"Mépris" et "maltraitance institutionnelle" : un service d'hôpital s'occupant des patients sortant de réanimation ou victimes d'AVC crie sa détresse

Depuis lundi 26 février 2024, et pour une durée indéterminée, les membres du service de médecine physique et réadaptation du CHU de Toulouse sont en grève. Entre manque de moyens, mise en danger des patients, et "maltraitance institutionnelle", les revendications sont nombreuses, dans un service qui se dit "oublié".

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« Nous sommes ce personnel oublié, nous sommes les méprisés, nous sommes épuisés », ainsi s’ouvre la lettre ouverte, publiée par le personnel du service de médecine physique et de réadaptation du CHU de Toulouse, adressée à la direction. 

Le long de trois paragraphes, les auteurs décrivent un service au bord de la rupture, qui manque de moyens humains, financiers, et qui par-dessus tout les pousse « à mettre nos patients en dangers ». Ici, on accueille des patients sortant de réanimation, victime d'AVC ou de traumatismes crâniens. 

Ce mercredi 28 février, ils sont une vingtaine de grévistes à avoir débrayé le temps de quelques minutes, devant l'entrée de l'hôpital Rangueil. Loin d'être un hasard. C'est ce même jour que le service de médecine physique et réadaptation (SMPR) - le seul de la région Occitanie -  doit déménager, pour aller prendre ses quartiers à l'hôpital de Purpan. 

Un choix de la direction, loin de faire l'unanimité au sein du service. "Dans nos nouveaux locaux, il y a des fuites d'eau, et certaines pièces ne sont pas adaptées. Nos chariots de douche ne rentrent pas dans les chambres. Il y en a même une où le lit ne passe pas la porte", déplore-t-on du côté du personnel.

Philippe Marque, professeur et chef de service en médecine physique, n'a pas la même vision. "On est dans un moment où on a une grande reconnaissance. On va avoir des locaux tout neufs, avec de l'équipement haut de gamme, moderne. Nous sortons d'une infrastructure inadaptée, là c'est un projet enthousiasmant."  

La direction surrenchérit dans un communiqué, vendant "des équipements innovants : robot de marche, espace de simulation, réalité virtuelle..."

Une « maltraitance institutionnelle »

Au cœur des problématiques soulevées, une expression revient en boucle : la maltraitance institutionnelle. Envers les patients, mais aussi le personnel. 

« Il s’agit de maltraitance institutionnelle lorsqu’un personnel se retrouve seul à exercer un poste de deux personnes, à devoir surveiller trois patients trachéotomisés sous ventilation artificielle en plus des vingt autres. […] ll s’agit de maltraitance institutionnelle lorsque certains d’entre nous finissent de réaliser la toilette des patients à treize heures alors que c’est l’heure où nous sommes censés quitter notre poste.»

Depuis plus d'un an, au sein du SMPR, on assure travailler en sous-effectif. "On a eu le départ non remplacé de quatre infirmières. Résultat aujourd'hui, on doit chacune gérer trois patients sous respirateur, plus dix patients en rééducation. Comment voulez-vous faire un travail de qualité ?

"Au mois de novembre on a eu un décès dans le service, explique-t-on dans les couloirs. C'était prévisible, il aurait dû partir en soins palliatifs. Mais les bonnes conditions n'étaient pas réunies. C'est très traumatisant à vivre pour nous. On n’est pas censé avoir de décès dans un service de réadaptation."

Avec le déménagement, la crainte de voir la charge encore s'alourdir est plus présente que jamais. Car la direction prévoit d'ouvrir six lits. Mais au CHU on tempère : "L'ouverture de six lits supplémentaires est prévue pour septembre 2024, lorsque les recrutements seront réalisés, et l'effectif nécessaire ainsi atteint. [...] Ces actions de recrutement vont permettre également de pourvoir les 4 postes vacants au sein de la MPR".

Le statut de "soin critique"

Parmi les revendications, outre le besoin de recrutement, c'est la reconnaissance du statut de service de "soin critique" qui est très attendue. "Ça nous permettrait, au même titre que le personnel des services de réanimation, d'avoir plus de normes, sur le nombre maximum de patients par infirmière par exemple, assure-t-on dans les couloirs du service. On toucherait aussi une prime mensuelle de 118 euros brut. Ce n'est pas énorme, mais ça participe à la reconnaissance de notre métier, aujourd'hui complètement dévalorisé."

Du côté de la direction de l'hôpital, on assure que c'est l'Etat qui décide de ce statut, et non le CHU ou l'ARS : "Les unités de réadaptation post-réanimation ne sont pas concernées par l'atribution de cette prime. [...] Les patients admis dans ce secteur sont stables et ne nécesssitent pas de soins de réanimation ou ni de surveillance critique."

Le personnel réclame aussi l'accès à des formations, régulièrement annulées selon eux, justement par manque de personnel. "Moi ça fait quatre ans que je suis dans le service, lance une infirmière, je n'ai toujours pas été formée à la gestion des patients sous respirateur artificiel. On apprend sur le tas."

Ce à quoi la direction répond que les aides soignants et infirmiers ont bénéficié d'une vingtaine de formations en interne par an "dispensées par l'équipe médicale du service, qui figure parmi les meilleurs spécialistes français de la discipline." 

Une analyse du management

« Monsieur le directeur, vous nous faites subir l’innommable », peut-on lire dans la lettre ouverte du personnel. Au CHU, les représentants syndicaux ont finalement obtenu, auprès de la justice, le droit de mener une analyse du management de la direction. "Un cabinet se chargera de l'étude sur les méthodes d'encadrement dans les prochaines semaines, assure Julien Terrié, secrétaire CGT au CHU. On a hâte d'avoir les résultats." 

En attendant, au service de médecine physique et réadaptation, on poursuit le déménagement des patients et des équipements vers Purpan. "On a débrayé ce mercredi, mais sinon on ne peut pas se mettre ne grève, on est assigné par la direction de l'hôpital."