Rentrée scolaire. Une école pour enfants sourds près de Toulouse victime de son succès

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Écrit par Ophélie Le Piver .

Près de Toulouse, des parents d’enfants sourds se mobilisent après le refus de leurs enfants à l’école de Ramonville-Saint-Agne. La commune reconnue pour son Pôle d’Enseignement des Jeunes Sourds est victime de son succès et ne peut plus accueillir davantage d'élèves. Les élèves sont désormais réorientés vers l'école de Rangueil.

Entre deux rendez-vous avec la mairie de Ramonville et le rectorat de Toulouse, cette mère de famille ne décolère pas. “Chacun se renvoie la balle et personne n’est capable de nous informer correctement”, déplore-t-elle. Sa fille Elisa, doit faire sa rentrée en classe de CM2. Elisa est sourde, et sa maman a déménagé de Lille cet été pour lui assurer la meilleure scolarité possible. “Je souhaitais offrir à mon enfant un parcours en langue des signes sur toute sa scolarité”, raconte-t-elle.

Avec une amie, elle aussi mère d’une enfant sourde, elles décident ensemble de quitter le Nord pour Ramonville, l’une des rares communes à proposer une classe en langue des signes, de la maternelle à la primaire. “Nous sommes venus visiter l’école en février, et en juin, nous avons été informés qu’Elisa était sur liste d’attente car nous n’avions pas d’adresse à Ramonville”, se souvient Clémence Couture, la mère d’Elisa. “Mais j’ai déménagé à Ramonville dans l’été, et j’y ai même trouvé un travail. Finalement, en juillet, nous avons appris qu’il n’y avait plus de place pour ma fille.” 

Les classes bilingues de Ramonville victimes de leur succès

D’après l’APES 31, l’Association des Parents d’Enfants Sourds de la Haute-Garonne, 4 familles et 6 enfants se trouveraient dans la même situation. 

Les écoles de Ramonville (maternelle et élémentaire) sont les seules sur l’ensemble du rectorat de Toulouse à proposer des classes bilingues. Les enfants sourds sont intégrés dans une école “classique” mais suivent leurs cours ensemble, en langue des signes, jusqu’au bac. “Il n’y a que quelques villes en France qui proposent ces PEJS, ces Pôles d’Enseignement des Jeunes Sourds”, témoigne Etienne Barthélémy, le secrétaire de l’APES 31. “Depuis quelques années, le nombre d’enfants à vouloir intégrer ce pôle ne cesse d’augmenter, les parents viennent de toute la France. La ville a voulu limiter ce nombre et ce sont nos enfants qui en paient le prix.” 

Accueillir tous les enfants à Ramonville, parce que les parents le demandent ne serait bon, ni pour leur sécurité, ni pour leur niveau pédagogique.

Mostafa Fourar, recteur de l’académie de Toulouse

Face à cet afflux constant, la mairie de Ramonville a signé une convention avec le rectorat, limitant à 56 le nombre d’enfants sourds accueillis dans les deux écoles (maternelle et élémentaire), et pour cette rentrée 2022, 62 enfants sont déjà inscrits. "A l'origine, ce pôle d'enseignement ne devait accueillir que 36 élèves", tempère Christophe Lubac, le maire de Ramonville-Saint-Agne. "Face à l'afflux des demandes, nous avons monté notre capacité d'accueil à 56 places mais nous ne pouvons aller au-delà. Le pôle regroupe déjà un tiers des élèves, nous ne souhaitons pas nous transformer en établissement spécialisé, mais bien travailler sur l'inclusion des enfants sourds, ce qui n'est possible qu'en conservant un certain équilibre."

Une position partagée par le rectorat. "Nous faisons face à une inflation des demandes cette année", réagit Mostafa Fourar, le recteur de l’académie de Toulouse. "Mais nous devons limiter notre capacité d'accueil afin d'accueillir ces enfants dans les meilleures conditions."

Un manque de structure d'accueil en France

Une situation que refuse les familles de ces enfants pour qui l'école est la meilleure option. “Nous n’avons aucune autre solution qui soit équivalente dans la région", s’indigne Etienne Barthélémy. "Une scolarité dans une classe classique avec un interprète est très difficile à suivre pour un enfant et l’envoyer dans un établissement médico-social n’est pas adéquat, ils n’ont pas besoin de soins mais de suivre des cours dans leur langue.”

Comme Clémence Couture, nombreux sont les parents à quitter leur famille et emploi et à traverser la France pour bénéficier de ce dispositif unique. Certaines familles viennent même d'autres pays d'Europe. "Le vrai problème, c'est que les autres académies n'aient pas de PEJS (Pôles d’Enseignement des Jeunes Sourds), mais nous ne pouvons pas accueillir toute la France", déplore le maire de Ramonville-Saint-Agne. "Je me bats depuis de nombreuses années pour développer ce dispositif dans d’autres écoles."

La création d’un nouveau PEJS à Rangueil ? 

Face à cette situation, le rectorat a décidé d'implanter un dispositif LSF (Langue des Signes Française) au sein de l'école de Rangueil (une commune limitrophe). "Ce dispositif est construit, notamment, autour d’une enseignante titulaire d’un diplôme en LSF et de 2 AESH maitrisant la LSF", a indiqué le rectorat. 

Mais cela ne satisfait pas les familles concernées pour qui cette solution n'est pas équivalente au système mis en place à Ramonville. Elles déplorent également un éclatement de leurs fratries. Pendant que leurs enfants sourds sont envoyés à Rangueil, leurs frères et sœurs, sont accueillis à l’école de Ramonville. 



Les parents de ces élèves ainsi que l’APES 31 se mobilisent contre cette situation. Le rendez-vous est donné ce jeudi 1er septembre devant la mairie de Ramonville à 8h45.

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