Toulouse : le doyen de la faculté de médecine s'explique sur les reproches formulés par les premières années

Nombreux sont les témoignages d'étudiants et même de familles à dénoncer la réforme de la première année de médecine. Nous avons interrogé le doyen de la faculté de Toulouse sur les principaux aspects qui posent problème. 

Les étudiants en première année de médecine inaugurent une formule nouvelle. La première année commune aux études de santé (PACES) fait place désormais à différents parcours : une licence avec une option "accès santé" (LAS) ou un parcours spécifique "accès santé", avec une option d'une autre discipline (PASS). Objectif : permettre à des étudiants de tous horizons d'accéder à ce cursus. Mais la réforme passe mal pour beaucoup de primants (ceux qui ont passé leur bac l'an dernier, en opposition aux redoublants). Elie Serrano, doyen de la faculté de médecine, a accepté de répondre à nos questions.

Les étudiants dénoncent le fait qu'il y ait moins de places pour eux, les primants, cette année. Est-ce le cas ?

C'est l'inverse. Nous avons augmenté de 20% les capacités d'accueil. Nous avons au total 594 étudiants, primants et redoublants, qui sont admis en deuxième année. Parmi eux, 112 PASS et 48 LAS en médecine, ces derniers viennent d'autres filières et ont choisi une mineure (une option renforcée) santé. Nous avons, dans les faits, doublé le taux de réussite des primants de cette année comparativement aux années précédentes. L'échec n'est pas plus massif, au contraire.

Jusqu'à présent, le numerus clausus était fixé à 280 en filière médecine. Aujourd'hui, on est à plus de 330 (160 PASS+ LAS et 170 redoublants). Les capacités d'accueil ne sont pas extensibles. Elles sont fonction des besoins du territoire et de nos possibilités en termes de formation. Cette augmentation significative va se poursuivre dans les prochaines années. Nous allons passer à plus de 400 étudiants dans 5 ans.

Pourquoi cette année les étudiants ne peuvent-ils plus redoubler ?

La réforme est nationale. Sans doute a-t-elle été mal comprise. La période est difficile et la distanciation ne facilite pas les choses, les informations circulant par mail. Cette réforme est un peu compliquée avec le corollaire que l'étudiant (à leur demande mais aussi à celles des familles) ne doive pas redoubler pour ne pas perdre de temps dans sa formation.

L'objectif est également d'ouvrir cette formation. Désormais, il y a un PASS et de multiples LAS pour diversifier le profil des étudiants. Nous avons, par exemple, besoin de médecins qui soient aussi des informaticiens. L'enjeu, pour le ministère, est d'ouvrir cette filière. Mais ce n'est pas parce qu'il n'y a plus de redoublement qu'il n'y a pas de deuxième chance.

Un étudiant qui échoue en première année peut-il se représenter ?

Les étudiants inscrits en PASS ont fait le choix d'une mineure, une option donc, dans une autre université, en histoire, en droit ou encore en sciences... S'ils ne sont pas pris en deuxième année en raison du quota, mais qu'ils ont validé leur première année avec une moyenne de 10, ils vont pouvoir continuer dans leur mineure en 2ème année. S'ils la valident avec 10 de moyenne, ils pourront se présenter devant le jury d'accès en 2ème année d'étude de santé.

Il s'agit d'un oral sur les motivations et les compétences qui leur permettra de réintégrer médecine en deuxième année. Les deuxièmes chances, seront de vraies deuxièmes chances. Mais il ne faut pas oublier que c'est un concours même s'il n'en porte pas le nom. C'est tout aussi difficile qu'avant. Mais comme avant, il y a une deuxième chance. Il faut qu'ils continuent à travailler dans leur mineure et ils pourront intégrer la deuxième année. Pour les étudiants en LAS, c'est le même esprit : ils auront des cours à rattraper mais nous sommes en train de nous organiser pour les soutenir. 

Les étudiants ont cette année l'impression d'être désavantagés par rapport aux redoublants. Est-ce vrai ?

En PACES, avant la réforme donc, les étudiants qui majoritairement réussissaient en doublant et qui n’étaient pas pris en deuxième année d’études de santé, perdaient généralement le bénéfice des deux années universitaires. 

