Grève Tisséo à Toulouse. Ce qu’il faut savoir de la sous-traitance de certaines lignes pour comprendre la grogne

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Écrit par Sylvain Duchampt
Tisséo prévoit à l'horizon 2030 de confier 30% de son réseau de bus à des entreprises privées.
Tisséo prévoit à l'horizon 2030 de confier 30% de son réseau de bus à des entreprises privées. © FREDERIC CHARMEUX/LA DEPECHE DU MIDI/MAXPPP

Le mouvement de grève des agents de Tisséo touche le réseau de bus de Toulouse et son agglomération depuis maintenant quatre jours. Annoncé jusqu'au vendredi 8 octobre, ce mouvement pourrait se prolonger. Au coeur de ce mouvement social : la sous-traitance du réseau de transports en commun.

Selon les syndicats, les négociations avec la direction de Tisséo sont actuellement "au point mort". "La grève doit durer jusqu'au vendredi 8 octobre. Nous verrons pour la suite dans les prochaines heures" explique Frank Delpérier du syndicat FNCR-Tisséo. Au coeur des discussions : la part de sous-traitance au sein du réseau de transports publics. 

31% de sous-traitance d'ici 2030

"Sept lignes devaient être confiées au cours des prochaines années à des entreprises privées, détaille le représentant syndical. Finalement, nous avons réussi à obtenir qu'il n'y ait pas plus de cinq lignes."

Peu d'usagers le savent mais, en 2021, 24% des lignes régulières de Tisséo sont déjà assurées par des compagnies privées. Le réseau de transports en commun de Toulouse et sa région veut faire passer ce chiffre à 31% d'ici 2030.

L'explication de cette évolution est à aller chercher dans un rapport de la Chambre régionale des comptes d'Occitanie de 2019. En premier lieu, la juridiction administrative financière constate qu'au cours des prochaines années la contribution des collectivités connaitrait une forte hausse, notamment pour Toulouse Métropole. La Chambre met en avant l'"aléa fort" que représente "le coût final de la troisième ligne de métro". Et de souligner : "Tel qu’il se présente, ce plan de financement prévisionnel n’est pas dénué de risques et d’incertitudes, et doit être stabilisé."

Face à ces craintes, Tisséo a mis en avant deux mesures :

  • Une baisse du coût d'exploitation du réseau. Le coût de production par kilomètre pour des dessertes assurées par Tisséo serait deux fois supérieur à celui de ses sous-traitans. (4,91 euros/ kilomètre pour Tisséo, 2,25 euros/kilomètre par ses sous-traitants selon Tisséo Collectivités dans le rapport de la Chambre régionale des comptes). Tisséo espère une "amélioration de la productivité" pour y parvenir.
  • Une gestion plus large d'une partie du réseau par des prestataires privés. Dans un document, ci-dessous, transmis aux élus de la Métropole, Tisséo estime que cette mesure permettrait "une économie totale de 35,3M € sur la période 2021-2030".

Etude de soutenabilité budgétaire Tisséo - 18 mai 2021 by France 3 Tarn on Scribd

 

Même travail, conditions sociales différentes

L'inquiétude des syndicats est qu'à terme l'ensemble du réseau de bus ne soit confié à la sous-traitance. "Il ne nous restera que le métro et le tram" pense Frank Delpérier. Mais ce qui inquiète également le représentant de FNCR-Tisséo, ce sont les conditions sociales des salariés de ces entreprises privées : "ils ont des conventions collectives différentes de la notre, souligne le syndicaliste. Payés au Smic, avec des amplitudes horaires plus large." De quoi poser question, à moyen et long terme, sur les conditions de travail des salariés de Tisséo.

 

Il y a également la qualité du service rendu aux usagers. Sur le piquet de grève de Colomiers, nous avons distribué des tracts à des chauffeurs de ces sous-traitants. L'un d'entre-eux ne nous comprenait pas. Il ne parlait pas français. Ce n'est pas possible

Frank Delpérier, syndicat FNCR-Tisséo

Les agents de Tisséo doivent voter, ce jeudi 7 octobre 2021, le prolongement ou non de leur mouvement de grève.

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