Quand la saucisse de Toulouse s'invite au G7 et provoque une tension entre Londres et l'Union Européenne

Difficile à croire et pourtant, la saucisse de Toulouse a été l'objet d'un échange étrange puis tendu entre le Premier ministre britannique et le président français. Boris Johnson a utilisé cet exemple de la gastronomie toulousaine pour appuyer ses arguments, laissant Emmanuel Macron... perplexe.

La saucisse de Toulouse, guest star du G7 ?
La saucisse de Toulouse, guest star du G7 ? © Remy Gabalda/AFP

On connaissait déjà le roquefort, objet d'un bras-de-fer entre la France et les Etats-Unis et voilà qu'une autre spécialité occitane, la saucisse de Toulouse vient jouer la pomme de discorde au sommet du G7.

C'est le Premier ministre britannique, Boris Johnson lui-même, qui a lancé la polémique en pleine discussion sur les conséquences du Brexit en Irlande du Nord. Le gouvernement britannique s'inquiète particulièrement de l'entrée en vigueur en juillet de règles empêchant l'envoi en Irlande du Nord de viande réfrigérée et voudrait selon la presse britannique la reporter de manière unilatérale.

"A Toulouse, il y a des saucisses, non ?"

Boris Johnson a évoqué le sujet samedi 12 juin lors d'une série d'entretiens avec le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, et les chefs de l'UE Ursula von der Leyen et Charles Michel. Et selon l'entourage du président français, le Premier ministre britannique lui a dit : "A Toulouse, il y a des saucisses, non ? Et bien c'est comme si les saucisses ne pouvaient plus être vendues sur les marchés parisiens".

Emmanuel Macron a été étonné, et lui a dit "qu'il n'était pas convenable de comparer des situations qui n'étaient pas comparables" car Toulouse faisait partie du même "territoire" alors que ce n'est pas le cas de l'Irlande puisqu'il y a une mer entre eux", a précisé la même source.
"La discussion était tendue", a-t-elle précisé. "On s'attendait à parler des enjeux du G7, il n'a été question que de la saucisse de Toulouse, ce que le président a trouvé dommage".
Selon le Times et le Telegraph, le président français aurait rejeté la comparaison du dirigeant britannique en expliquant que "Paris et Toulouse font partie du même pays".

"Un peu de respect"

Cela aurait rendu furieux Boris Johnson et aurait entraîné sa menace, formulée à la télévision britannique, d'invoquer l'article 16 du "protocole nord-irlandais" permettant de passer outre certaines dispositions du texte. Les Britanniques n'ont pas du tout goûté les propos du chef de l'Etat français. Sur Sky News, le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab a lui critiqué les "très hauts responsables de l'UE qui parlent de l'Irlande du Nord comme si c'était un pays distinct du Royaume-Uni, ce n'est pas seulement insultant, cela a des effets concrets sur les communautés".

"Vous vous imaginez ce qui se passerait si on parlait de la Catalogne, de la partie flamande de la Belgique, d'un Land allemand, de l'Italie du Nord, de la Corse pour la France comme de pays différents? Il faut un peu de respect", a-t-il dénoncé.

Londres accuse Bruxelles d'adopter une "approche trop puriste" sur l'application du protocole nord-irlandais. Face à ces tentatives d'assouplir les règles unilatéralement, l'UE a signifié qu'elle n'hésiterait pas à prendre des mesures de rétorsion, comme des droits de douanes ciblés.
Signe de l'ambiance entre Londres et Bruxelles après le Brexit, selon une source européenne, les Britanniques ont refusé que soit dressé le drapeau européen dans les salles du G7.
   
Le nouveau chef de file du principal parti unioniste nord-irlandais (DUP), Edwin Poots, a qualifié d'"insultante" la "suggestion par Emmanuel Macron que l'Irlande du Nord ne fait pas partie du Royaume-Uni".

Moralité : diplomatie et gastronomie ne font pas forcément bon ménage. Illustre précédent, on se souvient de la plaisanterie de Jacques Chirac au Premier ministre Tony Blair à Londres, lors d’un sommet franco-britannique. Le président français lance : "La cuisine anglaise au début, on croit que c’est de la merde et après, on regrette que ça n’en soit pas", phrase extraite d'un célèbre sketch de l'humoriste Jacques Bodoin dans les années 60, sur la panse de brebis farcie, faisant disparaître brusquement le légendaire sourire de Tony Blair...

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