En PASS, les étudiants ayant validé leur année mais non admis en MMOP (Médecine-Maieutique-Odontologie-Pharmacie) peuvent directement accéder en 2ème  année de la licence correspondant à leur mineure. Ils pourront candidater à MMOP une nouvelle fois, soit à la fin de leur L2,  soit en L3, tout en n’ayant pas à repasser une mineure santé car la validation du PASS entraine l’équivalence de la mineure santé. 

Quant aux étudiants ayant validé une LAS 1, ils peuvent candidater en MMOP. S’ils ne sont pas admis, ils pourront candidater à nouveau en LAS 2 ou en LAS 3.

Le problème est que beaucoup d'étudiants ont choisi "sciences" comme mineure en pensant faire de la bio ou de la physique, or ils se retrouvent contre leur gré en informatique... 

Il y a parfois des couacs. Je suis doyen de la faculté de médecine et je ne savais pas moi-même qu'en choisissant "sciences", ils n'auraient pas des enseignements portant sur toutes les formations scientifiques. Je ne gère pas le programme de la mineure. Nous avons eu beaucoup de remontées sur cette problématique. Le directeur de la faculté des sciences reçoit tous les jours des mails à ce sujet.

Ça ne va pas et il faut changer cela au moins pour l'année prochaine. C'est à la fac de sciences de prendre la mesure de cette colère. Pour ma part, je l'entends, je la comprends mais je n'ai aucun poids sur ceux qui organisent ces séminaires.

Les étudiants dénoncent un manque d'informations à Toulouse particulièrement : ils n'ont eu connaissance du quota d'étudiants acceptés en 2ème année que la semaine dernière par exemple...

Ce n'est pas vrai. On communique régulièrement par mail. On leur donne au fur et à mesure les informations importantes. Il y a une FAQ (foire aux questions) disponible pour chaque portail universitaire. Pour ce qui concerne le numerus apertus (le numerus clausus étant aboli, on parle de numerus apertus pour capacité d'accueil en 2e année d'études de santé), ce n'est pas de notre fait.

Nous avons eu des informations très parcellaires et très tardives. L'ARS (Agence Régionale de Santé) et l'Université ont travaillé sur le nombre de places en fonction des besoins de la population. Nous avons attendu les informations du ministère concernant le numerus clausus des PACES redoublants jusqu'à fin janvier et il a fallu les faire voter par les instances universitaires. Ce que nous avons essayé de faire le plus rapidement possible. Nous n'avons fait aucune rétention d'information mais il est vrai que cela fait long.

Les étudiants estiment aussi qu'ils ont dû fournir au premier trimestre le double du travail demandé l'année d'avant et qu'ils n'ont pas eu le temps de réviser leurs examens ?

C'est à la demande des étudiants que nous avons placé cette année les examens avant Noël. Nous étions la seule fac à les avoir après. Il est vrai qu'ils n'ont eu qu'une semaine de révision contre trois auparavant mais la réussite ne se joue pas pendant la semaine de révision. Ce sont des filières sélectives comme pour les grandes écoles. Il faut travailler dès le premier jour au moins 10 heures par jour. Tout le monde ne peut pas réussir.

Concernant la charge de travail, les enseignements ont été répartis sur deux quadrimestres. Ils ont été réduits en volume dans certaines matières. J'en veux pour preuve les résultats aux examens : le taux de réussite est de 40% et certains auront le rattrapage. 

On vous reproche enfin d'avoir tardé à donner les résultats aux examens passés début décembre et de pénaliser les étudiants dans les QCM. Est-ce le cas ?

Jusqu'à présent, le délai minimal était de 4 semaines pour donner les résultats. Cette année, nous avons rencontré des difficultés du fait des vacances de Noël, du contexte Covid avec le télétravail et la période n'est pas propice à la fédération des procédures. Les résultats ont été donnés la semaine dernière, le délai est trop long c'est vrai. Il faut que nous améliorions les choses dès le mois de mai. 

Concernant les QCM des disciplines santé en PASS, ils sont composés de 5 items. L'étudiant qui répond juste obtient 0,2 par item. Si vous répondez correctement à tous les items, vous avez 1 point. Si vous répondez faux à un item, vous avez -0,2. Un étudiant qui ne répond pas à 0, car nous préférons un étudiant qui hésite et demandera conseil le cas échéant à un étudiant qui se trompe et risque de mettre la vie du patient en danger. 

 

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