit pas

Le collectif toutes en grève organise plusieurs événements :
  • Le 31 août prochain au Pont Saint-Pierre à 11 heures, un hommage sera rendu aux victimes de féminicides
  • Un rassemblement est également prévu le 3 septembre prochain, journée du lancement du Grenelle, au métro Jean-Jaurès à 19 heures.
Mercredi 4 Septembre , entre 12H et 14h , reprise de la Ronde des Femmes en colère

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