Merah : onze jours qui ont propulsé la France dans l'ère du jihadisme sanglant

En sept morts et onze jours, du 11 au 22 mars 2012, Mohamed Merah a fait entrer la France, alors en pleine campagne présidentielle, dans l'ère du jihadisme sanglant.

Des anonymes rendant hommage aux victimes de Mohammed Merah devant l'écorle Ohr-Torah en mars 2012
Des anonymes rendant hommage aux victimes de Mohammed Merah devant l'écorle Ohr-Torah en mars 2012 © AFP

11 mars 2012 : un fait divers toulousain local

Ce dimanche, le sergent-chef Imad Ibn-Ziaten, 30 ans, originaire de Rouen, patiente sur un parking désert de Toulouse. Il attend de vendre sa moto à un acheteur qui a répondu à son annonce sur leboncoin.fr. Peu après 16H00, un puissant scooter arrive. Caméra GoPro fixée sur la poitrine, son pilote brandit une arme de poing et lâche: "T'es militaire?". Il ordonne à Imad Ibn-Ziaten de se coucher, le militaire refuse. Il est abattu d'une balle dans la tête.
Les enquêteurs évoquent un règlement de comptes ou une affaire privée. Ils sont à mille lieues de la piste islamiste. Cet assassinat est encore un fait divers local.


15 mars: un "tueur de paras"

Des soldats en uniforme du 17ème régiment de génie parachutiste de Montauban sont devant un distributeur proche de leur caserne quand, peu après 14H00, surgit un scooter noir. Visage dissimulé par un casque intégral, son pilote fait feu à l'arme automatique. Le caporal Abel Chennouf, 25 ans, et le 1ère classe Mohamed Legouad, 23 ans, sont tués. L'un d'eux tente de s'échapper en rampant. Il est achevé d'une balle dans la tête. Le 1ère classe Loïc Liber, 27 ans, est grièvement blessé. Le tueur, équipé d'une GoPro, fait le signe trois, laisse tomber un chargeur et prend la fuite en criant "Allah Akbar". 
Le 16, les doutes tombent: la même arme a été utilisée à Toulouse et Montauban. La traque du "tueur de paras" s'engage, sous intense pression médiatique. La PJ toulousaine reste saisie. Un militaire est brièvement gardé à vue. Publiquement, la piste islamiste reste hypothétique, mais sans le dire, les enquêteurs la privilégient.


19 mars: le choc mondial

Un scooter s'engage rue Jules-Dalou, à Toulouse. Il est environ 08H00, et cette voie étroite est encombrée des voitures déposant les enfants à l'école juive Ozar Hatorah. Le pilote ouvre le feu, son Uzi s'enraye, il prend une autre arme. Professeur en religion, Jonathan Sandler, 30 ans, et ses fils, Gabriel, 3 ans, et Arié, 5 ans, sont abattus. Merah rentre dans la cour, saisit par les cheveux Myriam Monsonégo, 8 ans, et l'exécute. Un adolescent est grièvement blessé. La scène est fixée sur la GoPro de l'assassin.

Le "tueur de paras" devient le "tueur au scooter". Nicolas Sarkozy évoque sur place une "tragédie nationale". Claude Guéant délocalise l'Intérieur à la préfecture de Toulouse. La campagne présidentielle est suspendueLe parquet antiterroriste se saisit de l'enquête. Le niveau Ecarlate du plan Vigipirate est déclenché, une première. Une ambiance crépusculaire s'installe dans les rues désertées de Toulouse.  

Le public ne le sait pas, mais les enquêteurs ont un nom depuis la mi-journée: Mohamed Merah. Ce délinquant franco-algérien radicalisé de 23 ans, membre d'une famille salafiste du quartier des Izards, est connu pour être passé dans les zones pakistano-afghanes. Les enquêteurs sont remontés à lui
par le scooter et l'annonce sur leboncoin.fr. 
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21 mars: 32 heures de siège en "Mondovision"


Merah a été repéré dans un appartement du quartier de la Côte Pavée. L'immeuble est cerné, ce qui n'empêche pas Merah d'en sortir et d'y revenir sans être repéré. A 03H00, les policiers du Raid se mettent en position, le pensant endormi. Quand ils défoncent la porte, le jihadiste ouvre le feu.

Un siège interminable commence, suivi par les médias internationaux dans une tension terrible. A 07h00, un dialogue s'engage entre les policiers et Merah. Il explique qu'il projetait d'autres tueries, se décrit en "combattant d'Al Qaïda", d'un ton parfois badin. Il indique où est le box où est entreposé son scooter, laisse miroiter une reddition. Il voulait s'accorder du répit "pour mieux nous affronter", racontera le chef du Raid. En fin de soirée, il rompt tout contact, se retranche dans le bac de sa douche. Les policiers envoient toute la nuit des grenades assourdissantes. Merah attend.

Le matin du 22 mars, Claude Guéant suggère qu'il est peut-être mort. Vers 11H30, l'assaut est donné, Merah surgit, tire plusieurs minutes. Jusqu'à ce qu'une balle ne le fauche sur le balcon de son appartement. Il aura été touché par une vingtaine de balles avant de mourir.


29 mars: un enterrement sous haute surveillance

Survolés par un hélicoptère, une trentaine de jeunes hommes, visages parfois dissimulés, sont réunis en fin d'après-midi dans le carré musulman du cimetière de Cornebarrieu, près de Toulouse. A 19H20, ils quittent les lieux, des "Allah Akbar" s'élèvent. Ils laissent un petit monticule de terre anonyme. Les autorités veulent éviter que l'endroit devienne un lieu de pélerinage. Mais Merah va devenir une référence dont se réclameront les jihadistes français qui suivront sa voie sanglante.
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