Pour le criminologue Alain Bauer, la série de morts à l'arme blanche à Toulouse n'est “sans doute pas exceptionnelle”

Le professeur de criminologie Alain Bauer / © MaxPPP
Le professeur de criminologie Alain Bauer / © MaxPPP

Pour le professeur de criminologie Alain Bauer, interrogé par France 3, la série de meurtres à l'arme blanche à Toulouse ne révèle pas une violence propre à la ville mais est plutôt le révélateur des pulsions humaines et du phénomène d'augmentation des atteintes violentes aux personnes. 

Par Fabrice Valery

Après la mort d'un jeune de 21 ans dimanche à Toulouse, qui porte à 4 le nombre de tués à l'arme blanche depuis 2011 à Toulouse, nous avons choisi d'interroger le professeur de criminologie Alain Bauer. Pour lui, cette "série noire" rappelle que le couteau est l'arme de prédilection depuis toujours mais aussi que le phénomène de violence augmente dans la société française depuis plus de 20 ans. En revanche, il ne trouve pas exceptionnel ce phénomène dans une grande ville où la population croit régulièrement. 

France 3 Midi-Pyrénées : comment interpréter l'usage de l'arme blanche et le passage à l'acte qui semble de plus en plus rapide ?
Alain Bauer : L'arme blanche est l'arme naturelle de protection des individus et le surinage, le fait de donner des coups de couteau, est l'élément qui a permis l'affirmation des bandes de jeunes depuis que le couteau existe. La possession d'un couteau, quel qu'il soit, un petit Opinel, un Nontron ou un Laguiole, est un élément d'affirmation à la fois de son existence, de son identité ou de sa virilité.

Que disent les statistiques dans ce domaine ?
Le surinage avait beaucoup baissé parce que la tentation violente et homicide au cours des derniers siècles avait rencontré un processus de civilisation notamment dans l'espace urbain et donc le niveau de violence et de mortalité a beaucoup baissé y compris ces 3 dernières années où le taux d'homicide est tombé à son niveau le plus bas historique depuis que l'on fait des statistiques par rapport au nombre d'habitants. Il y a seulement une petite augmentation des actes et des tentatives, qui montre là un problème particulier sur l'art et la manière de régler ses comptes avec violence et l'instrument le plus utilisé c'est le couteau, la machette, la batte de baseball ou la barre de fer et beaucoup plus rarement l'arme à feu !

Les jeunes hommes sont en général plus violents que les vieilles dames"


Et ce sont les jeunes les plus concernés, du côté des victimes ou des auteurs, et la plupart du temps pour des motifs futiles ?
Ça a toujours été comme ça. Les jeunes hommes sont en général plus violents que les vieilles dames ! Toute la grille de la criminalité depuis qu'on enregistre des crimes et des criminels et que l'on regarde qui ils sont, nous montre une sur-représentation des gigantesques des 15-30 ans et une sous-représentation massive des 65-90 ans. 9 criminels sur 10 sont des hommes avec donc une sous-représentation des femmes même si leur nombre commence à augmenter par un effet étrange de la parité. Quant aux motifs, ils sont liés à la présence d'hormones mâles des juvéniles qui les incite à montrer que ce sont des vrais hommes plutôt que de palabrer pour tenter de trouver une solution amiable. Cette tension sociale avait connu une décroissance gigantesque avant d'avoir une reprise au cours des dernières années avec l'augmentation massive des violences physiques car ça fait quasiment 20 ans qu'il y a une explosion exponentielle des atteintes aux personnes : on est passé de moins de 100.000 personnes agressées par an à presque 500.000 entre 1994 et 2013. C'est un renversement de tendance mais qui va rarement jusqu'à l'homicide.

La concentration de tels événements sur un courte période les rend plus visibles"


On peut parler de série noire à Toulouse ? 
On verra les statistiques quand la période sera achevée et que l'on pourra véritablement travailler sur les chiffres. Si vous regardez le nombre d'agressions ou d'homicides à l'arme blanche sur Toulouse ces 20 dernières années, vous découvrirez avec stupéfaction qu'il y a eu un pic dans les années 90, suivi d'une longue descente, suivie d'accidents statistiques relatifs. Le fait d'avoir 4 jeunes morts par arme blanche, à Toulouse ville étudiante, et par rapport à la population de la ville et de la métropole qui a énormément grandi n'a sans doute rien d'exceptionnel : la statistique est à peu près stable même si la concentration de tels événements sur un courte période les rend plus visibles. 

Propos recueillis par Fabrice Valéry.

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